Idées, Luttes d'idées

Ait Idder:Marzouki et Jbabdi témoignent

L’hommage à Mohammed Bensaid Ait Idder évoquant ses sacrifices, sa condamnation à mort et ses positions nationales courageuses, a eu lieu à Rabat samedi 23 mars 2024. Témoignages 

Il est 21 heures,nous nous trouvons au Club des avocats de Rabat, dans le quartier de l’Océan. Des militants, des avocats, des défenseurs des droits se sont tous réunis pour rendre hommage à ce grand militant, Mohammed Bensaid Aït Idderdisparu le 6 février dernier.

À l’entrée de la salle, ses livres sont exposés, et au fond de la salle, se trouve un portrait du personnage dessiné en hommage à feu Ait Idder. Sur l’écran, défilent des photos de ses meilleurs moments en tant que politicien et militant.

Pour reconnaître son engagement acharné sur deux fronts et sous le slogan “pour un avenir où la démocratie s’épanouit, nourriepar l’histoire de nos résistances et la persévérance de nos luttes “, le Parti socialiste unifié (PSU) – section de Rabat a organisé une commémoration pour ce leader

Ait Idder : Un homme de dignité qui refuse de s’incliner

Le bâtonnier et avocat Abdelrahim Jamai a rendu hommage à Ait Idder en évoquant le prix qu’il a payé pour sa liberté.

Il a été arrêté à plusieurs reprises, a payé le prix de sa vie après avoir été condamné à mort, il a enfin expié son exilpendant des décennies, jusqu’à son retour au début des années 1980“, le considérant comme “un combattant contre le colonialisme qui a organisé des cellules de résistance dans le sud et le nord, où il a renforcé leurs rangs avec le reste de ses compagnons“.

Ensuite, Me Jamai évoque son parcours comme l’un des fondateurs de l’armée de libération et de la gauche marocaine, Il a abordé “l’expérience de ce grand militant dans la résistance politique, où avec d’autres forces nationales à ses côtés, ils feraface ,affrontant le nouveau colonialisme, la domination des privilégiés, l’opposition au pillage des deniers publics et à la corruption, il a toujours lutté pour la démocratie et la liberté“.

“Ait Idder était une figure qui ne s’agenouille pas”.

Abderahim Jamai, bâtonnier et avocat

Le bâtonnier a souligné que “Bensaid Ait Idder était une personne noble qui parlait avec sincérité et courage, comme en témoignent ses interventions au Parlement “, énumérant ses traits les plus marquants comme celui d’être “une figure qui ne s’agenouille pas”.

Et d’ajouter: “La dignité était tout pour lui, elle représentait différentes valeurs telles que l’éthique, la décence, la courtoisie, l’humilité et la douceur, ce qui ne l’a jamais poussé à courir après les chaises, les postes et les privilèges“.

Sa vision du monde était confronté à l’ogre que représentait ce monde et à la brutalité du capitalisme (…) et sa voix restait retentissante où qu’il aille, défendant une politique populaire non discriminatoire mais opposée aux principaux scandales et hontes qu’il a connus et vécus, comme les scandales de fraude électorale, la non-séparation des pouvoirs, le manque de mise du pays sur la voie des choix démocratiques, et la normalisation avec Israël“, conclut-il.

Pionnier dans la défense des droits des femmes

Pour sa part la militante, Latifa Jbabdi a considéré que “l’empreinte de Bensaid ne peut être effacée”, soulignant le choix de la commémorer lors du douloureux anniversaire du 23 mars, “et ce que cette empreinte a représenté en tant que tournant difficile dans notre parcours politique“, 

Cette date nous rappelle ce que ce leader a sacrifié à vie pour y faire face avec dignité et détermination. Une détermination qui n’a aucunement fléchi malgré des décennies de plomb. A son départ, nous avons perdu l’un des derniers grands leaders historiques”, affirme-t-elle.

“C’était un homme de toutes les luttes, il n’a jamais manqué aucune étape principale de l’une des luttes qu’il menait, ni à aucune de ses confrontations politiques depuis plus de 7 décennies”.

Latifa Jbabdi

Jbabdia poursuit son témoignage sur Ait Idder ou comme elle l’appelle “le camarade de tous”, en expliquant : “c’était un homme de toutes les batailles, il n’a jamais manqué à aucune des étapes principales de la lutte, ni à aucune de ses confrontations politiques depuis plus de 7 décennies, depuis la lutte contre l’occupation aux côtés du mouvement nationaliste et de la résistance, en passant par son refus de l’indépendance tronquée et son insistance à poursuivre la lutte armée“, 

“Ait Idder a plaidé avec ferveur pour l’égalité des sexes et a soutenu notre combat pour un mouvement féministe populaire”.

Latifa Jbabdi

Et de compléter :” Sa singularité était remarquable dans la scène politique, il était notre unique voix. Il a ardemment défendu toutes les causes justes et soutenu les mouvements pour la liberté, la dignité, la justice et les droits de l’homme. Doté d’une conviction profonde et d’une foi inébranlable, il a plaidé avec ferveur pour l’égalité des sexes, et a soutenu notre combat pour un mouvement féministe populaire, même lorsque la perspective partisane sur ce sujet était étroite. Il a été un vrai défenseur de nos revendications, notamment de la campagne du million de signatures pour modifier le Code du statut personnel”, conclut-t-elle.

Marzouki:“Ait Idder, est notre sauveur de l’enfer de Tazmamart”

Le témoignage de l’ancien détenu de Tazmamart Ahmed Marzouki était plein de gratitude et de reconnaissance lors de cette soirée, il a expliqué que c’est grâce à la “question connu de Bensaid au parlement “, que ces gens ont été sauvés.

Au moment ou un climat de doute, d’attentes et de peurs règnelorsque nous étions à Tazmamart, le combattant Ait Idder est intervenu seul, il a posé la question explosive qui a secoué le Parlement sur notre sort”, affirme-t-il avec un ton ému.

Et d’adjoindre: “Ce témoignage n’est simplement qu’un détaildu courage, de la noblesse et de la détermination extraordinaires de cet homme. En tant qu’anciens prisonniers de Tazmamart, nous ne pourrons jamais nier cela. Nous lui serons éternellement reconnaissants”.

“Ait Idder est mort avec un goût amer, car son rêve de voir le Maroc pour tous les Marocains, le Maroc doté de démocratie, de justice, de dignité et d’égalité, n’a pas été réalisé”

Ahmed Marzouki

Marzouki a également mentionné sa vie nationale, riche en actes nobles, du fait que la première moitié de sa vie eut été marquée par la lutte acharnée pour l’indépendance et la dignité, tandis que la seconde moitié, elle fut dédiée à la lutte contre la tyrannie, l’oppression et la corruption”, 

Et d’ajouter : “Ait Idder est mort avec un goût amer, car son rêve de voir le Maroc pour tous les Marocains, un Maroc doté de démocratie, de justice, de dignité et d’égalité, n’a donc pas été réalisé.

Marzouki a clôturé son discours en se posant une question poignante : Est-ce que les femmes marocaines donneront naissance à des héros qui porteront le nom de Mohammed Bensaid Ait Idder, afin que nous puissions réaliser un Maroc empreint de fierté et de dignité ? Ou bien ce rêve restera-t-il soumis à la volonté divine ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix 

Un slowjournalisme pour mieux comprendre 


Allez à l’essentiel, abonnez-vous à la Newsletter des Sans Voix