À Bab Sebta, « je cherche mon fils disparu »
À Bab Diouna, poste-frontière entre Fnideq et Sebta occupée, des familles attendent depuis des jours des nouvelles de leurs enfants portés disparus lors des tentatives de franchissement des 27, 30 et 31 juillet 2026. Parmi elles, Mohamed Rehali, venu de Kelaât Sraghna, cherche son fils Abdelfattah, disparu dans l’eau sous les yeux de son ami.
En cette fin de journée du lundi 3 août, la pression retombe à la frontière de Bab Diouna. Les forces de sécurité ont repris le contrôle de la zone : canons à eau, véhicules de police et des forces auxiliaires bloquent les entrées, tandis que des policiers postés avec leurs boucliers se tiennent prêts à contrer toute nouvelle tentative de franchissement.
Sur le flanc droit de la frontière se trouve le poste de commandement des forces de l’ordre, où se croisent police, forces auxiliaires, gendarmerie royale et armée. De cet espace sortent, au compte-gouttes, des jeunes refoulés de Sebta ou ayant fait « le choix » de revenir.
Des familles à l’attente, des enfants disparus
À l’entrée de cet espace sécurisé, des hommes et des femmes attendent des nouvelles de leurs enfants, disparus lors des événements des 27, 30 et 31 juillet 2026. Une mère cherche sa fille. Un mari, en pleine crise de nerfs, supplie son épouse de rentrer. Les forces de l’ordre demandent aux familles de s’éloigner des grillages et de la frontière.
Parmi les familles rencontrées, Mohamed Rehali est venu de Kelaât Sraghna à la recherche de son fils Abdelfattah. Il raconte son calvaire : « Je cherche mon fils disparu depuis le 30 juillet à la frontière de Sebta. Il travaillait en tant qu’agent de sécurité privée au sein du siège de l’arrondissement à Tanger. »
« Son ami est arrivé sain et sauf, mon fils a disparu »
Selon le récit fait à la famille, Abdelfattah est arrivé à 13h à la frontière, accompagné d’un ami : « Mon fils est arrivé à 13h ici à la frontière. Son ami nous raconte que les deux ont sauté dans l’eau : son ami est arrivé sain et sauf, et mon fils a disparu et n’est plus sorti. Nous voulons juste avoir quelques informations sur notre fils et son sort. »
La situation de la famille est décrite comme catastrophique. La mère, les sœurs et l’ensemble de la famille sont submergés par la douleur face à cette situation.
Cinq jours d’errance administrative
Pour le père, ce départ reste incompréhensible : son fils n’avait jamais montré d’intérêt pour la migration clandestine, et occupait un emploi stable depuis des années : « Mon fils n’a jamais été intéressé par le h’rig, il a travaillé durant sept ans dans le même boulot près de la frontière. »
Interrogé sur les raisons de ce départ brusque et surprenant, l’ami d’Abdelfattah a expliqué que le jeudi, en voyant la vague de jeunes marcher vers la frontière, ils s’étaient eux aussi laissé emporter par le mouvement.
Depuis la disparition de son fils, Mohamed Rehali multiplie les démarches, sans résultat : « Je cherche mon fils depuis cinq jours. J’ai fait le tour de toutes les administrations marocaines, hôpitaux, commissariats. Je n’arrive plus à tenir debout. ». Une autre zone d’attente des familles se trouve à l’entrée de la ville de Fnideq, où de nombreux autocars restent stationnés.
Lourd bilan humain, encore à établir
Les bilans humains de la crise de Sebta restent flous et contradictoires selon les sources. Une commission espagnole de médecins légistes et d’experts de la Garde civile a fait état de 77 corps repêchés en mer et autopsiés, après un premier bilan officiel de 72 morts. De son côté, le ministère marocain de l’Intérieur a publié un bilan nettement inférieur, faisant état de 11 morts côté marocain — un chiffre présenté comme devant s’ajouter à celui des autorités espagnoles.
Du côté associatif, les estimations divergent aussi fortement des chiffres officiels : l’Association marocaine des droits humains (AMDH) évoque près de 141 victimes, avec des dizaines de disparus, tandis que l’Observatoire du nord des droits humains (ONDH), basé dans la région de Fnideq, estime que le bilan pourrait avoisiner les 100 morts, sans compter les dizaines de personnes toujours portées disparues. Face à ces écarts, l’AMDH a annoncé début août l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances et les causes de la crise, dénonçant le silence des responsables et institutions du pays. Le nombre exact de disparus, comme Abdelfattah, reste à ce jour non comptabilisé de façon officielle.
Reportage réalisé le 3 août 2026.