Violences contre les migrants à Sebta : Attac interpelle Rabat et Madrid
Coups, humiliations, expulsions et absence de protection : plus de deux mois après les événements de Sebta, Attac Maroc interpelle les autorités marocaines et espagnoles sur les violations visant les migrants. Les détails.
Dans un communiqué publié lundi 5 octobre, l’association réclame des enquêtes indépendantes et dénonce une coopération frontalière qui augmente le coût humain des migrations.
À Sebta, les conséquences des événements de la fin juillet restent visibles. Des personnes migrantes vivent toujours dans la rue, tandis que les témoignages de violences et de traitements dégradants se multiplient. Parmi les personnes concernées figurent des femmes, des mineurs et des personnes en quête d’asile.
Dans un communiqué, Attac Maroc exprime sa vive inquiétude face aux témoignages et aux rapports faisant état de coups, d’humiliations et d’atteintes à la dignité humaine, attribués à des éléments de l’armée espagnole. Certains des actes dénoncés « constituent des actes de torture ou des traitements cruels, inhumains et dégradants », souligne l’association.
Pour Attac, ces violences posent directement la question des responsabilités politiques et des mécanismes de contrôle des frontières. L’association estime que les choix sécuritaires ne mettent pas fin aux migrations, mais rendent les parcours plus dangereux, alourdissent leur coût humain et favorisent l’impunité.
Une répression des deux côtés de la frontière
Pour Attac Maroc, « les violations ne s’arrêtent pas au côté espagnol. L’association dénonce également, au Maroc, des campagnes de traque, des arrestations arbitraires et des déplacements forcés effectués en dehors des garanties légales ».
Elle relie ces pratiques aux mécanismes de financement et de coopération sécuritaire qui structurent les accords migratoires. Selon son analyse, les pays d’Afrique du Nord sont amenés à exercer des missions de surveillance des frontières pour le compte de l’Union européenne. Cette coopération contribuerait à entretenir un silence officiel sur les violences commises à Sebta, tandis que les pratiques répressives se poursuivent au Maroc.
« Les violations ne s’arrêtent pas au côté espagnol. Du côté marocain, elles prennent la forme de campagnes de traque, d’arrestations arbitraires, de déplacements forcés et d’éloignements en dehors des garanties légales », Attac Maroc.
Attac met ainsi en cause une politique centrée sur l’interception et le renvoi. Pour l’association, les réponses sécuritaires ne mettent pas fin aux migrations : elles rendent les parcours plus dangereux, augmentent leur coût humain et favorisent l’impunité.
Une immigration choisie au gré des besoins européens
L’association inscrit également les événements de Sebta dans le contexte économique et social marocain et dans celui des inégalités internationales. Elle estime que la question des frontières ne peut être dissociée des mécanismes d’exploitation qui fragilisent les populations et nourrissent les départs.
« Ce qui se passe à Sebta s’inscrit dans un durcissement dangereux des politiques européennes de migration et d’asile : davantage de renvois, de transferts vers des pays tiers et un rôle accru de Frontex », Attac Maroc.
Attac pointe « les contradictions des pays du Nord, qui accueillent la main-d’œuvre migrante lorsqu’elle répond à leurs besoins, souvent dans des conditions précaires et à bas salaires, tout en fermant leurs frontières aux personnes les plus vulnérables ». Elle critique aussi la sélection des compétences, dont la formation a été financée par les sociétés d’origine.
Dans ce même contexte les migrations ne peuvent être abordées uniquement comme une question de surveillance. Elles renvoient aussi à l’accès au travail, aux droits et à des conditions de vie dignes.
Le durcissement européen en cause
« Ce qui se passe à Sebta s’inscrit dans une évolution plus large et dangereuse de la politique de l’Union européenne en matière de migration et d’asile, fondée sur le durcissement des politiques d’éloignement et de retour, l’élargissement des possibilités de transfert des migrants vers des pays tiers et le renforcement du rôle de Frontex. En parallèle, les pays du sud de la Méditerranée se voient confier davantage de missions de surveillance, d’interception et de renvoi pour le compte de l’Union européenne », souligne Attac dans son communiqué.
Attac exige des «enquêtes indépendantes et effectives permettant d’établir les responsabilités et de poursuivre les auteurs des violations, du côté marocain comme espagnol ».
L’association poursuit : « Cette orientation s’est à nouveau manifestée dans la résolution du Parlement européen du 17 septembre 2026 sur Sebta, qui appelle à renforcer la protection des frontières extérieures terrestres et maritimes de l’Union européenne, à augmenter les financements qui y sont consacrés, à renforcer les capacités de Frontex et à accélérer les retours. Elle demande également au Maroc de renforcer sa coopération en matière de gestion des frontières, de retour et de réadmission. Cette orientation s’articule avec le nouveau système de retour adopté par le Parlement européen en juin 2026, qui ouvre la voie à la création de “centres de retour” dans des pays tiers, ainsi qu’avec l’élargissement de la notion de “pays tiers sûr”. »
Elle considère que les projets de centres de retour dans des pays tiers et l’élargissement de la notion de pays tiers sûr font peser des risques sur le droit d’asile et le principe de non-refoulement.
Pour l’association, ces dispositifs prolongent une politique qui déplace le contrôle migratoire hors des frontières européennes, sans garantir une protection effective aux personnes concernées.
« Enquêter et rendre publics les accords »
Attac Maroc exprime sa solidarité avec les migrants et les demandeurs d’asile. Elle réclame « l’arrêt des traitements cruels, des détentions arbitraires et des expulsions collectives sur les deux côtés de la frontière ».
L’association demande « des enquêtes indépendantes et effectives, permettant d’identifier les responsabilités et de poursuivre les auteurs des violations, qu’ils relèvent du côté marocain ou espagnol ».
Amnesty International a documenté des violences pouvant constituer des actes de torture et signalé qu’entre 500 et 700 mineurs non accompagnés et environ 800 femmes, certaines avec leurs enfants, vivaient encore dans la rue à Sebta sans protection.
Elle appelle également à davantage de transparence sur les accords, les arrangements et les financements liant le Maroc à l’Union européenne et à Frontex. Ces mécanismes doivent, selon elle, être soumis au contrôle et à la reddition des comptes.
Attac conteste ainsi « une coopération qui ferait du Maroc le gardien des frontières européennes au prix des droits et de la dignité des personnes migrantes ».
Dans une enquête publiée le 30 septembre 2026, Amnesty International a documenté des violences contre les migrants à Sebta, dont certaines peuvent constituer des actes de torture. L’organisation rapporte des blessures compatibles avec des coups de matraque, notamment à la tête de deux jeunes Marocains. L’un affirme avoir été contraint de s’agenouiller avant d’être frappé. Un autre a déclaré ne pas avoir pu marcher pendant 25 jours après avoir été poussé d’un endroit élevé par un militaire. Deux jeunes, marocain et algérien, ont également raconté avoir été frappés alors qu’ils étaient immobilisés avec des liens en plastique, dont l’équipe d’Amnesty a constaté les marques sur leurs poignets.
Les témoignages décrivent aussi des rasages forcés, des personnes contraintes de s’agenouiller et d’embrasser une croix, des privations de nourriture et des humiliations à caractère sexuel visant des femmes. Ces violences sont attribuées notamment à des membres des unités des Regulares et de la Légion de l’armée espagnole.
L’enquête alerte également sur l’absence de protection : sur 2 383 mineurs non accompagnés identifiés, entre 500 et 700 vivaient encore dans la rue, ainsi qu’environ 800 femmes, certaines avec leurs enfants. Au manque d’hébergement s’ajoutent des difficultés d’accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins et aux procédures d’asile.
