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Après le 20 février, des mobilisations face à la répression  

À l’occasion du 13ème anniversaire du Mouvement du 20 février, l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) a tenu une rencontre visant à réfléchir à l’état des mouvements sociaux au Maroc. Tentative de bilan. 

Rue d’Akenssous au quartier Diour Jamaâ à Rabat, nous sommes le 17 février à l’entrée du siège au siège central de l’AMDH. En cette après-midi, il y avait un air de mouvement social et de nostalgie entre des figures du Mouvement du 20 février (M20F) lancé en 2011. La section Rabat de l’AMDH a tenté de rassembler des acteurs des mouvements sociaux au Maroc pour faire le point sur les treize années écoulées depuis le 20 février 2011, des défenseurs des droits de l’homme, des familles de  détenus d’opinion, politiques et des jeunes se sont rassemblés pour revenir sur cette période ou les Marocains ont exprimé avec vigueur leur volonté d’éradiquer la corruption et les abus de pouvoir, tout en appelant à un élargissement de l’espace des libertés individuelles.

Réforme constitutionnelle pour les droits de l’homme : Une urgence 

Najia Labrim, présidente de la section de l’AMDH à Rabat-Salé-Kenitra, a mis le point sur  les restrictions des mouvements de protestation et a souligné que malgré les garanties constitutionnelles, le droit à manifester et à faire grève est fréquemment confronté à la répression et à la violence protégés par la des autorités.

Labrima a mis en évidence le paradoxe selon lequel, les droits fondamentaux sont protégés par la Constitution marocaine; ces mêmes droits fondamentaux, sont dans la pratique, souvent étouffés par les autorités.

« Ce mouvement avait réussi à unir diverses factions de la société marocaine, dépassant les distinctions d’âge, de classes sociales et politiques».

Najia Labrim, présidente de la section de l’AMDH à Rabat-Salé-Kenitra

Labrim a également souligné que « ce mouvement avait réussi à unifier diverses factions de la société marocaine, dépassant les distinctions d’âge, de classes sociales et politique», mais elle a regretté la répression  du gouvernement qui a réussi affaiblir le mouvement.

De sa part Khadija Anani, membre du bureau central de l’AMDH, a renforcé cette observation en notant que « la répression du mouvement du 20 février n’a pas éteint les aspirations au changement dans le pays ». Elle a également mis en avant« une tendance croissante à la répression étatique à l’encontre des journalistes, des blogueurs et des défenseurs des droits de l’homme qui rapportent ces événements. ».

Anani a plaidé en faveur d’une «révision urgente des lois régissant les manifestations, les grèves et les protestations, ainsi que d’une réforme constitutionnelle visant à garantir la responsabilité des autorités en cas de violation des droits de l’homme ».

Participation féminine aux mouvements sociaux

La militante Sara Soujar a mis l’accent sur le rôle des femmes dans le mouvement du 20 février en expliquant : «Il est difficile d’évoquer le rôle des femmes dans ce mouvement car les femmes ont toujours joué un rôle dans les luttes sociales et les mouvements de manifestations dans l’histoire du Maroc. Malheureusement, et dans ce  débat  le langage reste masculin  et ne mentionne pas les femmes  ce qui ne leur rend pas hommage »…

En 2011, les militantes du 20 février ont clairement exprimé que l’égalité ne peut-être abordée sans démocratie.

Elle a ainsi souligné que les femmes ont été l’un des vecteurs les plus importants du mouvement du 20 février, non pas en termes de nombre, mais «seraient une partie très importante des décisions politiques prises à l’époque où elles étaient  souvent en première ligne lors de toutes les manifestations  elles ont même subies toutes les répressions commises par les autorités marocaines dans les rues à cette époque ci».

«En 2011, les militantes du 20 février ont clairement exprimé que l’égalité ne peut être abordée sans démocratie, ce qui était l’une de leurs revendications les plus pressantes», souligne-t-elle.

Elle évoque l’exemple des femmes de Figuig lors de leur manifestation contre la privatisation de l’eau, mettant en avant que « ces femmes ont illustré la force et l’engagement des femmes dans les luttes sociales», tout en faisant référence à la manifestation des femmes du Rif le 8 mars pour porter leurs revendications. Un type de protestation qui démontre que les femmes sont présentes car toutes ces causes les concernent, appuyant ainsi sur l’importance de leur participation.

La militante a dénoncé la situation des militantes, soulignant qu’elle ne se limite pas à la détention, mais englobe toutes sortes de violences et de diffamations à l’égard des épouses et des détenues, des journalistes et des militantes, ainsi que la violation de leur vie privée, qu’elles ne peuvent toujours pas exprimer ou révéler.

« C’est pourquoi nous constatons un recul de la présence de ces femmes sur la scène, mais personne ne cherche à comprendre les raisons de leur décision. Cette situation reste ignorée », a-t-elle souligné, en mettant en avant qu’« on touche à la dignité et à la vie privée d’une femme, ce n’est pas comparable à ce qui se passe pour un homme ».

 « Toujours une répression des voix critiques »

« Bien que l’on puisse constater aujourd’hui de grands progrès dans de nombreux pays sur la scène internationale en matière de droits de l’homme, il est essentiel de reconnaître qu’en réalité, ces avancées sont souvent accompagnées d’une grave régression dans le respect de ces droits. Ce qui se passe en Palestine est une frappante illustration de cette  triste réalité.», affirme Sara Soujar.

« Ces femmes ont illustré la force et l’engagement des femmes dans les luttes sociales »

Sara Soujar, militante

Elle a ensuite mis en lumière la montée de la diffamation, des arrestations et des emprisonnements au Maroc, une situation qui s’aggrave depuis 2011.

« Si autrefois, seules les autorités étaient responsables des violences envers les manifestants, aujourd’hui, nous avons des médias diffamatoires et des acteurs qui exercent des pressions sur ceux qui expriment des opinions critiques à l’égard des politiques de l’État», souligne-t-elle.

Elle souligne ainsi que les manifestations ne sont pas limitées à l’époque du mouvement du 20 février ; depuis lors, le Maroc a été le théâtre de nombreuses protestations, que ce soit sur les réseaux sociaux ou même dans les rues, et ce dans plusieurs régions, qu’il s’agisse de villages, de petites villes ou de grandes agglomérations, et par divers secteurs (enseignants, infirmiers, chômeurs, médecins, avocats…).

«Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard ;et ce qu’il en  résulte comme vagues de protestations n’est que la conséquence d’une mal gouvernance et d’une gestion injuste des décisions et des richesses du pays », affirme-t-elle.

Elle mentionne ainsi que la montée des manifestations est due à deux facteurs : le premier serait la répression et la violation des droits, ensuite une dynamique politique qui ne parvient pas à répondre aux défis et aux changements que nous vivons.

Finalement, Soujar a exprimé l’espoir duquel  « les manifestations et les sacrifices permettent d’ouvrir la voie à un changement  qui serait imminent» en soulignant que «l’importance de l’unité dans la lutte pour la démocratie appelle à un débat public sur les idées et les valeurs».

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