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La SAMIR : « Des lobbys bloquent la reprise »

Les salariés de la raffinerie La SAMIR appellent à la reprise de l’activité de l’entreprise pour faire face à la flambée des prix des hydrocarbures. Ils livrent leurs arguments et attendent « une décision politique courageuse ».

Les salariés de la SAMIR, affiliés au syndicat de la CDT, appellent à la « reprise urgente de l’activité » à Mohammedia. Une décision politique qui se trouve plus que jamais bloquée par « des pressions de lobbys profitant de l’actuelle situation », accuse la CDT dans un nouveau communiqué qui fait référence directement au conglomérat des distributeurs des hydrocarbures au Maroc.

La reprise de la SAMIR : Maintenant ou jamais !

” Non à la mise à la mort de La Samir, oui à la nationalisation” clament les salariés de La SAMIR.

Avec un litre d’essence à plus de 16 DH et le gasoil à 14 DH, le citoyen trinque et le gouvernement préfère une position attentiste. « Le prix du baril explose sur le marché international, les marges de raffinage aussi, et pourtant le gouvernement se contente d’avoir une position de simple spectateur face à l’arrêt d’un précieux outil industriel en ces temps de crise que représente la raffinerie de Mohammedia », proteste la CDT SAMIR dans un nouveau communiqué. Dans son plaidoyer pour la reprise de l’activité la CDT conteste la position du gouvernement précédent et actuel qui met « en péril la sécurité énergétique du pays » et « détruit littéralement le pouvoir d’achat des citoyens, sans parler que cette non-position prive le Maroc de gains sociaux, économiques et financiers que peuvent être tirés d’une industrie du raffinage ».

Une décision politique qui se trouve plus que jamais bloquée par « des pressions de lobbys profitant de l’actuelle situation ».

Cette reprise, défendue par la CDT SAMIR depuis 2015, est aujourd’hui bloquée par un puissant lobby. Ces acteurs introduits politiquement avaient réussi à bloquer la décision prise par le gouvernement au début de la pandémie de 2020 pour utiliser les capacités de stockage de La SAMIR afin d’acheter des hydrocarbures à bas prix, durant cette phase de forte baisse des prix à l’international. Cette décision, actée par le Tribunal de commerce de Casablanca (TCC), a finalement été abandonnée pour des raisons jamais expliquées. « L’intérêt du pays passe avant ceux des lobbys. La reprise de La SAMIR nécessite une décision politique courageuse », insiste ce syndicat dirigé par El Houcine Yamani. Pour ce dernier, cette reprise peut prendre « la forme d’une cession au profit de l’Etat ou l’acquisition par des tiers ». Sachant que plusieurs acquéreurs potentiels avaient affiché un intérêt pour La SAMIR entre 2016 et 2020. Leurs offres n’ont pas reçu de réponses claires par le TCC ou encore un intérêt public du gouvernement.

Les arguments pour une reprise

Le syndicat CDT multiplie les actions pour sauver l’entreprise.

L’Etat marocain aura pourtant tout intérêt pour une reprise de La SAMIR. L’Etat est le principal créancier de La SAMIR, avec plus de 40 milliards de DH. Des dettes obtenues par le groupe saoudien Corral Petroleum Holding dans des conditions opaques, à travers une facilitation accordée sur la Taxe intérieure de consommation par le ministère des Finances et la Douane.

La CDT SAMIR répond aussi aux voix qui affichent leur scepticisme face à l’hypothèse d’une reprise bénéfique de La SAMIR. « Ces entités sont des ennemies de l’industries », accusent les salariés de la raffinerie. Ces syndicalistes apportent une réponse chiffrée à ces milieux. « Une reprise de La SAMIR est possible après 8 mois de maintenance, avec un budget limité à 2 milliards de DH », explique le syndicat. Après huit ans d’arrêt, les installations de la raffinerie connaissent une détérioration accentuée par l’humidité du littoral de Mohammedia. Une situation de mort lente qui arrange plusieurs milieux, notamment le lobby de l’immobilier qui affiche un appétit pour le foncier de plusieurs hectares de la raffinerie. Des plans à laquelle s’oppose le CDT SAMIR depuis plusieurs années.  

« La position du gouvernement met en péril la sécurité énergétique du pays » et « détruit le pouvoir d’achat ».

Communiqué de la CDT SAMIR, du 2 juin 2022.

Une reprise de La SAMIR sera bénéfique sur le plan financier et humain. « Les bénéfices annuels devraient se situer à hauteur de 10 milliards de DH par an, avec un résultat net de 5 milliards de DH. Avec à la clé, la récupération du coût de l’acquisition sur quatre ans, tout en couvrant les frais de maintenance dès la première année de reprise de l’exploitation », estime la CDT SAMIR. A cela s’ajoute, la création de plus de 1000 nouveaux emplois directs et indirects.

Pour la CDT SAMIR, cette reprise assurera la sécurité énergétique du pays, sérieusement mise à mal par la crise mondiale actuelle. « Nous devrons disposer d’un stock d’hydrocarbures de 60 jours ». Pour le consommateur aussi ça serait bénéfique avec « une baisse des prix à la pompe de 1,20 DH ».  Face à ces arguments économiques, financiers et sociaux, le gouvernement compte-t-il faire la sourde oreille. Mais jusqu’à quand ? 

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