Reportages, UNE

RdR Nador : Contre les addictions et les stigmates

L’Association nationale de réduction des risques des drogues (RdR-MAROC) mène un combat essentiel pour la lutte contre les additions aux drogues dans la ville de Nador. Reportage.

Par Imane Bellamine et Salaheddine Lemaizi, à Nador

Il est 14 heures, et nous nous trouvons au siège de l’association RDR à Nador. À l’entrée, nous sommes accueillis par l’équipe, composée d’un coordinateur, et d’intervenants sociaux. « Depuis plusieurs années, notre association milite aux côtés des personnes usant des drogues dures. 

« Il est désormais temps d’intensifier nos efforts, afin de réduire l’impact des drogues»,

Anouar Tanouti, coordinateur de Rdr Nador.

Nos actions sont reconnues dans toute la région de l’Orient », déclare Anouar Tanouti, coordinateur du RDR à Nador.Avant d’ajouter : «Il est désormais temps d’intensifier nos efforts afin de réduire l’impact des drogues sur les usagers».

Il affirme ainsi que les efforts de l’association ont pu donner des fruits, du fait que «pour la première foisdans la région MENA, une diminution de la prévalence de l’hépatite C et du VIH Sida est constatée», rappelle cet acteur associatif.

Prévention pour réduire les risques

L’association RDR Maroc a été créée en 2008 par des acteurs du système de la santé au Maroc et d’activistespour le droit à la santé. Elle déploie ses actions à travers huit sections sut tout le pays, telles que Nador, Oujda, Al Hoceima, Tétouan, Rabat, Marrakech, etc. Son objectif premier est « de défendre les droits des usagers de drogues, UDI, au Maroc, en travaillant pour que ces mêmes usagers puissent exercer pleinement leur citoyenneté et puissent s’intégrer de nouveau au sein de la société avec de nouveaux projets de vie », indique l’association. 

La section de Nador offre une gamme de services variées aux usagers. De l’assistance psychosociale à l’accompagnement professionnel, en passant par la sensibilisation et le plaidoyer, l’association s’engage à soutenir cette catégorie de la population, en veillant à ce qu’ils ne soient pas jugés encore moins stigmatisés.

« Nous cherchons à être la voix de ces personnes, à plaider en faveur d’un traitement dénué de préjugés»,

Amine Bidar, intervenant social au sein de RdR Nador.

«Au sein de l’association, nous nous concentrons sur quatre axes : la sensibilisation, l’assistance psychosociale, l’insertion professionnelle et le plaidoyer. Nous cherchons à être la voix de ces personnes, à plaider en faveur d’un traitement dénué de tout préjugés», déclare Mohamed Amine Bidar, intervenant social au sein de l’association. Pour sa part, Anouar Tanouti souligne l’importance de se doter « d’une stratégie de prévention concertée entre tous les comités et secteurs afin de répondre aux besoins des personnes qui consomment ces drogues », poursuit son collègue, Tanouti. 

Sur les lieux, les locaux de cette ONG accusent le poids des ans. Ce siège de la Fondation Mohamed V semble ne même pas disposer de moyens pour son entretien. 

« L’association fait de son mieux, mais avec les ressources limitées dont elle dispose, elle ne peut pas répondre à tous les besoins de ces personnes»,

Anouar Tanouti, coordinateur de Rdr Nador.

Il insiste sur le fait que « malgré une légère diminution de l’indice de consommation, les besoins restent élevés et nécessitent un engagement soutenu de tous les acteurs de la ville ». La région de Nador étant l’une des plus touchées par ce fléau, il souligne que cette baisse de l’indice ne signifie en aucun cas que le travail soit achevé, mais qu’il faudrait plutôt redoubler d’efforts afin d’éradiquer ce phénomène.

Nador, plaque tournante des trafics 

En raison de sa proximité avec la ville occupée de Melilla, Nador reçoit une diversité de type de drogues, notamment les plus dures (héroïne, cocaïne, crack, etc.). Ces drogues étant disponibles à la vente font de la région (Nador, Zaiou, etc.) un point critique dans les usages des drogues injectables au Maroc. 

Les profils des usagers bénéficiaires de l’associationsont multiples. Mohammed Amine Abidar brosse le portrait de cette population en forte précarité sanitaire et sociale : «Nous accueillons des individus jeunes comme des personnes plus âgées, ayant vécu des situations difficiles et se tournant vers la drogue pour tenter de trouver une échappatoire à leur soucis. Nous avons également des jeunes, parfois des mineurs, cettecatégorie nécessite une attention particulière, souventen décrochage scolaire, ayant basculée dans la drogue et se trouvant dans l’incapacité de s’en  sortir», décrit-il. 

Et d’ajouter:«C’est pourquoi l’association RdR organise des séances de sensibilisation dans les écoles et collèges pour informer les jeunes populations sur les dangers des drogues, soulignant ainsi l’urgence de la prévention pour lutter contre ce fléau, et aidant les usagers à surmonter leur addiction grâce à un suivi psychosocial et médical au sein de l’association ». 

Concernant les femmes, la même source explique que leur accès à cette catégorie reste extrêmement difficile et limité. En général, les femmes qui consomment des drogues, le font en cachette, évitant les lieux publics en raison du jugement de la société. Par conséquent, les retrouver et les aider représente une mission ardue, surtout dans la région conservatrice de Nador.

«Nador est une ville où l’utilisation de drogues injectables est préoccupante, elle est classée en tête au niveau national pour ce type de drogue, ce qui entraîne un taux élevé de contamination par le VIH et les hépatites dans cette région», souligne-t-il.

Les raisons de cette consommation de drogue sont diverses, comme l’expliquent les responsables de l’association. En premier lieu, la qualité des drogues ne permettant pas d’atteindre le niveau de sensation recherché, ce qui pousse certains à l’injection pour parvenir à un état de nirvana souhaité. Ensuite, la proximité géographique de la région avec l’Espagne est également évoquée.

«La plupart des personnes que nous accueillons ont passé une partie de leur vie à l’étranger, où elles ont commencé à consommer des drogues. Une fois de retour au Maroc, elles se retrouvent piégées et ont du mal à être sevrés », conclut-t-il. 

Cette situation est confirmée par un diagnostic réalisé par le ministère de la Santé datant de 2022 : « Le Maroc a connu au cours des dernières décennies unaugmentation du nombre des usagers de drogues. Le phénomène est en constante évolution, se manifestant par le faible âge de première consommation, la consommation de plusieursubstances chez la même personne (cannabis, héroïne, cocaïne, solvants…) et la consommation de drogues par injection, en particulier dans les régions du nord du Maroc », note ce document du ministère de la Santé.

Pour cette raison, un plan stratégique en cours (2018-2022) a été mené avec différents acteurs nationaux et internationaux. Une prise de conscience publique qui poussent les auteurs de document de faire l’analyse suivantes : « Ces changements ont plusieurs conséquences sanitaires (infection par le VIH, hépatites virales, tuberculose…), sociales (délinquance, violence, criminalité, terrorisme) et économiques. Une stratégie globale intégrant les composantes de prévention, de diagnostic précoce, de prise en charge, de réduction des risques et de réinsertion sociale est alors d’une importancecapitale ».

« Ne punissez pas, soutenez »

Dans la région de Nador, et dans ce domaine, les progrès restent en décalage avec l’urgence sanitaire de la situation. Une a situation qui exige un effort soutenu de la part des pouvoirs publics. 

«La région de Tanger se distingue comme modèle en matière de prévention de l’usage de drogues, avec un fort engagement de la municipalité et des acteurs associatifs», affirme le coordinateur régional 

Il déplore cependant « le manque de sensibilisation des autres acteurs à Nador, ainsi que leur réticence à coopérer pour résoudre ce problème ». 

«Nous faisons de notre mieux avec nos propres moyens, mais le chemin à parcourir est encore long», ajoute-t-il.

Les murs de l’association sont ornés du slogan “Ne punissez pas, soutenez“, une devise qui résonne dans le cadre d’une campagne internationale visant à sensibiliser le public sur la politique de réduction des risques liés à l’addiction. 

Elle souligne également le droit de ces personnes à laréintégration sociale escomptée et à la pleine jouissance de leurs droits.

« Nous aspirons à offrir à ces individus une seconde chance, à leur garantir tous leurs droits en tant que citoyens».

«C’est notre leitmotiv au sein du RDR. Nous aspirons à offrir à tous ces individus addictes de drogues, une seconde chance, à leur garantir tous leurs droits en tant que citoyens, en évitant les préjugés venant de la société. Ils méritent également d’être soutenus pour envisager un avenir meilleur», explique Anouar Tanouti.

« Le défi actuel est de protéger ces usagers des drogues, de les aider à sortir de leur addiction et de leur assurer le droit à la santé »,

Anouar Tanouti, coordinateur de Rdr Nador.

Et d’ajouter :«Le défi actuel est de protéger ces usagers de drogues, de les aider à arrêter et de leur assurer leur droit à la santé. Nombre d’entre eux se trouvent dans une précarité sociale, n’ayant ni carte d’identité ni titre de résidence, alors qu’ils devraient bénéficier, comme le prévoit la constitution, de leur droit à la santé, au même titre que tout autre citoyen marocain»

Tanouti conclut en soulignant, que la politique de réduction des risques en matière de drogues a permis des avancées, mais qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Le chemin à parcourir pour obtenir les résultats escomptés demeure long.

Encadré : 

Stratégie publique : Un nouveau plan national en préparation

Le plan stratégique est venu à son terme (2018-2022), le ministère de la santé prépare un nouveau plan stratégique de prévention sur les usagers de drogues pour la période 2023-2030. Ce plan devra tenir comptede l’analyse et l’évaluation du plan stratégique en cours (2018-2022) et de tous les aspects du contexte national actuel. « Le nouveau plan intégrera les nouvelles recommandations des Nations Unies dans le domaine, notamment celles de l’OMS, de l’ONUSIDA et de l’UNODC ainsi qules leçons apprises au niveau national pendant la période de mise en œuvre. Il vise la mise en œuvre d’interventions spécifiques aptes à mieux cibler les diverses populations à risque et àassurer une détection précoce des troubles additifs et une prise en charge globale et continue basée sur les principes d’efficacité et d’efficience », annonce le département de la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix 

Un slowjournalisme pour mieux comprendre 


Allez à l’essentiel, abonnez-vous à la Newsletter des Sans Voix