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Précarité et misère dans les secteurs du gardiennage et du nettoyage 

Précarité et conditions de travail dures. C’est le quotidien des agents de gardiennage et des employés de nettoyage. Ces gens-là, qui sont très nombreux, sont obligés d’accepter des emplois instables avec des salaires dérisoires et des horaires de travail qui changent tout le temps. Et souvent ils sont assujettis à des contrats de sous-traitance ou d’intérim. Le risque de licenciement est omniprésent. Ces constats ont été ressortis par Oxfam Maroc et le programme de partenariat Dano-Arabe. Dans une note de plaidoyer sur les conditions de travail dans les secteurs du gardiennage et du nettoyage au Maroc.

«Conçu initialement pour libérer l’entreprise et lui permettre de se concentrer sur son cœur de métier, le recours à la sous-traitance prend de plus en plus d’ampleur et d’importance. Ces activités sont définies dans le cadre de contrats de services établis selon un cahier de prescription spécial (CPS). Dans certains cas, ce recours a permis de formaliser par décret régissant les prérequis d’accès et d’exercice de certains métiers, autrefois informels. Cependant, cette nouvelle forme d’emploi est aussi marquée par un nombre de dysfonctionnements tels que la stagnation, voire la baisse des salaires, le non-respect de la réglementation relative aux heures de travail, le risque potentiel de se retrouver dans l’emploi informel…», précise Oxfam Maroc. 

Le recours excessif à la sous-traitance aggrave les inégalités et la précarité

Pour cette dernière, «ce recours intensif à la sous-traitance contribue à l’aggravation des inégalités et à la précarité au travail». Dans une même entreprise, les différents membres d’une équipe de nettoyage peuvent avoir des statuts différents (titulaires, contractuels et salariés d’une entreprise prestataire). Toutefois, ses salariés assurent des tâches quasiment similaires sans avoir ni les mêmes avantages, ni les mêmes salaires. Les titulaires reçoivent un salaire fixe, tandis que les intérimaires sont rémunérés sur la base du nombre d’heures travaillées. Le personnel sous-traitant doit verser une partie de son salaire à l’entreprise prestataire.

1600 DH/mois pour les femmes de ménage de la Chambre des conseillers

«Les employées du nettoyage s’activent souvent dans une forme d’emploi atypique et certaines d’entre elles sont confrontées à différents types d’abus et à des menaces de licenciements», note Oxfam Maroc. Sur ce point, il faut bien rappeler que les «femmes de ménages» doivent verser une partie de leur salaire  à la société sous-traitante qui les emploie. Selon une parlementaire de l’UMT «les femmes de ménage travaillant à la Chambre des conseillers touchent un salaire de 1600 DH/mois sachant que leur contrat indique une rémunération de 3000 DH/mois. D’autres employés du nettoyage travaillent à mi-temps et ne touchent donc qu’un salaire de 800 DH/mois». Il arrive souvent que leurs honoraires du travail soient étendus sans que le salaire ne suive. Le plus souvent, elles ont un contrat d’intérim et de ce fait ne sont pas couvertes ou peu couvertes par les mécanismes de la protection sociale. «En effet, les sociétés prestataires font signer à ces employés des contrats de six mois à répétition. En cas de contestation de leurs conditions, ces derniers peuvent donc se retrouver en situation d’arrêt de travail sans aucune visibilité de reprise», souligne Oxfam Maroc.

Allongement des horaires du travail 

Selon un responsable syndical, cité dans le plaidoyer, «les femmes qui travaillent dans l’hôpital provincial font plus de 10 heures, spécialement lorsqu’il y a des gardes de nuit, elles travaillent de 19h00 à 7h00 du matin, donc 14 heures d’affilée … celles qui travaillent 4 heures par jours font réellement 8 heures par jour avec le même salaire de 1 300 DH/mois». Et bien entendu, il n’y a aucun contrôle médical pour ces femmes qui sont en contact permanent avec les facteurs de risques (efforts physiques, produits chimiques…).

Agent de sécurité, coursier, agent d’accueil et facilitateur 

S’agissant des employés du secteur du gardiennage, «leur travail nécessite souvent le dépassement des horaires de travail réglementaires, mais sans aucun impact sur le salaire. Ce dernier se trouve réduit par rapport à la clause contractuelle en raison des prélèvements effectués par la société prestataire», note Oxfam Maroc. 

A la volatilité et la précarité de l’emploi, auxquelles les agents de sécurité doivent faire face, il faut ajouter la gestion du stress et de la colère des citoyens avec lesquels ils ont un contact direct. Ils doivent aussi remplir des tâches non incluses dans leur fiche de poste (coursier, agent d’accueil voire même de facilitateur). «Les agents de gardiennage sont mobilisés, pratiquement, tous les jours de la semaine, parfois 24/24h, y compris les weekends et jours fériés, sans pour autant prétendre aux indemnités légales relatives aux heures de travail supplémentaires ou lors des jours fériés chômés. Ces catégories se trouvent également privées du droit au congé. Les agents de gardiennage sont beaucoup de fois sujets à des confrontations face à des situations difficiles, il est très fréquent qu’ils ne bénéficient pas de couverture sociale et d’assurance contre les accidents de travail», précise Oxfam.

Recommandations

Pour Oxfam Maroc, il est important de contourner les lacunes de la législation et adopter des dispositifs juridiques spécifiques propices à chaque profession relevant de l’emploi atypique. Le mouvement préconise aussi d’obliger les preneurs d’ordre à présenter des justificatifs d’affiliation des employés à la CNSS et vérifier tous les documents requis à la conduite du service dans les meilleures conditions afin d’assurer la stabilité de ces travailleurs. Le contrôle de l’Etat  doit être renforcé pour veiller au respect de la réglementation, notamment pour les heures de travail et la protection sociale. Faire exclure les gardiens privés des articles 192, 191 et 190 du Code de travail et intégrer un nouvel article au niveau du Code de travail marocain, en harmonie avec la loi 27-06 qui prend en considération les contraintes des femmes gardiennes à travers une approche sensible au genre, font également partie des recommandations. 

Par ailleurs, il faut organiser la passation des marchés de sorte à garantir la régularisation des salaires des agents, charges sociales, assurance, tout en conditionnant les marchés publics au respect d’un cahier des charges exhaustif assurant la dignité de ces travailleurs. «Cela doit se faire via  une réforme du décret sur les marchés publics visant à assurer une concurrence loyale entre les entreprises travaillant dans le domaine du gardiennage et du nettoyage, et œuvrant pour la dignité des travailleurs (ex : exiger des audits sociaux en amont des grands marchés et les grandes entreprises, voire parfois les PME)», précise Oxfam Maroc.

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