De Casablanca à Sebta : le récit d’un étudiant devenu harag

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Étudiant en gestion à Casablanca, Fayçal* a tenté cinq fois de rejoindre l’Europe. Il raconte sa traversée à la nage jusqu’à Ceuta, sa fuite à pied de 66 km, et l’attente sans fin d’une opération médicale que le Maroc ne lui a jamais accordée.

Au quartier Los Rosales à Sebta occupée, des centaines de jeunes marocains errent à la recherche d’eau, de nourriture et de protection. Non loin de la mosquée Sidi Mbark, nous croisons le chemin d’un profil particulier. Il ne représente pas le profil du NEET marocain, notre témoin est étudiant. Son départ s’explique par « des raisons sanitaires ». 

Cinq tentatives, un rêve intact

Fayçal a accepté de témoigner à visage semi-découvert, sans détailler davantage son identité. Originaire d’un quartier populaire et périphérique de Casablanca, il est étudiant en deuxième année de gestion à la Faculté des sciences économiques de l’Université Hassan II, sur la route d’El Jadida. Un parcours universitaire dans lequel il ne se projette plus : « J’estime que je perdais mon temps à cette Fac. Même après trois ans, les gens te disent que ça ne servira à rien. J’ai vu cette opportunité comme un rêve. Partir en Europe, c’est un rêve. »

Sa situation familliale, il l’a décrit comme précaire : « Je suis issu d’une famille de cinq sœurs et frères. Mes parents ne travaillent pas, ils vivent seulement de l’aide de Dieu et des gens. Mon père a perdu son travail depuis deux ans et, depuis, il ne trouve plus de boulot. »

Ce n’est pas sa première tentative. Avant de réussir à atteindre Ceuta, il avait déjà été arrêté à cinq reprises : « J’ai déjà fait cinq fois expériences similaires et à chaque fois ils m’arrêtent. »

C’est sur les réseaux sociaux qu’il a pris connaissance de cette nouvelle tentative collective de passage : « J’ai su cette opération à travers les réseaux sociaux. Puis je suis parti et j’ai acheté des palmes et une combinaison, et je me suis lancé avec l’aide de Dieu. »

Dix heures à la nage vers Sebta

Le départ a lieu un jeudi soir, depuis Casablanca. S’ensuit un périple semé d’obstacles jusqu’à la côte nord : « J’ai fait le départ le jeudi soir de Casablanca. C’était un voyage périlleux. J’ai pris le TGV de Casablanca à Tanger. La police m’a arrêté avec d’autres haragas. Ils nous ont embarqués dans un autocar, et j’ai pris la fuite. J’ai marché de Boukhalef jusqu’à la plage de Errafin. »

Cette marche représente un trajet d’environ 66 kilomètres à pied. La plage d’Errafin se situe non loin de la plage de Restinga, à l’entrée de Fnideq.

C’est depuis la plage de Errifiyin que Fayçal se jette finalement à l’eau, au terme d’une nuit de marche : « « J’ai nagé de la plage de Errifiyin. Je suis arrivé le vendredi en matinée. J’ai nagé environ 10 heures pour arriver à Ceuta. »

Un corps malade, une attente sans fin

Derrière le récit de la traversée, une autre urgence occupe Fayçal : un problème de santé resté sans réponse au Maroc depuis plusieurs années. « J’ai un nodule microbien dans mon cou depuis trois ans. C’est un microbe qui est en train de dégénérer dans mon corps. Je me rends à l’hôpital, ils me disent : reviens, nous allons t’appeler. » Les signes de la maladie sont visibles sur le cou du jeune homme, où l’on remarque un gonflement inquiétant. 

Un rendez-vous toujours reporté, une prise en charge qui n’aboutit jamais : « Trois ans que j’attends un rendez-vous, une opération. Tu peux mourir et ils ne vont rien te faire. J’ai suivi toute la procédure, je me rends le jour du rendez-vous, puis ils me disent que l’appareil ne marche pas, reviens un autre jour. J’ai perdu espoir. ». 

Depuis son arrivée à Ceuta, Fayçal vit dans la précarité, entre rue et forêt, exposé au froid des nuits : « « Aujourd’hui je dors dans la rue, dans la forêt. Je souffre du froid la nuit. Ils doivent nous trouver une solution. »

Il n’a toujours pas informé ses parents de sa situation. Sa famille, restée à Casablanca, vit dans une grande précarité économique : « Je n’ai pas parlé à mes parents, j’ai perdu mon téléphone lors de la traversée, mais j’ai bon espoir de les rassurer que j’aie trouvé ma voie. Je fais tout ça pour sauver ma famille ».  

* Pour préserver l’anonymat de cette personne, son prénom a été modifié. 

Ce témoignage a été recueilli le 4 aout 2026 à Sebta.

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