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« Interdit de circuler », les migrants au Maroc durant la pandémie

Dès le début de la pandémie, les personnes en migration d’origines d’Afrique de l’Ouest et Centrale se trouvent privés de leur liberté de circulation au Maroc. Des ONG dénoncent une situation intenable.

Babacar N’Diaye est membre d’Alarm Phone, association marocaine portant sur l’assistance téléphonique d’urgence aux migrants en mer. Ce sénégalais, qui réside à Laâyoune depuis plusieurs années a vécu les difficultés que rencontrent les personnes en migration pour se déplacer durant ce contexte de la pandémie du Covid19. Il raconte ses difficultés à obtenir son autorisation de déplacement pour se rendre de Laâyoune et à Larache : « J’ai rassemblé tous les documents nécessaires à cette demande. Je l’ai déposée au niveau des services du caid. Ce dernier affirme qu’il n’est pas autorisé à délivrer ce type de document. Il me renvoie vers le pacha, ce dernier à son tour me redirige vers la wilaya de la région. A la wilaya, on finit par me dire que cette administration ne délivre pas du tout ce type de document. J’ai dû protester durant plusieurs heures pour enfin obtenir cette attestation, avec beaucoup de difficultés », regrette Babacar, avec amertume, lors de l’ouverture de la conférence publique « Liberté de circulation», organisée par Alarm Phone, le 28 juillet à Larache. Le quiproquo vécu par Babacar est loin d’être une exception.

Les personnes en migration d’origine d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale ont rencontré des difficultés pour se déplacer depuis le début de la pandémie, comme le confirment les associations de défenses de droits humains au Maroc depuis avril 2020. Ces dernières dénoncent «la double peine vécue par les migrants durant la pandémie, celle de la précarité économique et des restrictions administratives».

Interdiction et déplacement forcé

Said Tbel, membre du bureau central de l’AMDH

Said Tbel, membre du bureau central de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), suit de près la situation du déplacement des personnes en migration depuis le début de la pandémie. «Le refus de délivrer les autorisations de déplacement fait parti d’une longue liste de difficultés rencontrées par les migrants depuis mars 2020. Les personnes étrangères ont été exclues des mesures lancées par le gouvernement, notamment les aides directes et autres formes de soutien. Pourtant, certains étaient bien actifs dans l’informel ou dans le secteur du commerce formel», déplore Tbel. Dès le mois d’avril 2020, plusieurs ONG de défense des droits des migrants (GADEM, ABCDS, ODT-I, etc.) ont alerté les pouvoirs face aux risques d’exclusion des personnes étrangères des dispositifs décidés après la pandémie. Des demandes restées sans réponse.

Ce constat a été également corroboré par une note d’observation sur la situation dans le sud du Maroc, réalisée par un collectif associatif composé de l’AMDH, Euromed Droit, la Plateforme des associations et communautés subsahariennes au Maroc (ASCOMS) et le Réseau marocain des journalistes des migrations (RMJM) publiée en février 2021.

Au même moment que les migrants trouvent d’importantes difficultés à se déplacer durant la pandémie, les autorités ont poursuivi le déplacement des migrants du nord vers le sud du pays. «Nous avons observé, et de manière intense, la poursuite de cette stratégie de déplacement avec d’importants moyens logistiques», poursuit Tbel. L’arrivée de plusieurs centaines de migrants a transformé le vécu des communautés étrangères installés dans les provinces du Sud. «Nous vivons une nette détérioration des relations avec la population locale qui voit arriver des personnes migrantes, sans moyens vivant dans des conditions difficiles. Ce qui multiplie les altercations entre les migrants et les locaux», témoigne Babacar d’Alarm Phone. Ces restrictions de déplacement accentuées par le Covid19 et les déplacements vers le sud du Maroc obéissent «à une stratégie globale de rétention des migrants voulue par l’Union européenne et de son agence de surveillance des frontières, Frontex», estime Hassan Ammari, coordinateur Alarm Phone au Maroc.

Campagne contre l’agence Frontex

Pour alerter contre les pratiques européennes et son agence, Alarm Phone et d’autres ONG internationales mènent une campagne contre l’agence Frontex. Intitulée «Stop au régime frontalier de l’UE». «Cette campagne vise à suspendre les opérations de l’agence et son déploiement autour de la méditerranée et de l’Atlantique ainsi que l’arrêt des refoulements à chauds, tout en réorientant les dépenses liées à la surveillance des frontières vers les services et les ressources destinées aux personnes en migration et les services sociaux», revendique Hassan Ammari.

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