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Les Exilés racontent les “Humanités”

Aboubacar et Hassan dans l’atelier bijouterie .Crédit photo: I.B

Accompagnement, soutien, intégration des réfugiés dans la société d’accueil…, tels sont les mots majeurs pour décrire la Fondation Orient-Occident (FOO). Immersion au sein de cette institution marocaine engagée dans la protection des droits des réfugiés.

C’est dans l’espace de la Fondation Orient-Occident (FOO) à Rabat que « Humanités » nous donne rendez-vous. Ce projet, combinant formation en bijouterie et production narrative autour des récits des migrants, vient de démarrer. 

C’est dans ce type de projets que la FOO inscrit son action quotidienne : multiplier les espaces de rencontres entre des personnes d’horizons divers mais autour d’un projet commun, contribuer chaque jour au vivre-ensemble. Parmi ces nouveaux projets, « Humanités ». 

Jeunes réfugiés reporters d’histoires 

Aboubacar en plein formation de bijouterie . Crédit photo: Humanités

« Humanités est un projet qui a débuté en 2021, avec des premières interviews pour comprendre la réalité des réfugiés qui vivent au Maroc », nous explique Helene Du Plessis, fondatrice du projet Humanités. Le projet est dans sa phase de formation. Plusieurs réfugiés y prennent part aux ateliers. 

Cet atelier me permet de créer des objets et leur donner mon propre sens, chaque objet à une signification pour moi.

Aboubacar, participant aux ateliers Humanités

Aboubacar, jeune réfugié de 19 ans originaire du Guinée Conakry, participe aux formations en cours. Pour lui cet atelier est une opportunité d’apprendre un nouveau métier : « L’art me passionne. Je n’ai jamais eu l’opportunité de le pratiquer. Les techniques utilisées sont impressionnantes. Cet atelier me permet de créer des objets et leur donner mon propre sens, chaque objet à une signification pour moi », confie-t-il, avant d’ajouter: « au-delà du savoir-faire ce projet m’a permis de rencontrer des gens formidables que je ne connaissais pas avant mais que j’ai pu connaître et d’échanger avec eux, partager des idées pour moi c’est une expérience enrichissante dans plusieurs sens ».

« A côté de l’atelier de bijouterie, nous animons un atelier de narration avec un focus sur les aspects positifs; c’est ce qu’on crée ensemble et c’est ça ce qu’on va raconter; ils seront ma petite équipe de reporters ici à la FOO », explique l’animatrice de ce projet.

Un autre participant du nom d’Aboubacar, originaire de la Côte d’ivoire et qui est coach de danse afro à la FOO déclare : « La bijouterie c’est quelque chose que je n’ai jamais faite et je trouve que l’idée est très bien. Le fait de créer un objet unique qui va me présenter ou présenter ma communauté et d’où je viens est très important pour moi, et c’est pour cette raison que j’étais prêt à suivre la formation et à les accompagner ». Cet atelier artistique est conçu par le designer français Philippe Daney accompagné du peintre Guillaume Friocourt, afin de maîtriser les techniques de création des bijoux.

Aboubacar, jeune réfugié Ivoirien dans la formation de bijouterie. Crédit photo: FOO

Du Plessis nous raconte pour sa part comment ce projet d’atelier a pu émerger. « À la suite de ce premier contact, un partenariat s’est noué avec la Fondation. Nous avons choisi de travailler sur la bijouterie pour créer un objet et lui donner un sens, tout en racontant une histoire positive.  Notre objectif est d’arriver à amener les gens à créer eux-mêmes à faire sortir  des choses eux- mêmes », poursuit Du Plessis.

Le projet est dans sa phase de formation, afin de permettre aux bénéficiaires de comprendre et de maîtriser les techniques nécessaires pour la création de bijoux. « Quand on reviendra en septembre, on passera à l’étape de la création, on va travailler sur la bijouterie, le zellij, la tapisserie…Il y’a différents artisanats et métiers d’art qui sont abordés et qui vont faire objet de formation », ajoute Du Plessis, une ancienne journaliste qui  forme une équipe de réfugiés de la FOO à la narration. 

Transmission des histoires 

Helene Du Plessis entrain d’initier une participante à l’atelier narration. Crédit Photo: FOO

Hassan jeune malien doué par l’écriture et qui a déjà écrit deux romans participe à cet atelier de narration : « L‘écriture me passionne, j’ai décidé de participer pour apprendre de nouvelles choses », nous dit-il, avant d’ajouter :« L’écriture est un moyen pour m’évader et me libérer en premier lieu et ensuite pour raconter des histoires, aujourd’hui je viens de rédiger un portrait d’un de mes collègues et je suis heureux d’apprendre les règles et techniques d’écriture journalistique ».

 «L’écriture est un moyen pour m’évader et me libérer en premier lieu et ensuite pour raconter des histoires»

Hassan, 19 ans Malien participant à l’atelier de narration

Si Hassan préfère la presse écrite, Badara 19 ans le jeune tiktokeur sénégalais lui est fan d’audiovisuel : « Je suis là pour étudier le journalisme parce que je ne suis pas professionnel, j’apprends jour après jour, et je fais des vidéos sur l’atelier de bijouterie et j’apprends les bonnes techniques d’en faire », explique-t-il, en ajoutant : « Cet atelier m’encourage à apprendre et pratiquer ce que j’aime faire, afin de raconter mon quotidien, reporter des choses artistiques que j’adore ». 

Un atelier avec un objectif ambitieux qui est celui de mener ces jeunes réfugiés à créer des histoires positives sur leur quotidien et de raconter eux-mêmes ce qui les passionne avec des images,vidéos ou textes. «L’idée c’est de créer ensemble une production qui sera ensuite exposée tous les jours sur le site et les réseaux sociaux de Humanités, puisque ce sont des reportages vidéos, photos et reportages textes qui les ont amenés à travailler sur trois genres médiatiques, et l’objectif c’est de travailler avec des choses qui ne coûtent pas cher, l’idée c’est de leur laisser la possibilité de produire et de s’exprimer s’ils le désirent et c’est pour ça qu’on a choisi le pocket film, puisque tout est faisable avec un téléphone portable.»

«Mon choix c’est la pédagogie inclusive par l’action en utilisant le média comme support, on prépare les questions ensemble, je les met en relation avec la personne et je les laisse seuls, ce qui oblige chacun de sortir de soi et aller vers l’autre »

Helene Du Plessis, formatrice de l’atelier narration et fondatrice du projet Humanités

Ces belles idées et objectifs évoqués par Helene Du Plessis expliquent l’importance d’aider ces jeunes réfugiés à s’outiller pour s’exprimer. Ce genre de projet les aident à s’intégrer et à s’ouvrir à l’autre : «mon choix c’est la pédagogie inclusive par l’action en utilisant le média comme support, on prépare les questions ensemble, je les met en relation avec la personne et je les laisse seuls, ce qui oblige chacun de sortir de soi et aller vers l’autre ».

Pour rappel, le projet « Humanités » est dans la première phase de formation. Il aura une deuxième partie dédiée à la création d’une collection en octobre 2022. Elle sera signée par deux grands designers, Hicham Lahlou et Philippe Daney et va permettre aux participants de créer leurs propres créations.

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