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Souleiman Raissouni : Trois ans de détention arbitraire  

Soulaiman Raissouni, journaliste et ancien rédacteur en chef du journal indépendant Akhbar Al Yaoum entame sa quatrième année en prison. Témoignages de sa famille et de ses collègues. 

Kholoud Mokhtari, épouse du journaliste emprisonné revient dans un texte publié sur Facebook sur cette douloureuse expérience : « Les trois années qui se sont écoulées nous ont coûté notre santé, nos nerfs et une situation psychologique douloureuse, puis des coups de poignard. [..] ». Son comité de soutien et ses avocats estiment que sa détention est « arbitraire ». Une description basée sur une décision du Groupe de travail sur la détention arbitraire en juillet 2022. Dans ce texte on peut lire : « La privation de liberté de Soulaimane Raissouni est arbitraire en ce qu’elle est contraire aux articles 9, 10, 11 (par. 1), 19 et 21 (par. 1) de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et aux articles 9, 10 (par. 1) ». Le groupe exige du gouvernement marocain « que, compte tenu de toutes les circonstances de l’espèce, y compris le risque d’atteinte à sa santé, la mesure appropriée consisterait à libérer immédiatement M. Raissouni et à lui accorder le droit d’obtenir réparation, notamment sous la forme d’une indemnisation, conformément au droit international ». 

Souleiman résiste 

L’épouse du journaliste vedette n’a pas manqué d’étriller les adversaires de son mari : La prison est une expérience dure, et le cas de Souleiman est un cas sombre dans lequel beaucoup se sont acharnés contre lui. Des milieux pourris ont cherché à en faire une opportunité pour se rapprocher même des niveaux les plus bas du pouvoir ».

« Les trois années qui se sont écoulées nous ont coûté notre santé, nos nerfs et une situation psychologique douloureuse ».

Kholoud Mokhtari.

Khalid Bekkari, ami et camarade de Soulaiman Raissouni n’a pas manqué aussi d’adresser ses vives critiques contre les milieux proches du pouvoir qui ont cherché à souiller la réputation du journaliste. Il écrit en s’adressant au journaliste emprisonné à la prison locale d’Ain Borja : « Dans cette injustice que tu subis mon ami, beaucoup de langues dans ces milieux étaient violentes à ton encontre. Leurs armes étaient plus violentes que ceux qui ont ordonné ton arrestation. Ces poignards sont perfides. Ceux qui viennent de derrière sont empoisonnés », écrit-il sur sa page Facebook. 

K. Mokhtari conclut son témoignage avec colère et émotion : « À l’occasion du troisième anniversaire de l’arrestation de Souleiman, je ne peux qu’être fier de lui, du journaliste, du père et de l’être humain. En attendant la fin de cette injustice qui pèse sur les intellectuels et des militants des droits de l’Homme au Maroc, forcément ». 

« Souleiman résiste, rêve d’une presse indépendante, d’une patrie qui donne une place à tout le monde »

Pour sa part, sa nièce, la journaliste et ex-prisonnière politique Hajar Raissouni a écrit un message sur son compte Twitter : « Près de trois ans derrière les barreaux, Souleiman résiste, rêve d’une presse indépendante, d’une patrie qui donne une place à tout le monde, et d’un État de droit dans lequel les décideurs acceptent les critiques sans comploter », rappelle-t-elle. 

Et de préciser : « Souleiman n’est pas une figure de l’opposition, c’est juste un journaliste, il a exercé son métier avec professionnalisme, indépendance et objectivité ». 

L’organisation PEN International a diffusé un message de soutien à la famille de Raissouni à l’occasion des trois années de détention contre le journaliste : « Nous soulignons la nécessité de mettre fin au ciblage des journalistes et des écrivains par le gouvernement marocain en raison du contenu de leurs écrits et demandons la libération immédiate de Souleiman et de tous les prisonniers d’opinion du Royaume », écrit PEN International à l’occasion du troisième anniversaire de l’arrestation de cet éminent journaliste marocain.

Cette année de détention a été marquée par la décision radicale de Raissouni de refuser de bénéficier de son droit à la visite de sa famille, de son droit à communiquer avec ses avocats et de son droit à la promenade. Acte de protestation ultime face à ce qu’il qualifie « d’acharnement ».  Au début de l’année, selon sa famille, « il subit un mauvais traitement lors de sa détention, ses affaires et en particulier ses livres, ont été endommagées, toutes les pages contenant des mots ou des notes écrites ayant été arrachées ».

Pour rappel, Raissouni a été arrêté en 22 mai 2020 à Casablanca et condamné en Première instance en juin 2021 et en appel en février 2022 à cinq ans de prison ferme pour agression sexuelle, une accusation que le journaliste a constamment niée. Depuis plus d’un an, Raissouni attend le résultat de son pourvoi en cassation. 

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