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Le crabe bleu, «Daiich» de la Méditerranée

Espèce envahissante, le crabe bleu pose à la fois un défi écologique et économique aux pêcheurs de la côte méditerranéenne. Plongée dans l’univers de cette espèce.

Crab caught a fish in Al Hoceima – © Rabie
Par Nicola Aimane Dimarco

Cette espèce envahissante a atteint le Maroc en 2017. 

Au début des années cinquante du siècle dernier, la côte méditerranéenne a reçu un invité indésirable : le crabe bleu. Cette espèce envahissante a commencé à occuper les côtes méditerranéennes et ce n’est qu’en 2017 qu’elle a atteint le Maroc. « Ce crabe est apparu à la lagune de Nador en 2017.

« C’est une espèce omnivore qui se reproduit très vite et qui n’a pas de prédateurs ».

Il s’agit d’une espèce envahissante », nous confirme Nassir Kaddouri, doctorant spécialisé sur ces questions, travaillant en étroite collaboration avec les pêcheurs de la région. Et de préciser. « C’est une espèce omnivore qui se reproduit très vite et qui n’a pas de prédateurs. La femelle du crabe bleu peut pondre jusqu’à 2 millions d’œufs en une seule fois. Ce qui est fascinant au sujet de cette espèce est qu’elle peut avoir un comportement cannibale », prévient-il. 

Le crabe bleu est un prédateur omnivore peut se comporter en charognard.

Le crabe bleu est un prédateur omnivore qui non seulement se nourrit de poissons, de mollusques et de crustacés, mais peut se comporter en charognard. Il peut même manger des algues. Pis, dans l’habitat qu’il envahit en Méditerranée, il est capable de se nourrir d’un large éventail d’espèces, y compris les poissons nobles. 

« Vu sa grande capacité de nuisance, les pêcheurs appellent le crabe bleu « Daiich », commente Rabih Lyazghi, directeur d’AMPESA, une ONG basée à Al-Hoceima, spécialisée en plongée sous-marine et œuvrant également en étroite collaboration avec les pêcheurs et les scientifiques comme Nassir Kaddouri. « Cette créature est très agile. Contrairement aux autres crabes qui se nourrissent de poissons morts, le crabe bleu capture les poissons de très près. Souvent, les pêcheurs l’attrapent en flagrant délit, les poissons entre les griffes », poursuit Lyazghi. 

Il faut dire que les griffes de ce crabe sont dévastatrices, à la fois pour les autres créatures et pour les pêcheurs de la région. « Une fois pêché, il est presque impossible de s’en débarrasser sans abîmer le filet de pêche. Cela cause une perte énorme pour les pêcheurs », souligne Nassir Kaddouri. Et d’ajouter, « les problèmes économiques que le crabe bleu engendre sont multiples. Primo, il détruit les filets, car il s’y bloque. Secundo, les pêcheurs sont obligés d’éviter certaines zones connues pour abriter le crabe bleu, même s’ils savent qu’elles sont riches en poissons. Cela rend les choses encore plus compliquées. Et quand ils lancent leurs filets avec l’appât, ils retirent les filets sans appât et sans poissons », se lamente-t-il. 

Chaîne alimentaire

L’arrivée du crabe bleu aux côtes méditerranéennes du Maroc était une catastrophe naturelle. Invité indésirable, il s’est imposé à l’écosystème naturel de la région, détruisant les filets au passage et rendant le quotidien des pêcheurs plus compliqué. Heureusement, des solutions existent à l’image de l’expérience tunisienne en la matière, à laquelle Rabih Lyazghi et Nassir Kaddouri font allusion. Il s’agit d’un modèle qui consiste à pêcher le crabe bleu, ensuite le vendre ou l’utiliser dans la restauration. « La Tunisie a réalisé de grandes avancées en ce qui concerne la lutte contre le crabe bleu. Ce pays l’exporte maintenant ou le vend aux restaurants », précise Rabih Lyazghi. La solution à cette espèce envahissante pourra-t-elle ainsi être la consommation par une autre espèce envahissante, à savoir l’Homme ? 

De son côté, Nassir Kaddouri souligne la nécessité pour les pêcheurs de renforcer leurs filets ou d’adopter les pièges à appât, ce qui engendra des coûts supplémentaires. Les pêcheurs locaux ont déclaré qu’il y a effectivement une demande pour ce genre de crustacé dont le prix varie entre 35 et 50 dirhams le kilo. « Cela dit, le crabe ne figure pas parmi nos recettes gastronomiques ou nos habitudes alimentaires. Il n’est pas aussi prisé que le poisson », a-t-il conclu. 

Nicola Aimane Dimarco

Ingénieur d’État en géoinformation et président de l’association Surf4Climate.

Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la session Openchabab Environnement, avec le soutien de la Fondation Heinrich Böll.

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