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L’asile au Maroc : Enquête sur une chimère

Dans les méandres de la quête de refuge au Maroc, s’écrit une histoire complexe et souvent méconnue. Pour de nombreuses personnes, le droit d’asile apparaît comme un éclat d’espoir fugace dans un pays où les défis demeurent nombreux, où les chemins vers la sécurité sont pavés d’obstacles. Enquête. Partie 1.

Par Imane Bellamine (Texte) et Anass Laghnadi (vidéo)

Avec près de 19 000 réfugiés et demandeurs d’asile au Maroc, et selon les derniers chiffres du Haut Commissariat au réfugiés, il est impératif de considérer la complexité et les lacunes d’une procédure d’asile dans le pays.

Inaya : Confrontée à l’impasse de l’exil

«Lorsque je suis arrivée au Maroc, on m’a conseillé de demander une protection internationale».

Inaya, jeune réfugiée au Maroc.

Dans les environs de Rabat, nous rencontrons Inaya*, une femme originaire de la Côte d’Ivoire, dont le destin a été tragiquement marqué par un mariage forcé à l’âge de 16 ans. Soumise à des violences et des abus au quotidien de la part de son époux et ce durant deux longues années, celle-ci a dû faire face à cette dure réalité sans que ses parents n’interviennent. Fatiguée par ce vécu, elle décide de fuir son pays d’origine. Elle choisi de chercher refuge au Maroc, dans l’espoir de trouver une vie meilleure et de se libérer de la précarité et des violences subies.

Cependant, à son arrivée elle a été confrontée à une âpre vérité: la vie en tant que demandeuse d’asile n’est pas comme elle l’imaginait et cette protection qu’elle demandait ne lui est sûrement pas garantie.

En 2019, la demandeuse d’asile est arrivée au Maroc. Après quelques jours passés à Casablanca, elle s’est rendue directement au bureau du Haut Commissariat aux Réfugiés à Rabat pour entamer sa procédure.

«J’ai pris la décision de quitter mon pays sans en avertir personne. Mon mari menaçait de me tuer si je pensais à partir. Il était extrêmement violent et je ne pouvais plus supporter cette vie. Lorsque je suis arrivée au Maroc, on m’a conseillé de demander une protection internationale. Une dame ivoirienne m’a expliqué la procédure», raconte-t-elle.

Elle ajoute : «Au début de mon parcours, on m’a remis un formulaire d’enregistrement. Étant analphabète, un jeune homme m’a aidée à le remplir alors que j’étais devant le siège du HCR».

Inaya a ainsi entamé sa procédure auprès du HCR et obtenu son document d’enregistrement ainsi qu’un rendez-vous pour son premier entretien. Cependant, la période d’attente était très longue. Elle a dû patienter plus de six mois avant de pouvoir enfin passer cet entretien crucial.

«C’était très éprouvant pour moi et cela a duré longtemps. J’ai même éclaté en sanglots et l’entretien a dû être reporté au lendemain».

Inaya, jeune réfugiée au Maroc.

«Il était extrêmement difficile de patienter. En plus, j’ai réalisé à ce moment-là que j’étais enceinte et qu’il me fallait trouver un emploi. J’ai fini par travailler pour une famille. On me me maltraitait  et le salaire était très bas, mais je n’avais pas d’autres choix. Lors de l’entretien, je ne comprenais pas grand-chose aux questions. C’était très éprouvant pour moi et cela a duré longtemps. J’ai même éclaté en sanglots et l’entretien a dû être reporté au lendemain».

Face à la difficulté d’Inaya* à évoquer son vécu et les violences qu’elle avait subies, l’agent chargé de l’éligibilité a pris la décision de reporter son entretien. Un mois plus tard, elle a reçu une réponse positive et a été reconnue à titre de réfugiée.

«Le papier attestant de mes droits de réfugié semble ne pas avoir une grande valeur dans ce pays».

Inaya, jeune réfugiée au Maroc.

«J’étais comblée de bonheur. Je pensais que ma vie allait s’améliorer, que je pourrais enfin vivre en sécurité, mais ce ne fut pas le cas. La somme que je recevais ne me permettait pas de payer mon loyer et parfois même de me nourrir. Je n’arrive toujours pas à trouver un emploi stable. Le papier attestant de mes droits de réfugié semble ne pas avoir une grande valeur dans ce pays», explique-t-elle avec amertume.

Depuis la naissance de son enfant, Inaya* n’est plus seule dans cette précarité. Son enfant est également concerné. Elle espère lui offrir une vie meilleure, mais elle se rend compte que cela sera difficile dans son environnement actuel.

«Je pense à tenter une autre aventure, celle de traverser pour l’Europe. Peut-être là-bas je pourrais enfin jouir de mes droits en tant que réfugiée. Cependant, j’ai peur que mon enfant et moi ne survivrions pas. Je supporte toutes ces difficultés uniquement pour mon enfant, mais je ne sais plus quoi faire. Ma vie devient de plus en plus difficile», conclut-elle.

À suivre…

NB : Les noms ont été changés pour préserver l’anonymat des personnes interrogées.

** Ce contenu a été réalisé grâce à une bourse journalistique octroyée par le Réseau Marocain des Journalistes des Migrations en partenariat avec Oxfam Maroc dans le cadre du projet « Protection, Résilience, Migrations », avec le soutien financier de l’Union Européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité de l’auteur/trice et ne reflète pas nécessairement l’opinion des partenaires programmatiques et financiers.

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