Idées, Luttes d'idées

Renoncer pour mieux comprendre

Par FATIHA AAROUR

Terrain et démarche méthodologique

En août 2018, lors de mon arrivée sur le terrain, la petite tribu Aït Zaghou semblait presque déserte. Le paysage était dominé par une mosquée majestueuse, s’élevant fièrement au-dessus d’une petite fontaine. À seulement quelques mètres de là, à peine pouvions-nous apercevoir les ruines du sanctuaire de saint Sidi Bouchta surnommé « le maître de la pluie ».

Sidi Bouchta était un lieu singulier où les villageois avaient l’habitude de se rassembler en procession, portant avec eux une taghenja, également appelée tislite unzar, qui symbolisait « la fiancée de la pluie ». Ils cherchaient ainsi à solliciter la baraka du seyyed, espérant que sa médiation avec le ciel rendrait celui-ci plus clément, et que la pluie tomberait.

La taghenja était un mannequin confectionné à partir d’une louche en bois attachée à deux cannes pour former les mains et le tronc, revêtue d’un caftan et un foulard en soie pour donner l’apparence d’une ravissante jeune fille. Après la visite à Sidi Bouchta, la foule entamait un cortège en chantant, accompagnée par le son envoûtant d’un instrument à percussion appelé alloun : 

Timzine i tighalline

 De l’orge pour les juments

Aloud al ifadden 

De la boue jusqu’aux genoux

Ou encore :

Aya rabbi aya anzar 

Oh Dieu fait tomber la pluie

Ag drouine tmizare 

Pour que les terres soient arrosées

Ait Boumeksa

Ce rituel revêtait une symbolique capitale pour les Aït Boumeksa, car la pluie était essentielle à leur subsistance. Les chants et les prières récités lors de cette procession étaient empreints d’espoir, exprimant la dépendance étroite entre les villageois et les éléments naturels. 

Pendant ma jeune enfance, nous, les enfants, étions impatients de prendre part au cortège du rite, portant en nous une joie et une fascination évidentes. Ces moments représentaient pour nous une occasion spéciale de nous aventurer loin du village, bravant ainsi l’interdiction tacite de nos parents. Le cortège, imprégné de solennité et de mystère, parcourait les tribus voisines afin de collecter des contributions pour préparer une grande cérémonie appelée lama, prévue à la fin de l’évènement.

Nous étions impatients de voir les généreux dons que les villageois offraient avec ferveur. Les contributions se composaient généralement de sucre, de farine, de thé et parfois même de pièces de monnaie. Ces offrandes symbolisaient la dévotion et le soutien des personnes envers ce rituel incontournable, lorsque le ciel montrait des signes de colère envers le monde terrestre en retenant la pluie.

Sidi Bouchta, niché sous un majestueux olivier sauvage, appelé azemmour n cherfa (l’olivier sauvage des nobles), était autrefois un lieu d’une grande importance spirituelle pour la communauté. Cependant, à mon grand regret, lors de ma visite, j’ai constaté que le sanctuaire avait presque disparu. La demeure du saint avait été détruite par des inconnus.

Le long de la route, un défilé d’eucalyptus ornait les deux bords, m’accompagnant jusqu’à la petite tribu Aït Atta. Les champs, autrefois propriété des tribus, étaient maintenant occupés par d’immenses couvoirs. Ces vastes terres, qui ont une histoire ancienne avec les tribus locales, ont été récupérées par l’État des mains étrangères après l’indépendance pour être cédées aujourd’hui à un puissant holding spécialisé dans la production intensive de volaille. Ledit holding loue ces terres du domaine public pour une durée prolongée.

Ce projet, imposé contre la volonté des habitants, s’est avéré être un véritable problème. Les couvoirs dégagent une odeur nauséabonde qui imprègne les lieux et rend la vie des résidents insupportable. Il représente une catastrophe écologique persistante, malgré ses effets nuisibles évidents sur la qualité de l’air et la nappe phréatique. Depuis la mise en place de ce monstre économique, la région continue de souffrir de pénuries d’eau, perdant peu à peu son âme et son charme naturel qui se transforme inéluctablement. 

L’installation de ce projet a rencontré une résistance farouche de la part des habitants, qui ont exprimé leur volonté de préserver leur environnement et leur mode de vie. Cependant, malgré leur mobilisation, leurs voix ont été étouffées et ignorées.

Après un long voyage, j’atteins enfin le village de « Ristou », qui constitue le cœur d’Aït Boumeksa. Ce petit hameau a été fondé au milieu du siècle dernier par un paysan grecque nommé Aristot Kikejos. C’est d’ailleurs en hommage à lui que le village a été baptisé “Ristou”, tel que la population prononçait le nom de son fondateur. Le village conserve toujours le nom de son bâtisseur, bien que l’État ne le reconnaisse pas officiellement. Il est constitué d’une quarantaine de maisons, trois épiceries, un petit café, un moulin et un couvoir de production de volaille, implanté juste en face de l’unique école primaire de la région.

Je me suis installée chez mes parents dans leur maison située à environ un kilomètre du village, sur une terre nommée Moulay Abdelkader Jilali. À cet endroit particulier se trouvait un petit sanctuaire dédié à un saint portant le même nom, Moulay Abdelkader Al-Jilani, ou « Jilali » comme il est prononcé par les habitants. La population d’Aït Boumeksa nourrissait une croyance profonde en un mythe prétendant que le saint Al-Jilani aurait autrefois prié en ce lieu sacré. Selon cette légende, les anciens habitants auraient découvert des pierres qui seraient des reliques du saint utilisées pour ses ablutions sèches. Guidés par cette conviction, ils ont choisi de construire un sanctuaire à cet endroit pour honorer la mémoire du marabout. Cependant, il n’existe aucune preuve historique étayant la visite de Moulay Abdelkader Al-Jilani au Maroc. Ce maître musulman soufi, qui est également le fondateur de la confrérie Qadiriyya, aurait vu le jour vers 1077-1078, vraisemblablement dans la province de Gilan en Iran, et s’est éteint en 1166. Son lieu de repos final se trouve à Bagdad.

Le sanctuaire de ce Seyyed a également subi une destruction il y a quelques années par des inconnus, et cette action a suscité des regrets parmi certains villageois qui croyaient fortement que le marabout possédait un pouvoir indéniable de guérison.

Lors de mes rencontres avec les résidents d’Aït Boumeksa, certaines femmes des tribus voisines ne m’ont pas reconnue. Certaines ont même été surprises d’apprendre que je parlais encore le berbère. Elles pensaient que mes nombreuses années passées dans les grandes villes et à l’étranger m’avaient changée.

J’ai eu la chance, à cette occasion, de retrouver des amies de mon enfance ainsi que des camarades de classe avec lesquelles j’ai pu revivre les souvenirs du bon vieux temps. Ces instants ont été particulièrement chaleureux alors que nous nous remémorions ensemble les moments joyeux et les aventures que nous avions partagées. Au cours de nos échanges, nous avons évoqué nos parcours de vie, nos défis et nos réussites, constatant à quel point nous avions toutes changé depuis nos jeunes années. 

Les événements les plus amusants qui nous avaient marquées étaient les “bagarres inter-tribales” farouches que nous déclenchions les uns contre les autres dans la cour de l’école primaire d’Aït Boumeksa. Se rappeler du détail de ces moments a suscité nos éclats de rire. Pendant ces combats, qui exigeaient autant d’énergie, chacune devait choisir son camp en fonction du critère de filiation. Nous reproduisions ainsi, de manière inconsciente, les relations intertribales d’antan.

Je me souviens encore très distinctement qu’à chaque fois que j’étais confrontée à ma rivale de classe, Fatima, j’avais la capacité de rassembler plusieurs tribus autour de moi en bénéficiant de l’alliance des élèves issus des tribus telles que les Aït Mahfoud, dont mon père faisait partie, Aït Elânzi, celle de ma mère, Aït Boubker, la tribu de ma grand-mère paternelle, et même Aït Zaghou, la tribu de la mère de mon demi-frère, bien que je n’aie malheureusement jamais eu l’occasion de connaître, puisqu’elle est décédée avant que mon père n’épouse ma mère.

En effet, pour Fatima, la marge de manœuvre était assez restreinte du fait de son appartenance à une fraction principalement endogame et peu ouverte sur les autres groupes. La plupart des mariages au sein de sa lignée ont eu lieu à l’intérieur de celle-ci. En revanche, je suis issue d’une fraction qui a pratiqué le mariage exogame intertribale, établissant ainsi des liens avec d’autres tribus, bien que cela ait rarement dépassé les frontières de la confédération. C’est ainsi que la tâche de rassembler les élèves et gagner leur confiance en s’appuyant sur la filiation était étonnamment aisée.

Les rencontres avec les femmes et les hommes de plusieurs tribus et fractions étaient d’une richesse extraordinaire. C’était une expérience singulière qui m’a offert l’opportunité d’échanger, de partager et de renouer les liens du passé. Chaque interaction était imprégnée d’une valeur précieuse. 

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux »

Inscription sur le seuil du temple de Delphes, attribuée à Socrate

Cependant, dès le début de mon travail, je me suis retrouvée confrontée à des préoccupations majeures : Mon appartenance au groupe étudié a représenté une vraie contrainte, malgré ma motivation. Le fait de ne pas pouvoir me défaire des préjugés et des évidences s’est révélé être un obstacle psychologique inattendu. Ce qui aurait pu sembler curieux et surprenant pour un chercheur étranger risquait de me paraître ordinaire et sans importance en raison de mon attachement à ce lieu et à ces gens, même si j’ai vécu loin d’eux pendant de nombreuses années. Le souci d’être influencée par mes propres jugements et convictions a failli me décourager.

Ma préoccupation s’explique également par la présence de mon père, qui était en effet mon guide principal sur le terrain. Il m’a grandement facilité le travail et les déplacements, en prenant notamment l’initiative de contacter les gens pour m’accueillir et me parler en toute confiance. Cependant, cette présence était une arme à double tranchant, car il essayait parfois, sans en avoir conscience, de m’influencer ou de m’orienter vers certaines pistes, en programmant par exemple des rendez-vous sans me consulter au préalable. Je me suis vite rendu compte des enjeux et des obstacles dans un tel contexte, et j’ai donc pris mes précautions en m’appuyant sur des expériences similaires. 

J’ai particulièrement pensé à l’approche et à la méthodologie des anthropologues qui ont mené des recherches pertinentes pour mon travail. D’une part, l’anthropologue marocain Hamou Belghazi, qui a étudié le rite de tada chez les Zemmours. D’autre part, l’anthropologue américano-palestinienne Lila Abu Lughod, qui a travaillé sur la communauté d’Awlad’Ali en Égypte. Leurs travaux ont été une source d’inspiration, me permettant d’aborder mon terrain avec un regard éclairé et une approche réfléchie envers la communauté étudiée.

La démarche d’Abu Lughod m’a particulièrement intéressée, car elle aborde le sujet du genre et met en lumière la présence des femmes chercheuses dans un contexte patriarcal. Son approche m’a semblé très intéressante, car elle soulève des questions cruciales concernant l’autonomie et le rôle de la femme chercheuse sur certains terrains. En étudiant son travail, j’ai pu identifier des similitudes avec ma propre situation.

Lila Abu Lughod est arrivée chez les Bédouins d’Awlad’Ali dans les années 1980, accompagnée de son père, dans le but d’effectuer son travail de terrain qui a abouti à son œuvre Veiled Sentiments : Honor and Poetry in a Bedouin Society. La présence du père pour entamer le travail d’Abu Lughod a suscité une vive polémique au sein de la communauté scientifique. Certains estiment même que cette approche pose un problème épistémologique. Cependant, l’anthropologue justifie sa décision en expliquant que les exigences du terrain étaient particulières : la société étudiée étant marquée par une tendance conservatrice, l’intervention du père s’est révélée indispensable pour la réussite de sa recherche.

Cependant, le statut de « la fille adoptive » au sein de la communauté étudiée a constitué un obstacle capital qui a empêché Abu Lughod de s’intégrer aux autres groupes. Elle explique cette situation en ces termes : « L’autre conséquence de mon introduction par mon père dans la communauté, en tant que “fille du père”, a été de m’assigner le rôle de la fille adoptive, rôle que j’ai accepté. Cette relation a impliqué une certaine protection et restriction, ce qui a influencé ma participation à la vie de la famille, mon identification au groupe de parenté et mon apprentissage de leur culture. C’était comme une forme de socialisation à ce rôle. »

Vraisemblablement, la société hkmaouite n’est pas particulièrement conservatrice au point d’exiger un accompagnement masculin sur le terrain. Néanmoins, mon éloignement de ma communauté pendant plusieurs années a créé un écart considérable, rendant difficile l’établissement d’une relation de confiance immédiate, en particulier avec les hommes, pour qu’ils puissent se confier et partager leur intimité avec moi.

Heureusement, le respect et la confiance dont jouit mon père au sein de sa communauté m’ont beaucoup aidée à accéder à des informations aussi précieuses.

En effet, malgré les nombreux défis qui pourraient entraver le travail d’un chercheur ou d’une chercheuse autochtone, notamment la difficulté de prendre suffisamment de recul et d’objectivité vis-à-vis de sa propre culture, j’ai constaté que ce statut pourrait se transformer en avantage si nous savions prendre la distance nécessaire. 

Être un “insider” ou pratiquer l’endo-ethnologie permet d’apporter une perspective unique et une compréhension solide de sa propre culture. Cette démarche offre une immersion plus profonde sur le terrain, facilite l’accès à des informations privilégiées et donne la possibilité de mieux saisir les nuances et les subtilités culturelles.

D’ailleurs, Jean-Pierre Olivier de Sardan a bien illustré la possibilité pour un chercheur, ayant suivi un long parcours scolaire loin de sa terre et de sa culture, de se détacher de son milieu d’origine.

Dans son article intitulé “Le je” méthodologique : Implication et explication dans l’enquête de terrain“, de Sardan explique que le chercheur, même s’il est originaire du milieu qu’il étudie ou s’il partage une même communauté linguistique (ou culturelle au sens très larges) avec les personnes qu’il observe, se retrouve toujours dans une position nettement distincte de ses compatriotes, du fait de son statut d’intellectuel résultant de son parcours d’études. En devenant chercheur, il s’est détaché de son groupe d’origine et occupe une position spécifique qui le différencie de ses concitoyens.

Cependant, prendre de la distance avec son terrain d’origine ne signifie pas nécessairement une métamorphose complète de soi. Ce processus est empreint d’émotions, oscillant entre moments de joie et instants de tristesse.

Depuis 1997, c’est la première fois que je séjourne aussi longtemps dans ma région natale. Avant cela, mes visites chez mes parents étaient généralement de courte durée, ne dépassant pas dix jours. Quand j’ai avancé dans mon travail, et contrairement à mes préoccupations du début, j’ai ressenti à certains moments une grande distance vis-à-vis de certaines pratiques que je croyais connaître et qui me semblaient évidentes. J’ai réalisé à quel point mon regard a changé, ne correspondant plus aux représentations que j’avais auparavant, ce qui m’a parfois fait me sentir étrangère à ma propre communauté. Ce sentiment d’aliénation a engendré une multitude de questionnements :

Comment puis-je éviter de succomber à l’intellectualisation qui impacte mon travail ?

 Sont ces individus, qui me ressemblaient en apparence, véritablement similaires à ce que je suis devenue aujourd’hui ? Est-il possible de demeurer fidèle à leurs présentations tout en analysant leurs attitudes et propos concernant les pratiques et phénomènes sociaux que j’observais ?

En effet, au fil du temps, j’ai réussi à surmonter mes craintes et à me lancer pleinement dans cette aventure, apprenant ainsi à me laisser porter par l’expérience. J’ai ensuite réalisé que mes inquiétudes étaient principalement dues à mon tempérament perfectionniste, qui me poussait à vouloir tout maîtriser dès le début. En fin de compte, l’émerveillement et les découvertes étaient bien au rendez-vous. Chaque jour apportait sa part d’apprentissage. J’ai été surprise par la richesse de cette culture que je découvre d’un autre angle, avec ses rites, ses coutumes, ses rapports étroits avec la nature ainsi que les représentations qui l’entourent.

Avant d’analyser les différents aspects de la société hkmaouite, il est essentiel de souligner que ce travail a pour objectif de résoudre la problématique portant sur “l’évolution économique et sociale de la confédération Aït Hkem”. L’objectif est de mettre en évidence les facteurs internes et externes qui ont influencé l’évolution de cette confédération, ainsi que leur impact sur la transformation de ses structures socio-économiques et socio-culturelles depuis l’époque de siba jusqu’à nos jours.

Ainsi, il est nécessaire d’examiner différentes questions clés afin de mieux comprendre l’évolution de ce groupement.

Tout d’abord, j’aborderai les traits caractéristiques des structures politiques et de l’organisation tribale de cette confédération. Je m’intéresserai également à son agencement socio-économique, ainsi qu’à la nature des rapports socio-culturels qui perdurent à l’intérieur de la confédération et avec les populations voisines. Un autre aspect crucial de cette analyse portera sur l’impact, qu’il soit direct ou indirect, des facteurs internes et externes sur la transformation de la structure tribale. Il sera également nécessaire de déterminer s’il existe des spécificités permettant de distinguer les Aït Hkem des autres groupes tribaux de la région. 

Pour cela, je mettrai en évidence les éléments généalogiques ainsi que les conflits inter et intra-tribaux susceptibles de jouer un rôle différenciateur au sein de la confédération des Aït Hkem. De plus, j’analyserai la politique socioéconomique et administrative imposée par le protectorat français et son influence sur les structures tribales.
Par la suite, j’examinerai le rôle potentiel de la politique menée ultérieurement par le pouvoir marocain dans ce processus de transformation.

À cet égard, il est plausible que l’évolution de la confédération d’Aït Hkem soit marquée par une interaction entre des facteurs internes tels que les éléments généalogiques et les conflits inter et intra-tribaux, ainsi que des facteurs externes tels que la politique mise en place par le protectorat français. Par ailleurs, ce processus pourrait être accéléré en raison des politiques et des choix idéologiques du pouvoir marocain après l’indépendance. Ces politiques visent à rassembler la population autour de la monarchie, de l’islam, de la langue et de la culture arabes, en exerçant une pression, tant directe qu’indirecte, sur les autres composantes ethniques et culturelles, les contraignant ainsi à adhérer à ce processus.

Pendant mon séjour de 25 jours, j’ai pu collecter une riche quantité de données et d’informations liée aux aspects clés de la vie de ce groupement. La méthodologie utilisée pour mener ce travail repose sur une combinaison de différentes méthodes d’enquête : l’observation participante et expérimentale, ainsi que des entretiens (32 entretiens audio et vidéo d’une durée variant de 17 minutes à 1 heure et 40 minutes). Les personnes interrogées, femmes et hommes, étaient issues de différentes générations et exerçaient divers métiers : paysans, commerçants, élus communaux, chercheurs en sciences sociales, universitaires issus du groupe étudié, et acteurs associatifs.

Le matériau d’enquête comprenait également des textes historiques et des archives ethnographiques remontant à l’époque coloniale et précoloniale, des photographies, des dessins et des croquis des lieux, ainsi que des données disponibles sur Internet et les réseaux sociaux.

Pour approfondir la problématique de ce travail, j’ai adopté une démarche pluridisciplinaire en utilisant un cadre théorique et conceptuel englobant plusieurs approches. J’ai intégré la théorie mimétique de René Girard, le concept de la segmentarité d’Emile Durkheim issu de son ouvrage “De la division du travail social” (1893). De plus, j’ai exploité le concept d’habitus développé par Pierre Bourdieu, ainsi que les notions d’honneur et de pudeur de Soumya Naamane-Guessous, parmi d’autres éléments. Cette approche globale m’a permis d’enrichir mon analyse en considérant diverses perspectives, contribuant ainsi à une compréhension adéquate de la question étudiée.

Le décryptage des codes des rites et des croyances de ce groupe tribal, l’analyse du mode de production économique, des structures juridico-politiques, des représentations de la population concernant leur propre vécu et leur mode de vie, ainsi que l’étude des changements majeurs qui persistent à transformer les structures existantes et le rythme de la vie quotidienne : tels sont les axes de réflexion principaux de cette entreprise. 

Cette étude qui s’inscrit dans une approche monographique, aborde de manière exhaustive les multiples aspects de la vie d’Aït Hkem et repose plus spécifiquement sur l’observation de trois tribus : Aït Boumeksa, Aït Bouguemal et Aït Alla. Un examen du contexte historique de la période de siba jusqu’à l’époque contemporaine, à la lumière des textes historiques auxquels j’ai eu accès, permettra d’analyser et comparer les mouvements dans l’espace, les relations sociales du passé et du temps actuel, les liens avec le pouvoir et les interactions intertribales. 

Ainsi, le récit adoptera une approche chronologique et comparative. Il peut également s’inscrire dans le cadre d’une démarche d’ethnographie historique, puisqu’il s’appuie en partie sur des textes produits par des historiens tels que Ibn Khaldoun, ainsi que sur des récits ethnographiques élaborés par des agents de l’administration coloniale tels que Charles de Foucault, et autres moins connus tel le Capitaine Querleux, De la Bastide, Dersy Serge et d’autres.

Les témoignages que j’ai pu recueillir, notamment ceux des personnes âgées, ont été largement exploités, analysés et comparés avec les données rapportées par les textes ethnographiques des agents de l’administration coloniale.

Dans cette optique, la première partie de ce travail se focalisera sur un bref aperçu géographique et historique, permettant ainsi de situer le récit dans son contexte cartographique et socioculturel. Ensuite, j’entreprendrai d’explorer la morphologie tribale et le système social, suivi de la présentation et de l’analyse des relations inter-tribales, du droit coutumier, de l’aspect politique en termes d’organisation et de rapports avec le pouvoir central, ainsi que du rapport à la terre et du mode de production des richesses. J’examinerai également l’aspect religieux, en abordant le phénomène de la sainteté et de l’islam orthodoxe. Enfin, je conclurai en mettant en lumière les caractéristiques des relations de genre et de sexualité au sein de ce groupe. 

Il est essentiel de noter que certaines conclusions issues de ce travail pourraient être bien accueillies par les membres de la confédération, tandis que d’autres risqueraient d’être moins appréciées.

À suivre…

Disclaimer : Les avis exprimés dans la rubrique « Idées  » ne représentent pas nécessairement les opinions du média ENASS.ma

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