Casablanca : se loger, premier examen des étudiants

Casablanca est une grande ville estudiantine, avec plus de 100 000 étudiant-e-s inscrits, pourtant rien n’est fait pour faciliter l’installation et le logement de ces étudiants. Reportage avec des étudiants en quête de logements abordables et décents.
| Par El. Hiri Douae, Aymen Ouchahed et Azzedine ID Saayoud *
A la Faculté des sciences économiques et juridiques, sis Route El Jadida, la rentrée se fait en douceur. Les étudiants vivant hors Casablanca introuvables, ils sont souvent les derniers à rejoindre les cours. La raison ? : « Faute logement ou de place à la Cité universitaire, ils préfèrent attendre pour trouver un logement et éviter de payer le mois de septembre », explique un étudiant rencontré aux abords de ce complexe universitaire. La question du logement s’invite vite dans les conversations. La Cité universitaires publique est toujours fermée le jour de notre visite, le 15 septembre, le personnel faisait grève.
« Faute logement ou de place à la Cité universitaire, ils préfèrent attendre pour trouver un logement et éviter de payer le mois de septembre »,
Plus loin, du côté de la route d’El Jadida, le décor change. La Cité universitaire privée de Bayt Al Maârifa est déjà ouverte, il suffit de payer les 1 200 dirhams par chambre partagée. Après plusieurs tentatives, nous avons pu trouver deux étudiants souffrant des difficultés à trouver un logement à Casablanca. La ville reçoit des étudiants de villes éloignées mais aussi des villes limitrophes, notamment Settat, Ben Slimane, El Jadida.
Il est utile de rappeler qu’au Maroc, les cités universitaires publiques relèvent de l’Office national des œuvres universitaires, sociales et culturelles (ONOUSC). Pour y prétendre, il faut être inscrit dans un établissement d’enseignement supérieur et résider hors de la ville où il se trouve. Les demandes se font en ligne, sur une plateforme mise en place en 2023. Un précieux sésame en raison du nombre de places limités et la forte demande. Les étudiants se rabattent sur l’offre privé en co-location.
« Quand le logement devient une autre épreuve après le bac »
« Quand un étudiant vient d’un milieu rural ou d’une petite ville après le bac, il découvre un nouvel environnement universitaire et passe d’un petit milieu à une grande ville », raconte Omar Khalis, étudiant à Casablanca.
Cet étudiant en formation dans le secteur de l’enseignement a aussi connu cette interminable quête. Pour décrocher une chambre à un prix abordable, il a dû s’éloigner de sa faculté « C’était vraiment fatigant », confie-t-il. Dans certains quartiers, les loyers sont plus accessibles, mais Omar dit y avoir rencontré d’autres difficultés : risques de vol, arnaques, intermédiaires qui ne décrivent pas toujours les logements tels qu’ils sont. Une chambre présentée sous un jour flatteur se révèle parfois tout autre une fois sur place.
« Les cités universitaires n’ont pas ouvert leurs portes aux étudiants »
« Nous constatons que les cités universitaires n’ont pas ouvert leurs portes aux étudiants », confirme Rabie Jamaleddine, coordinateur local à Casablanca de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), courant de la gauche radicale.
Selon lui, « l’offre actuelle ne répond pas aux besoins, notamment de ceux qui arrivent de villes éloignées et n’ont pas les moyens de louer une chambre à Casablanca ». Il évoque aussi les étudiants contraints à de longs trajets quotidiens pour rejoindre leur établissement, dont le coût du transport s’ajoute au reste des dépenses. Rabie estime qu’une nouvelle cité universitaire devrait voir le jour à Casablanca, près du complexe universitaire de Ben M’Sik, afin de rapprocher les étudiants de leurs lieux d’études.
« À 2 000 ou 3 000 dirhams, il faut chercher plus loin »
Une chambre peut coûter 2 000 ou 3 000 dirhams, voire davantage. Pour ceux qui ne peuvent pas suivre, il ne reste qu’une issue : s’éloigner.
« Je suis étudiant universitaire. Je viens de Salé et je poursuis mes études à Casablanca », raconte Mohammed Islam Msaada. Comme d’autres, il se heurte à la recherche d’un logement dans une ville où les loyers grimpent vite. Dans certains quartiers, une chambre peut coûter 2 000 ou 3 000 dirhams, voire davantage. Pour ceux qui ne peuvent pas suivre, il ne reste qu’une issue : s’éloigner.
Mais la distance a un prix. Plus le logement est loin de la faculté, plus les dépenses de transport s’accumulent au quotidien.
Mais la distance a un prix. Plus le logement est loin de la faculté, plus les dépenses de transport s’accumulent au quotidien. Mohammed pointe aussi le nombre limité de places en cité universitaire et des critères d’accès qui, selon lui, ne sont pas toujours assez clairs pour les étudiants.
Sur les murs, les numéros remplacent les clés
Sur la Faculté de Route El Jadida, il suffit de regarder les murs pour comprendre que la recherche est déjà lancée.
Sur la Faculté de Route El Jadida, il suffit de regarder les murs pour comprendre que la recherche est déjà lancée. Des feuilles collées côte à côte affichent des numéros de téléphone à l’intention de ceux qui cherchent une chambre. Dans la rue, les étudiants passent, s’arrêtent, notent un numéro. Certains viennent des zones rurales ou des villes voisines de Casablanca ; pour eux, trouver un logement fait partie des toutes premières démarches. Un peu plus loin, d’autres déposent leur dossier pour tenter d’obtenir une place en cité universitaire. Les uns attendent une réponse, les autres continuent de chercher.
La rentrée approche et, pour certains étudiants, la question demeure : où vont-ils pouvoir poser leurs affaires ?
Pour ceux qui passent par les annonces, le premier contact se fait souvent par téléphone. C’est là que peuvent commencer les mauvaises surprises évoquées par Omar Khalis : certains intermédiaires décrivent une chambre avec précision, mais, une fois sur place, le logement ne correspond pas à l’annonce. La recherche se poursuit alors d’une adresse à l’autre : une chambre visitée, une autre à appeler, un nouveau numéro à essayer. Pour un étudiant venu de loin, ces déplacements s’ajoutent déjà aux dépenses du quotidien.
Pendant que les uns prospectent dans les quartiers voisins des facultés, d’autres misent sur la cité universitaire, où viennent déposer leur dossier ceux qui ont été acceptés. Pour ceux qui n’y ont pas accès, il faut chercher ailleurs. À quelques rues de là, les annonces restent accrochées aux murs, les numéros de téléphone aussi. La rentrée approche et, pour certains étudiants, la question demeure : où vont-ils pouvoir poser leurs affaires ?
Repères : l’offre publique de logement étudiant
L’offre en logement étudiants publique est très en déçu à de la demande. Le ministère de l’Enseignement supérieur fait état de 24 cités universitaires totalisant environ 54 000 lits en 2024. Cette capacité globale a atteint 56 418 lits en 2025.
Le pays compte 93 000 lits pour 1,25 million d’étudiants ! cette offre inclue 31 internats et 17 résidences étudiantes privées en plus des 24 cités. Selon le périmètre retenu, cela représente entre 4 et 7 lits pour 100 étudiants.
Signe de la forte progression du secteur privé dans ce domaine, 40 000 nouvelle places ont été créé par des acteurs privés au Maroc. Le pays compte 93 000 lits pour 1,25 million d’étudiants ! cette offre inclue 31 internats et 17 résidences étudiantes privées en plus des 24 cités. Selon le périmètre retenu, cela représente entre 4 et 7 lits pour 100 étudiants.
Des extensions sont annoncées par l’ONOUSC. L’office évoque une nouvelle cité à Mohammedia dont la livraison est prévue avant la fin de 2026. Le ministre a mentionné des chantiers pour 4 550 lits (Nador, Taza, Kénitra, Mohammedia) et des études pour 3 048 lits supplémentaires.
Ce sujet a été réalisé dans le cadre de la formation « Journalisme citoyen » organisée par Enass, le Bondy Blog et l’Institut français au Maroc (IFM) du 14 au 18 septembre 2026 à Casablanca. Les avis exprimés ne représentent pas ceux de l’IFM.
Mention IA : Ce texte est original, il a été révisé et amélioré par l’IA Claude.














