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La presse et le Covid-19 : Les observations de MENASSAT 

Par Chaimae Makhtoum

Le centre de recherches et études sociales, MENASSAT, publie les résultats de son étude sur « La presse écrite au Maroc et la crise du Covid-19 ». Focus sur les principaux enseignementsde cette enquête. 

Cette recherche scientifique a couvert 96 numéros produits par des médias de la presse écrite marocaine lors du confinement sanitaire au Maroc suite à la pandémie du Covid-19. L’étude s’est étalée sur trois mois couvrant la période du confinement entre mars et juin 2020. Cette recherche vise à « répondre à des questions principales, à savoir: la réaction de la presse partisane et non partisane face au Covid-19, les discours produits à l’égard des institutions, et l’influence de la pandémie sur la liberté d’expression », expliquent les auteurs de cette étude. L’étude est réalisée sur six journaux de la presse partisane (Al Itihad Al Ichtiraki, Bayan Al Yaoum, Al Âlam) et trois supports de la presse non partisane (Akhbar Al Yaoum, Al Ahdath Al Maghribiya, Al Massae). Cette étude a mis en avant la domination du discours officiel et les inquiétudes des journalistes dans un contexte de transformation digitale accélérée et une fragilisation des emplois dans le secteur.

Covid-19, une priorité pour la presse marocaine

Durant la pandémie, la presse s’est focalisée surtout sur les informations liées au Covid-19, cela était visible à travers l’espace consacré à ce sujet dans la Une.  41.69% des contenus de la presse partisane étaient sur la pandémie, contre 28.92% pour la presse non partisane. Ces chiffres ont diminué pendant les deux mois suivants.

La pandémie a montré plusieurs difficultés dont souffre le domaine médiatique au Maroc. Selon les résultats, la crise sanitaire a représenté un danger réel pour les institutions de la presse et les acteurs médiatiques à la fois. Alors, elle a mis en question la fragilité de la situation socioprofessionnelle des journalistes qui risquent de perdre leurs emplois pendant cette situation difficile, et le manque des outils de travail et de formation, dans « l’absence d’une stratégie préalablement conçue par l’institution médiatique pour assurer la couverture médiatique de la pandémie », indique l’étude de MENASSAT. 

La presse écrite a connu une transition vers la presse électronique, chose qui a mis les journalistes face à des nouveaux défis pour assurer la continuité de leur travail, malgré l’absence des ressources financières et logistiques.

La recherche a démontré que cette pandémie a suscité un grand nombre d’interrogations chez le journaliste, autour de son identité et de ses rôles dans la gestion des crises. 

Ainsi, pendant cette période, la couverture médiatique était cohérente avec la stratégie nationale et les discours officiels, en l’absence d’un discours critique. Ce constat est plus remarquable chez la presse partisane par rapport à la presse non partisane.

Panique à bord 

D’après l’étude, 80% des articles publiés ont opté pour un discours de panique et alarmiste, surtout pour la presse non partisane. La presse partisane a opté pour un discours rassurant durant les trois mois, sachant que pendant le premier mois 40% des contenus médiatiques réalisés étaient avec un discours de panique, mais cela a diminué jusqu’à 28.5% dans les deux mois suivants.

Concernant la presse non partisane, presque 80% des contenus publiés se caractérisent par l’utilisation des expressions d’angoisse durant les trois mois.

D’autre part, le contenu du discours utilisé envers les institutions diffère  entre les deux types de presse. La presse partisane a opté surtout pour un discours de sensibilisation, d’orientation et d’information dans 75% de ces productions médiatiques, en revanche, la presse non partisane a choisi de sensibiliser mais avec un esprit critique.  

Domination masculine

En outre, l’étude a décelé une quasi-absence totale de l’approche genre dans les contenus et les titres des journaux. On constate que les contenus de la presse partisane, liés au Covid 19, n’avaient aucune orientation vers un genre social précis. Il n’était pas clair avec un taux de 4% pour le sexe masculin, et 2.38% pour le sexe féminin. Alors que 90% du reste des contenus, n’ont aucune orientation précise, ils sont censés être orientés vers les deux sexes.

La même remarque est faite pour les pages de la « Une » et les Edito, où la dimension du genre est absente. 

Dans la presse non partisane, on remarque une légère différence avec la presse partisane. Les produits médiatiques sont orientés vers le sexe masculin avec un taux de 3% et 13.43%. Et ce taux n’a pas dépassé le cap des 6.45% pour les femmes. Ce qui signifie que 90% des contenus sont orientés vers les deux sexes.

En ce qui concerne les articles de la « Une » et les Edito, 16% sont consacrés pour les hommes et 4% uniquement pour les femmes. Or 80% de ces contenus n’ont aucune orientation précise, ni pour le sexe masculin, ni pour le sexe féminin.

La faible représentativité de l’approche genre dans les contenus médiatiques en période du Covid-19 était faiblement visible dans la presse non partisane.

Alors, on remarque « une faible présence des femmes en tant que sujet dans les supports médiatiques, et même en tant que productrices des contenus, surtout si on prend en considération le taux de 0% de la contribution des femmes journalistes dans les éditoriaux, les colonnes fixes, et les colonnes d’opinion sur les pages de la Une ». Cela met en avant la situation de la femme journaliste dans un secteur qui connaît une présence masculine dominante, sachant qu’elles ont réussi à remplir leurs devoirs avec beaucoup de compétences et de professionnalisme.

Par contre, la pandémie était une occasion pour mettre en valeur l’importance de lutter contre les fausses informations. Les journalistes ont utilisé leurs acquis, leurs compétences et l’éthique de leur travail pour réussir la couverture médiatique, et malgré la forte concurrence, la presse écrite a démontré sa fiabilité.

La crise sanitaire a aussi connu une certaine ouverture des institutions officielles sur le corps médiatique, à travers la facilitation d’accès à l’information et la réalisation de son travail.

Cette étude reflète la réalité du secteur médiatique au Maroc, en mettant le doigt sur la situation des journalistes, l’absence des outils de travail, et la marginalisation de la femme journaliste malgré ses compétences et son professionnalisme.

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