GenZ212, un an après : FreeKoulchi fait de l’art un acte de résistance
À Rabat, au siège de la FNE, #FreeKoulchi réunit des jeunes autour de témoignages émouvants et puissants, de rap et d’« Expo dial Allah », une exposition où trois jeunes artistes photographes présentent leurs images des manifestations de GenZ212.
Entre deux prises de parole, une pause thé et sfenj. Reportage sur une rencontre où, un an après, la mémoire de la mobilisation côtoie l’exigence de libération des détenus.
Des drapeaux palestiniens côtoient les portraits de détenus d’opinion au Maroc : Saïda El Alami, Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik et d’autres détenus du Hirak du Rif.
Ce dimanche, au siège de la FNE, la jeunesse de Rabat est au rendez-vous dès 15 heures. La salle est déjà prête. Des drapeaux palestiniens côtoient les portraits de détenus d’opinion au Maroc : Saïda El Alami, Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik et d’autres détenus du Hirak du Rif. Sur les murs, les appels à la libération se répondent : « Free Koulchi », « Free 3ozair ». D’autres slogans dénoncent la répression : « Les prisons sont pleines d’enfants ».
Sur les murs, les appels à la libération se répondent : « Free Koulchi », « Free 3ozair ». D’autres slogans dénoncent la répression
« Un an après, plus de 700 personnes sont encore détenues »
Dehors, des photographes apportent les dernières touches à « Expo dial Allah ». À l’intérieur, des jeunes, des keffiehs sur les épaules, se retrouvent au son du rap, en attendant le début de la rencontre.
Les paroles du rap réconfortent autant qu’elles portent la révolte.
Cette jeunesse fait de l’art un espace pour s’exprimer. Les paroles du rap réconfortent autant qu’elles portent la révolte. Elles mettent des mots sur la colère et la rage face à la répression, sur ce qui reste à dire lorsque la rue devient inaccessible. La mobilisation se poursuit alors dans des lieux privés.
Plus de 700 personnes seraient encore détenues
Au moins 5 700 personnes ont été interpellées, selon’Association marocaine des droits humains (AMDH) et plus de 700 personnes seraient encore détenues. Des condamnations allant de quelques mois à quinze ans de prison ont été prononcées, tandis que d’autres détenus attendent toujours leur jugement.
« On a manifesté pour des droits simples… On n’a jamais compris pourquoi tant de violence. »
Pour des mineurs emprisonnés, cette attente signifie aussi une scolarité interrompue. Un an après être sortis réclamer une éducation digne, ils ne peuvent plus poursuivre leurs études. Le droit à l’école, au cœur de leurs revendications, leur échappe désormais derrière les murs de la prison.
Un même combat, « un cri de dignité »
Dans la salle, les premiers témoignages se font entendre. Un keffieh pour motif d’arrestation. C’est ce que raconte l’un des jeunes interpellés au début des manifestations, en septembre 2025. Il revient sur les violences, puis sur la prison. Il tient aussi à remercier les avocats qui, dès leur arrestation, ont été à leurs côtés et ont défendu leur cause. Son récit se termine par une demande : la liberté immédiate pour ceux qui sont encore détenus.
Anas, lui aussi ancien détenu, revient sur les violences subies lors des arrestations. Il évoque des procès-verbaux contenant des propos qu’il affirme ne pas avoir tenus. Une incompréhension demeure : « On a manifesté pour des droits simples… On n’a jamais compris pourquoi tant de violence. »
Dans le public, des jeunes, des amis, mais aussi des familles et des enfants écoutent. Au fil des récits, des mains se lèvent pour former le signe de la victoire. Les applaudissements accompagnent les prises de parole. Les regards disent aussi l’émotion devant ces expériences de la détention.
Les témoignages des jeunes croisent ceux d’anciens détenus politiques des années de plomb. Des générations différentes racontent les violences et la prison, mais aussi les solidarités qui permettent de tenir. L’historien Maâti Monjib choisit de partager quelques anecdotes pour faire rire la salle. Une respiration dans une succession de récits éprouvants.
La solidarité passe aussi par un message à distance de Mehdi Black Wind. L’artiste remercie celles et ceux qui l’ont soutenu lors de son arrestation et leur donne rendez-vous bientôt.
Puis Achraf, un jeune artiste, prend la parole pour lire une lettre de Nasser Zefzafi. Le leader du Hirak du Rif y adresse son soutien aux jeunes de GenZ212 et rappelle ce qui relie leurs revendications à celles des mobilisations précédentes :
« Ce que vivent aujourd’hui les détenus de la “Gen Z” rappelle le cri du glorieux Hirak du Rif et ses revendications historiques et légitimes. […] Les revendications de la “Gen Z”, celles du Hirak du Rif et toutes les luttes ouvrières et populaires à travers le pays sont les expressions multiples d’une même aspiration. Elles sont un cri de dignité..», Lettre de Nasser Zefzafi adressée à Freekolchi.
« Ce que vivent aujourd’hui les détenus de la “Gen Z” rappelle le cri du glorieux Hirak du Rif et ses revendications historiques et légitimes. […] Les revendications de la “Gen Z”, celles du Hirak du Rif et toutes les luttes ouvrières et populaires à travers le pays sont les expressions multiples d’une même aspiration. Elles sont un cri de dignité..»
Achraf porte ces mots d’une voix forte. Dans la salle, l’attention est entière. À la fin de la lecture, les applaudissements éclatent.
La rencontre marque ensuite une pause. Autour du thé et des sfenj, les discussions se prolongent. Le public découvre « Expo dial Allah », signée Nizar Laajali, Taha Limane et Samir Gabli. Leurs photographies donnent à voir les manifestations de GenZ212 et prolongent, en images, les récits entendus dans la salle.
Puis le rap prend le relais. Les jeunes chantent la révolte, la colère face à la répression, mais aussi l’espoir. Sur scène, les revendications trouvent une autre manière de se faire entendre.