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Ghizlane Benomar, La dignité en icône

C’est une terrible perte pour ses amis et camarades. L’espace digital pleure la mort de Ghizlaine Benomar, figure publique et médiatique du Mouvement du 20 février (M20F). En mémoire d’une militante digne.

Cette jeune de 36 ans est décédée ce 20 septembre après un long combat contre le cancer. Ghizlane Benomar a été le visage digne et sincère de ce mouvement politique et social marocain, coïncidant avec le Printemps des peuples de 2011.

Ghizlane Benomar, 1986-2022.

Son combat contre le patriarcat 

Au début du M20F, la défunte était élève ingénieur à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA). Ghizlane s’est faite remarquer grâce à ses premières sorties médiatiques du M20F, notamment lors de son passage dans l’émission sur 2M TV, Moubachara Maâkoum. Ses amis la décrivent comme « une personne qui aimait la vie ». Sara Soujar, une autre figure féminine du M20F nous décrit Ghizlane : « C’est une perte irrémédiable. C’était la meilleure d’entre nous. Elle rêvait d’un Maroc de la liberté, de l’égalité et de la dignité », témoigne-t-elle, émue aux larmes. Au fil des premiers mois du M20F, elle est devenue l’icône du mouvement. Ghizlane prenait la parole dans les tribunes politiques et médiatiques pour défendre les revendications du M20F.  

« Je me considère courageuse face à un bloc important et pesant de la société qui continue de nier les droits des femmes ».

Ghizlane Benomar

Ghizlaine avait vécu aussi des déceptions au sein du monde militant. Elle avait rejoint le Parti socialiste unifié (PSU), puis le Conseil national de cette formation politique en 2012, avant de quitter la scène politique et militante quelques temps après.

« Ghizlane est restée impliquée et intéressée par les derniers développements de la scène politiques. Même durant la maladie, elle demandait des nouvelles des prisonniers du Rif et sur les initiatives possibles pour dénouer ces dossiers », poursuit Soujar.

Elle fait partie des militants qui ont choisi de tourner la page du Mouvement du 20 février, après sa période foisonnante. « Avec la perte de Ghizlane, nous perdons une partie de la mémoire du M20F, un moment important de l’histoire contemporaine du Maroc. Cette mémoire reste aujourd’hui non documentée. Je n’oublierai jamais mon amie rebelle, belle, rêveuse et sincère », s’engage Soujar. 

Ghizlane considérait que son premier combat était contre le système patriarcal. Elle avait déclaré, il y a quelques années : « Je me considère courageuse face à un bloc important et pesant de la société qui continue de nier aux femmes le droit à la citoyenneté. Cette partie de la société considère toujours les femmes comme déficientes et les hommes comme leurs tuteurs. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes, des centaines de milliers des femmes sont cheffes de leurs familles ».

« Avec la perte de Ghizlane, nous perdons une partie de la mémoire du M20F. Je n’oublierai jamais mon amie rebelle, belle, rêveuse et sincère ».

Sara Soujar.

Et la défunte militante d’ajouter : « Je me considère courageuse quand je tourne complètement le dos à une telle conception de la place de la femme. Je suis engagée non seulement dans la bataille de l’affirmation de soi en tant que femme, mais pour atteindre des victoires, sans le moindre complexe d’infériorité. Mon combat est celui d’une alternative sociétale libérée et créative avec ses femmes et ses hommes ».

À la fin de sa vie, Ghizlane a choisi de quitter l’espace virtuel et de mener son dernier combat, contre la maladie, toujours avec la même dignité et la même pudeur.

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