Libérez les 700 prisonniers de la GenZ212 !
Un an après la GenZ212, l’accélération du temps et l’événementiel d’État ont chassé du débat public ce que le pays refuse de regarder : des centaines de jeunes toujours incarcérés, des familles sans réponses, un deuil sans vérité. Au nouveau gouvernement, ENASS adresse une exigence simple : libérez les prisonniers !
« Fin septembre 2025, la jeunesse marocaine se levait. Un an plus tard, des centaines de jeunes sont encore en prison. »
L’accélération du temps a un effet néfaste : elle nous fait oublier l’essentiel. Fin septembre 2025, la jeunesse marocaine se levait. Un an plus tard, entre 650 et 750 jeunes seraient encore derrière les barreaux, selon l’AMDH et le comité de soutien aux détenus. Cet éditorial est un rappel : l’oubli est aussi une forme de répression.
Née sur Discord, la GenZ212 réclamait l’essentiel : des hôpitaux et des écoles dignes. L’espoir a duré un mois. Après les drames de Lqliaa et l’embrasement de plusieurs villes, la mobilisation a naturellement reflué. Le gouvernement a certes annoncé, le 19 octobre 2025, des hausses budgétaires pour la santé et l’éducation, mais les jeunes ont répondu qu’ils ne lâcheraient pas tant que leurs camarades resteraient détenus. Ces revendications – santé, éducation, dignité – n’avaient rien de subversif ; c’est pourtant la question pénale qui les a reléguées au second plan.
« Plus de 5 700 interpellations : la plus vaste vague de répression de manifestants depuis trois décennies. »
Le 28 octobre 2025, le parquet annonçait 2 480 personnes poursuivies, dont plus de 1 400 en détention, et 3 300 interpellés relâchés après vérifications : plus de 5 700 arrestations. Les ONG comptent plus de 600 condamnés, dont quelque 300 mineurs. À Marrakech, la cour d’appel a jugé 48 personnes : six condamnées à six ans ferme, sept à quatre ans. À Tiznit, sept jeunes ont été condamnés. À Tamesna, des mineurs attendent depuis près d’un an un jugement définitif. Rapide dans l’arrestation, foudroyante dans la sentence, féroce dans la durée : une année éclair pour la justice, une éternité pour les familles.
Les cas de Mehdi Black Wind et de Zineb Kharoubi, disent que cette logique ne s’arrête pas aux frontières nationales. La criminalisation s’internationalise. Pendant que la CAN 2025 puis la Coupe du monde 2026 saturaient l’espace public, le sort de ces jeunes disparaissait du débat. À Casablanca, Rabat, Meknès, mais aussi à Paris et Marseille, des rassemblements ont tenu tête à l’oubli : de véritables actes de résistance citoyenne face au silence et à la peur.
« Pas de paix sociale sans vérité, pas de vérité sans justice, pas de justice sans libération. »
Le devoir de vérité commence à Leqliaa, où des militants dénoncent des tirs à munitions réelles et réclament vérité et justice pour les martyrs. Aucun deuil sans réponse ne fait une paix sociale ; Le nouveau gouvernement issu des législatives du 23 septembre hérite de ce dossier : il ne peut inaugurer son mandat sur des centaines de cellules occupées par la jeunesse du pays, ni sur le silence des familles qui attendent un procès, une libération, une explication. Libérez les prisonniers ! Libérez la jeunesse !