Editos, Parti pris

Séisme au Maroc : Quatre observations

L’actuelle tragédie du séisme du 8 septembre 2023 a été un moment révélateur de plusieurs choses au sein du fonctionnement de l’Etat et de la société marocaine. Loin de vouloir donner des leçons à quiconque, cette première semaine de cette catastrophe nous permet de faire les remarques suivantes, basées sur les observations de l’équipe de ENASS sur le terrain dans différentes zones de la tragédie. 

Absence d’un système de gestion de crise

Les citoyens ont découvert, à leur dépens, l’absence d’un système de gestion de crise aux niveaux national, régional et local. Ce système qui devrait comprendre des instruments de réaction dans l’urgence n’existe pas. Les Marocains et l’ensemble des personnes vivant sur le territoire marocain ont passé une première nuit du séisme dans le flou. Les premières 24 heures ont été dominées par les fausses informations. L’Etat absent n’a ni communiqué efficacement, ni agi subtilement. Les citoyens ont été livrés à eux-mêmes. 

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Une solidarité citoyenne exemplaire 

C’est certainement le fait majeur de cette semaine. Les citoyens, la société civile, la solidarité entre Marocains d’ici et d’ailleurs a pris le dessus sur une action de l’Etat balbutiante au départ. Malgré les critiques qu’on peut adresser à cette mobilisation (désorganisée, individualiste ou même opportuniste dans certains cas), cette vague de solidarité pallie la faiblesse de la réaction de l’Etat. Malgré ses énormes moyens, l’Etat et ses institutions semblent ne pas disposer des outils idoines pour gérer efficacement ce type de crises.

L’acteur qui pourrait aiguiller les actions sur le terrain manque à l’appel. 

Un grand bémol: Le manque de coordination: L’Intérieur et ses gouverneurs qui ont la charge de la coordination des actions ne remplissent pas ce rôle efficacement. Les moyens sont là, les volontés se sont exprimées mais l’acteur qui pourrait aiguiller les actions sur le terrain manque à l’appel. Ceci occasionne beaucoup de dispersion d’énergies et des frustrations. Exemple : Une province où les aides se concentrent comme Al Haouz alors qu’à Taroudant et Ouarzazate ce sont les oubliés parmi les oubliés. 

Les FAR, un bras armé humanitaire vital 

Ce n’est pas une surprise. Les Forces armées royales confirment leur rôle humanitaire de premier plan. Les FAR sont les seules à pouvoir pallier la faiblesse des moyens chez les sapeurs-pompiers. Dans cette phase du sauvetage et des secours, on attend beaucoup de la Grande muette : aider à trouver les corps des victimes, construire des abris d’urgence, identifier les zones dangereuses à éviter pour les habitants, apporter des soins médicaux, etc. Ces missions devront-elles continuer et se prolonger pour la phase de la construction ? 

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Une communication officielle méprisante

C’est certainement un des points cruciaux où le gouvernement était attendu : La communication. Exercice simple et compliqué à la fois. Les citoyens étaient en attente d’informations précises et claires sur la situation dans les zones sinistrées. Les citoyens veulent être rassurés les trois premiers jours. Les citoyens s’attendaient à un discours empathique de la part des représentants de l’Etat. A l’opposé, ils ont eu droit à du mépris et du silence. Le porte-parole du gouvernement s’est contenté d’un point de presse sans accorder aucune question aux journalistes. Les quelques officiels marocains se sont adressés aux Marocains via des médias étrangers.

La vie des 3000 morts ne valent-ils pas un discours transparent pour préciser la réalité de la situation. 

Les Marocains se sentent floués et déçus au milieu de cette grave crise humanitaire. Par respect aux victimes, à leurs familles et à l’ensemble des Marocains, un officiel devait s’adresser directement à eux. Est-ce trop demander ? La vie des 3000 morts ne valent-ils pas un discours transparent pour préciser la réalité de la situation sur le terrain et les mesures à venir ? 

Continuons à être solidaires dans cette crise…

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