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Violences sexuelles : Trois pistes d’actions

Comment interpréter la montée des différentes formes de violences sexuelles et sexistes dans la société marocaine ? Sociologues, psychologues et acteurs de la société civile au Maroc tentent de répondre à cette question.

Pour comprendre ce fléau social, des experts ont dressé un état des lieux des perceptions de la société vis-à-vis de ces formes de violences. Ce débat a été enclenché lors d’une rencontre organisée par le Comité parité et diversité (CPD) de la chaîne de la télé 2M, le jeudi 4 mai dernier. L’objectif est de poursuivre le débat sociétale autour des violences sexuelles et sexistes, dans le contexte des différentes affaires qui ont secoué l’opinion publique au Maroc (viol de Tifelt plus particulièrement). 

Le sociologue Abdessamad Dialmy a analysé l’impact social de ces violences sur les victimes. Le psychosociologue Mohssine Benzakour s’est intéressé aux effets psychologiques de ces situations extrêmes. Me Ghizlane Mamouni, cofondatrice de l’association Kif Mama Kif Baba est revenue en détail sur le traitement juridique des violences sexuelles. Enfin, Chaimae Bentananat, créatrice de contenus à Jooj Media, a insisté sur le rôle de l’éducation aux nouveaux médias pour contrecarrer la banalisation des violences sexuelles.

Réformer les textes : Une urgence

Cette conférence-débat vient dans un contexte de débat public sur la réforme du Code pénal et du Code de la famille, mais aussi les récentes actualités remettant la situation des victimes de viol, surtout après le dernier procès des violeurs de la petite fille de Tiflet, devenu une affaire d’opinion publique.

« Mon message s’adresse aujourd’hui à ceux qui ont le pouvoir dans notre pays de changer nos vies, de faire que nos enfants soient plus protégés, de faire que les violences sexuelles et sexistes baissent. Ce n’est pas si compliqué de changer les lois, même un seul parlementaire peut porter cette initiative», souligne Me Ghizlane Mamouni dans une déclaration à ENASS.

« Réformer notre Code pénal est une urgence pour renforcer la protection des enfants, redéfinir le viol et les violences sexuelles, et surtout interdire toute circonstance atténuante »

Me Mamouni.

Pour l’avocate, les solutions à ce fléau passent par le droit, vu qu’aujourd’hui « réformer le Code pénal est une urgence pour renforcer la protection des enfants, redéfinir le qualification de viol et les violences sexuelles, et surtout interdire toute circonstance atténuante dans les cas de crimes à l’égard de mineurs en particulier, mais aussi à l’égard les femmes qui restent les plus exposées », plaide-t-elle. De son côté, le sociologue A. Dialmy estime que « le Code pénal est déjà sévère et la sanction contre le viol est lourde, il faut d’abord appliquer la loi, c’est l’enjeu principal ».

« Il nous faut un changement à caractère social, de manière à transformer notre conscience collective ».

PR. Dialmy

Et la loi ne suffit pas à elle seule. La juriste souligne l’importance du travail de sensibilisation « Il nous faut un changement à caractère social, de manière à transformer notre conscience collective et réaliser l’importance notamment de l’éducation sexuelle, pour apprendre à nos enfants à connaître leur corps, à le protéger, les sensibiliser aux changements de la puberté et à la notion majeure du consentement ».

Impunité et possession

L’universitaire A. Dialmy explique auprès de ENASS qu’« il y a une grande distinction entre les cas déclarés à la justice, les cas incriminés et ceux qui passent sous silence, du coup ceux déclarés ne sont que la partie apparente de l’iceberg. La plupart des cas de viols et de violences sexuelles ne sont pas déclarés pour plusieurs raisons culturelles et sociales ». Mettre fin à cette impunité demeure aussi un enjeu d’une grande importance. 

« La victime est représentée comme une personne qui doit avoir peur de son agresseur, ce qui relève du crime et de la déviance psychologique »

Mohssine Benzakour, psychosociologue.

Mohssine Benzakour, psychosociologue porte pour sa part un regard micro et sur le plan des individus : « La violence sexuelle s’installe à partir du moment où une situation de vulnérabilité pousse une personne à considérer qu’elle a des droits sur le corps de l’autre, sur l’intégrité de l’autre et cela prend différentes formes, la plus extrême est la pédophilie », rappelle cet universitaire.  

« La victime est représentée comme une personne qui doit avoir peur de son agresseur, ce qui relève du crime et de la déviance psychologique, traduisant une perception elle-même déviante du rapport à l’autre », conclut-il. Ce qui nous amène à nous interroger sur les moyens mis en œuvre par l’Etat pour le suivi des victimes, elles sont de plus en plus nombreuses à dénoncer ces crimes…

Des chiffres inquiétants

Les chiffres autour des violences subies par les femmes au Maroc font froid dans le dos. Une enquête du ministère de la Solidarité a révélé qu’en 2019, au Maroc, 1 femme sur 2 a subi une forme de violence durant l’année (54,1%). Le taux de prévalence des violences sexuelles est de 14,3% selon la même enquête. 

Selon l’enquête du Haut-commissariat au Plan (HCP) datant de 2019, la proportion des femmes victimes de violence physique et/ou sexuelle au cours des 12 derniers mois est de 22,2% au niveau national, est plus importante dans le milieu urbain (23,4%) que rural (19,8%). Celle des femmes victimes de violence sexuelle et/ou physique et/ou psychologique est de 51,3% au niveau national. Ces violences se manifestent en priorité dans le contexte domestique, supposé être un espace de sécurité et de protection, où la prévalence est de 44,1% dans le contexte conjugal et de 15,4% dans le contexte familial. 

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