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Figuig, un désert médical permanent 

Cette ville de 10 000 habitants ne compte aucun médecin résident, aucun hôpital, pas de maternité ni de sage-femme. Les habitants tirent la sonnette d’alarme. 

Située à l’extrême Sud-Est du Maroc et le Sud de la Région orientale à laquelle elle appartient. Figuig est limitée au nord par la province de Jerada, au Nord-Ouest par la province de Boulemane, à l’Ouest par la province d’Errachidia et par la frontière maroco-algérienne au Sud et à l’Est . Sa superficie est très étendue couvrant (55 990) km², Elle est constituée par deux principaux types de reliefs, à savoir : les hauts plateaux et une chaîne montagneuse de l’extrémité des hauts Atlas. Cette situation a créé un isolement de cette province. 

Le collectif de dix associations figuiguiennes dans le monde vient d’adresser une lettre à Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères de la coopération africaine et des Marocains résidents à l’étranger au sujet de la situation de la santé dans cette ville. L’état des lieux laisse indiquer une grave crise d’accès aux soins. Une situation qui a poussé aussi la Caravane Vérité et justice d’inclure ce point parmi les revendications de cette action militante et comme une forme de réparation collective pour la région.

Danger sanitaire 

Les habitants de Figuig sont obligés de se déplacer jusqu’à l’hôpital de Bouarfa.

« Le secteur de la santé connaît une dégradation continue depuis des années », rappelle ce collectif associatif composés d’ONG de MRE en France et en Belgique. Les quelque 10 000 habitants de Figuig sont obligés de se déplacer jusqu’à l’hôpital de Bouarfa, situé à 107 km, pour un simple avis médical. La province de Figuig compte 140 000 habitants « Les cas urgents étant transportés dans des ambulances indignes d’une évacuation sanitaire vers cet hôpital départemental lui-même en cruel manque de moyens, ce qui oblige souvent les patients à se voir transférés dans les mêmes conditions vers la ville d’Oujda, à près de 400 km de Figuig », dénoncent ces MRE dans le même document. Dans cette lettre, ces derniers affichent leurs craintes en cas de déplacement dans leur ville d’origine. « Certains d’entre nous, atteints de maladies chroniques, ne peuvent tout simplement pas s’y rendre ». 

« Nous nous adressons à vous pour que vous puissiez transmettre aux autorités compétentes notre volonté de voir les habitants et visiteurs de cette ville millénaire jouir de leur droit essentiel d’accès aux soins garanti par la Constitution marocaine et par la déclaration des droits de l’Homme que le Maroc a ratifiée », exigent les ONG des MRE. Dans leur lettre, ils font une série de propositions. 

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Revendications 

L’hôpital de Figuig est en construction depuis 2013.  

L’amélioration de l’accès aux soins passe par trois maillons, aujourd’hui faibles, qui constituent la chaîne de soins sur place. « La gestion du diagnostic et de l’urgence sur place : à défaut de la mise en route effective de l’hôpital en construction depuis 2013, doter Figuig d’autant de médecins que nécessaires pour une telle situation géographique et démographique, ainsi que de sages-femmes, de techniciens de radiologie et d’analyses biologiques ». 

En termes d’évacuation des patients vers d’autres villes, les travailleurs migrants de la région exigent des ambulances équipées. Enfin, ils exigent aussi de « doter l’hôpital des moyens humains et matériels et élargir ses spécialités pour lui permettre d’accueillir dignement et de sauver des patients en souffrance venus de loin ». Dans l’espoir et l’urgence d’être entendus…

Crise économique et écologique 

La ville de Figuig vit de multiples crises. Le taux de chômage est le double du niveau national, il est de 18%. Le taux d’activité est d’à peine de 44%.  

Le taux de pauvreté provincial est de 14,6%. La sévérité est de 1,1% , le taux de vulnérabilité est de 19,9% dans le rural ce taux atteint 25%. 

La Caravane de la Vérité et la justice dans son Appel de Figuig appelle aussi à agir sur trois points, la gestion de l’eau, le soutien aux jeunes et la résolution de la gestion des terres en lien avec le conflit récurrent avec les voisins algériens. Dans le contexte du stress hydrique, l’Appel exige de « repenser la gestion de l’eau des deux barrages pour assurer la préservation de l’eau et la continuité de son écoulement par une bonne gestion ». 

Sur le sujet épineux de la gestion des terres revendiquées par l’Algérie, l’appel prend la défense des habitants spoliés. « Il faut accélérer l’adoption de mesures concrètes pour indemniser les personnes affectées par la perte de leurs biens jusqu’à ce qu’un règlement juste et définitif soit établi en mettant en œuvre le contenu des accords internationaux conclus entre le Royaume du Maroc et les autorités françaises ». 

En matière de lutte contre le départ massif des jeunes, l’Appel conjure les autorités pour que « les résidents de la ville de Figuig et Ksar Ish bénéficieront d’une réduction d’impôt pour réduire l’immigration et maintenir la présence des résidents aux points frontaliers avancés ». 

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