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Les familles d’El Attaouia: À la recherche de nos fils

Les familles de personnes disparues lors de la traversée dans l’embarcation d’El Attaouia du 11 juin vers les îles Canaries se sont rassemblées ce jeudi devant l’annexe du ministère des Affaires étrangères,de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger à Rabat afin d’exiger une intervention des autorités pour trouver ces migrants disparus en mer. Reportage.

Il est 11h00, nous sommes devant l’annexe du ministère des Affaires étrangères à Rabat. Plusieurs familles sont déjà là. Parmi elles, la plupart font partie du groupe des 51 jeunes disparus de la ville d’El Attaouia le 11 juin dernier. Les visages sont empreints d’émotion, tenant des photos de leurs êtres chers. Les pancartes s’élèvent, portant des slogans et des images de leurs enfants, frères et proches disparus. Dans leur douleur, ils restent unis, clamant leur quête de vérité et d’espoir, espérant que leurs appels résonneront .

Les Familles d’El Attaouia: Entre deuil et espoir

«Nous sommes là pour demander la vérité, on veut connaître le sort de nos enfants, morts ou vivants on veut juste une réponse»

«Nous sommes là pour demander la vérité, on veut connaître le sort de nos enfants, morts ou vivants on veut juste une réponse», tel est le cri d’un père avec des larmes aux yeux.

Le cœur de ce père est en suspens, attendant avec angoisse des nouvelles de son enfant Soufiane, âgé de 26 ans. Il nous explique que depuis le 11 juin, la ville d’El Attaouia est plongée dans un deuil incommensurable. La douleur se lit dans ses yeux, et ses mots s’échappent, chargés d’émotions.

«Nos vies n’ont plus de sens, ces 51 jeunes sont des marocains, et l’État a l’obligation de trouver une solution. 

« Nous ne demandons pas l’impossible, nous voulons juste savoir où sont nos enfants»

Nous ne demandons pas l’impossible, nous voulons juste savoir où sont nos enfants», exprime-t-il avec une voix brisée par l’incertitude et l’inquiétude.

Chaque jour qui passe sans nouvelles de leurs proches est une épreuve insoutenable pour ces familles. Dans cette attente interminable, leur cœur est empli d’espoir et de désespoir à la fois. Ils ne cherchent pas de réponses miraculeuses, mais simplement une lueur de vérité qui apaisera leurs âmes tourmentées.

«Ces jeunes ont pris cette décision voie, car ils n’ont pas trouvé de perspectives favorables dans leur propre pays. Ici, la sécheresse a tout ravagé, les opportunités de travail se font rares, et il est devenu difficile de subvenir à nos besoins.  Ils ont aspiré à un avenir meilleur, tout simplement», affirme la mère d’un disparu.

Et d’ajouter : «ça fait plus de 30 jours qu’on vit dans le malheur de cette disparition, on attend toujours que les autorités trouvent des traces et nous donnent des nouvelles sur nos enfants.»

Des dossiers ont été déposés et adressés au ministre des Affaires étrangères, portant le nom de chaque disparu afin de demander l’aide à la recherche .

Dans le même sens, avec la coordination de l’association d’aide aux familles en situation vulnérable présidée par Hassan Aamari des dossiers soigneusement préparés ont été déposés et adressés au ministre des Affaires étrangères, portant le nom de chaque disparu afin de demander l’aide à la recherche de chaque jeunes de ce groupes de 51 disparus lors du naufrage du 11 juin.

Lutter contre l’Absence, réclamer la Justice

Il y a un peu plus d’un mois, ces 51 jeunes ont quitté leurs familles, le plus jeune âgé de 14 ans, le plus âgé de 40 ans. Le dernier message reçu date du samedi 10 juin, 23 heures, alors qu’ils se préparaient à embarquer vers les îles Canaries. Depuis lors, le silence règne, plongeant leurs proches dans une attente déchirante, sans nouvelles.

Devant l’annexe, Amina, qui a elle-même perdu son jeune frère âgé de seulement 19 ans, se tient aux côtés des autres familles. Malgré la fatigue évidente qui se dessine sur son visage, sa détermination reste inébranlable. Elle s’efforce de surmonter sa propre douleur afin d’aider les autres à remplir leurs dossiers, pour les déposer au bureau du ministère.

«Nous sommes réunis ici pour déposer des demandes d’aide à la recherche auprès du ministère des Affaires étrangères ainsi que du Comité international de la Croix-Rouge. Nous avons également porté plainte à Marrakech et fourni notre ADN, mais malheureusement, aucune nouvelle. On nous a informé que désormais cette affaire est suivie par la Brigade de la Police Judiciaire à Casablanca, nous gardons une totale confiance en la justice. Nous espérons de tout cœur que la vérité sur le sort de ces jeunes nous sera révélée», explique la sœur.

« Chaque famille à El Attaouia a payé entre 30 000 et 45 000 dh pour la traversée. Certains ont vendu leur héritage, leurs terres et d’autres ont même endettés ».

Et d’ajouter« Chaque famille à El Attaouia a payé entre 30 000 et 45 000 dh pour la traversée. Certains ont vendu leur héritage, vendu leurs terres. D’autres se sont endettés pour payer les trois passeurs qui opèrent dans la ville depuis plus de trois ans».

Le cœur lourd, elle puise en elle une grande  force, car elle sait que ses parents aussi attendent désespérément une réponse favorable sur le sort de leur fils. Elle a vu la détresse dans leurs yeux, entendu leurs prières silencieuses, et elle ne peut pas rester les bras croisés. C’est une quête commune, une quête pour la vérité, une quête pour l’espoir.

Dans ces moments difficiles, Amina se découvre une force qu’elle ne pensait pas avoir, celle qui lui permet de donner un peu de réconfort à ceux qui partagent le même fardeau. Elle sait que leur combat est loin d’être terminé, mais elle continue d’avancer, pas seulement pour son frère, mais pour tous ces jeunes disparus en mer.

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