Tribunes

Lions Atlas et Droits politiques : Le match impossible ?

ENASS publie une tribune de Pr Abdelkarim Belguendouz, un texte qui traite des résistances à octroyer les droits politiques et civiles des Marocains du monde. Cet extrait datant de 2004 garde son actualité, et ce l’occasion de la brillante contribution de jeunes footballeurs marocains issus de l’émigration dans l’épopée du Mondial 2022.

Ils ont la lourde responsabilité de marquer des buts, d’arrêter les penaltys, mais ils ne disposent pas du simple droit de déposer leur bulletin de vote dans l’urne.

« Les Lions de l’Atlas » ,composés essentiellement de footballeurs marocains résidant à l’étranger (FMRE) et qui ont fait la fierté du Maroc durant la Coupe d’Afrique des Nations  2004 à Tunis, peuvent gagner plusieurs compétitions et procurer à tout le Maroc la satisfaction d’être propulsé de manière seigneuriale à la finale, mais ils ne peuvent voter dans les consulats marocains, sauf s’il s’agit d’un référendum. Ils ont la lourde responsabilité de marquer des buts, d’arrêter les penaltys, mais ils ne disposent  pas du simple droit de déposer leur bulletin de vote dans l’urne, s’agissant des élections législatives marocaines.

Les FMRE peuvent – pour ceux qui ont une nationalité étrangère – choisir d’endosser le maillot national marocain et faire hisser  au firmament le drapeau rouge et vert étoilé avec ardeur, militantisme et nationalisme, mais tout en ne perdant jamais la nationalité marocaine, ils ne bénéficient  pas pour autant des droits civiques afférents à une citoyenneté marocaine pleine et entière.

Comme tous les MRE qui sont nés ou qui ont grandi à l’étranger, seule la citoyenneté financière ou la citoyenneté «sportive » leur sont reconnues.

On peut leur dire comme dans un grand placard du ministère de la Communication , reproduit par tous les médias : «Équipe des lions, mille bravos et autant de remerciements. Vous êtes le symbole d’une nation relevant le défi, vous avez porté haut le flambeau de l’espoir, fait battre à l’unisson le cœur des millions de Marocains qui,  ici et ailleurs,  ont soutenu vos exploits… »

Mais comme tous les MRE qui sont nés ou qui ont grandi à l’étranger, seule la citoyenneté financière ou la citoyenneté «sportive » leur sont reconnues  et nullement la citoyenneté au sens des droits civiques et politiques. Pour ceux vivant au sein de l’Union européenne, Euro-Marocains ne renvoie pas à l’appartenance à deux espaces, synonymes de citoyenneté des deux rives, mais signifie dans une conception marchande et mercantile, Marocains qui envoient le plus d’euros…Dans le même ordre d’idées, MRE signifie plutôt «Marocains Riches d’Europe »,  ou bien au plan politique «Marocains Réellement Etrangers » du Maroc.

Crise de représentation ! Crise de reconnaissance des Marocains des ailleurs par les Marocains  de l’intérieur ! En effet,  la longue séquence ouverte avec la préparation des élections du 27 septembre 2002 pour le renouvellement de la Chambre des Représentants,  a été close le 6 octobre 2003, avec l’élection du tiers sortant pour la Chambre des conseillers, mais sans que les Marocains résidant à l’étranger ou «MRE »du discours officiel, ne soient  représentés dans aucune des deux chambres du parlement.

Cet interdit anticonstitutionnel  qui frappe la communauté nationale expatriée , interpelle les responsables politiques du pays et l’ensemble de la société civile, surtout depuis l’arrêt de la Chambre administrative de la Cour suprême du 31 juillet 2003, ayant déclaré «irrecevable » le recours intenté contre le Premier  ministre du Maroc pour avoir, de fait, empêché les MRE d’exercer leur droit de vote et d’éligibilité dans les instances élues au Maroc(…) »

( Extraits de l’introduction du livre de Abdelkrim Belguendouz : «MRE , quelle marocanité ? » , 18 juillet 2004)

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