Berrada : « Omar Benjelloun, le syndicat et le régime » 

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En partenariat avec la maison d’édition En Toutes Lettres, ENASS.ma publie en exclusivité les bonnes feuilles du livre posthume de Maitre Abderrahim Berrada intitulé : « Abderrahim Berrada – Paroles libres pour l’Histoire ». Dans ce passage, le célèbre avocat revient sur le regard qu’il porte sur le socialiste et syndicaliste, Omar Benjelloun.

[…]

« La vision révolutionnaire d’Omar Benjelloun faisait du syndicat une courroie de transmission du parti sur le terrain des luttes sociales ». 

« Il faut insister sur le fait qu’Omar paraissait extrêmement dangereux pour le régime parce qu’il avait entrepris de mettre sur pied un syndicat de gauche, celui qui deviendra, après sa mort, la Confédération démocratique du travail (CDT). Omar a toujours eu une âme de syndicaliste. Il avait été, avant de s’inscrire au barreau, secrétaire général du syndicat Union marocaine du Travail (UMT) des PTT. Son premier métier avait été la poste. Il s’était inscrit, à Paris, à l’École nationale supérieure des PTT et non, comme l’avancent certains, l’École des télécommunications, parallèlement avec ses études de droit. Omar a donc décroché le diplôme de cette école ».

« Omar paraissait extrêmement dangereux pour le régime parce qu’il avait entrepris de mettre sur pied un syndicat de gauche, celui qui deviendra, après sa mort, la Confédération démocratique du travail (CDT) ». 

« Lorsqu’il est rentré au Maroc, en 1960 ou 1961, il a été immédiatement nommé au plus haut poste des PTT de Casablanca. Il y est resté quelque temps avant d’en être révoqué comme subversif. Mis en cause dans le complot de 1963, il a été condamné à mort en 1964, gracié en 1965, puis inscrit au barreau. Je précise qu’en sa qualité de secrétaire général du syndicat UMT des PTT, Omar Benjelloun a été le principal adversaire de Mahjoub Ben Seddik, secrétaire général national. Omar reprochait vivement à Mahjoub d’avoir pratiquement rompu avec le parti en 1962, alors qu’il avait été l’un de ses fondateurs. Il lui reprochait surtout de refuser de mener les luttes syndicales qui s’imposaient à ses yeux. Il lui reprochait son souci de maintenir à tout prix la paix avec le pouvoir ».  

« Mahjoub objectait : “Le syndicat doit être indépendant du parti”, alors que la vision révolutionnaire d’Omar Benjelloun faisait du syndicat une courroie de transmission du parti sur le terrain des luttes sociales. On est d’accord ou pas avec cette ligne, mais, pour moi, l’expérience a prouvé que si un syndicat n’a pas sa liberté de manœuvre, il peut finir – ce n’est pas une fatalité, plutôt une forte probabilité – par devenir un syndicat à la soviétique. À savoir un simple appendice du parti. Ce n’est pas ce qui se passe dans les pays de grande tradition démocratique où les syndicats mènent leurs luttes en toute indépendance des partis politiques amis. »

NB : Les titres et accroches sont de la rédaction de ENASS.ma

Abderrahim Berrada – Paroles libres pour l’Histoire

Propos recueillis par Didier Folléas

Préfaces de Me Henri Leclerc et Me Abderrahim Jamaï

Prix public Maroc : 150 DH

Dans les librairies à partir de 10 décembre 

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