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Santé des migrant-e-s : L’humanitaire ne suffit plus !

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Les travailleurs migrants et leurs familles au Maroc continuent de rencontrer de grandes difficultés pour accéder à la santé. Malgré la solidarité communautaire et les actions humanitaires, la situation de l’exclusion que vit cette population inquiète. Les détails.

La formule d’ABS et son président GueckBeyeth est : la solidarité entre les communautés subsahariennes et des caravanes médicales humanitaires. 

L’Association Bank de Solidarité (ABS) fait de l’accès aux soins pour les personnes migrantes à Casablanca le cœur de l’action de cette ONG. La formule d’ABS et son président Gueck Beyeth est : la solidarité entre les communautés subsahariennes et les caravanes médicales humanitaires dans les quartiers de résidence de cette population aux statuts socio-professionnels très divers.  Pour mobiliser le secteur associatif et les médecins, ABS organise depuis trois ans la Rencontre des Médecins de la Diaspora au Maroc. La troisième édition s’est tenue vendredi 30 mai à la Chambre de Commerce, d’Industrie et de Services de Casablanca.

Pour mobiliser le secteur associatif et les médecins, ABS organise depuis trois ans la Rencontre des Médecins de la Diaspora au Maroc.

Engagement des médecins de la Diaspora

Les médecins de la Diaspora subsaharienne qui représentent 160 professionnels de santé issus de 16 nationalités, dont une majorité de spécialistes en formation au niveau des CHU du royaume, sont les chevilles ouvrières de ces actions humanitaires. «Sans ces médecins bénévoles, nos actions ne pourraient avoir lieu », précise Beyeth dans une déclaration de ENASS.ma. Et d’ajouter : « Lors de cette rencontre, l’Association des médecins étrangers au CHU d’Ibn Rochd, ont réitéré leur engagement à être présent lors de nos caravanes ».

A l’instar du Dr Richti, résident au CHU Ibnou Rochd de Casablanca au service de gynéco-obstétrique. « Je suis de nationalité congolaise et durant ma formation j’ai participé à différentes caravanes humanitaires à Casablanca et en campagne marocaine, ceci me permit de découvrir le pays et d’être en contact étroit avec la population marocaine », témoigne-t-il. Malgré les efforts de ces caravanes, de grandes difficultés sont rencontrées par les personnes migrantes quant à l’accès à la santé. 

Appel à un dialogue avec les autorités

J

Le débat avec les participants venus de plusieurs horizons a montré l’ampleur des besoins en matière de prise en charge médicale des personnes étrangères. Parmi les panélistes, Abdoulaye Diop, président de la Fédération des Associations Subsahariennes au Maroc (FASAM). 

Diop a plaidé pour l’intégration des médecins étrangers au Maroc en raison du besoin criant de médecins dans le pays.  « Il est possible de les insérer dans le tissu médical marocain et leur permettre d’avoir leur cabinet, ici au Maroc, sans passer par la convention d’établissement ». Ce chantier sensible, en raison de l’opposition des médecins marocains, est aujourd’hui dans la ligne de mire du gouvernement qui ouvre graduellement le secteur de la médecine aux professionnels étrangers afin de combler une nécessité impérieuse en médecins. Le Maroc a besoin de 30 000 médecins pour être dans les standards de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

« Il faudrait créer une commission entre les associations des communautés, et les autorités marocaines pour ce type de combat ». 

Diop 

Son intervention a également plaidé pour l’inclusion des personnes migrantes dans le régime d’assurance maladie : « Si nous ne sommes pas dans un emploi qualifié, un emploi reconnu, une société structurée et autorisée, nous ne pourrons pas bénéficier de cette généralisation. Dans le cadre actuel, je pense qu’il faudrait créer une commission de discussion entre les associations des communautés avec les autorités marocaines, avec l’appui des représentations diplomatiques et consulaires, parce qu’il faudrait que nos autorités se joignent à nous pour ce type de combat », insiste-t-il. 

Il est utile de rappeler que le gouvernement marocain avait décidé d’inclure les personnes étrangères dans le régime RAMED en 2016 mais ce projet n’a jamais abouti malgré l’accord et le financement sécurisé. Cette inclusion n’a pas été au rendez-vous lors du passage vers la généralisation de l’AMO. Les personnes étrangères travaillant comme indépendantes, artisanes ou dans l’informel, demeurent exclues de ce régime. Seuls les travailleurs étrangers déclarés à la CNSS sont reconnus. Les données de la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale montrent que le nombre des travailleurs migrants s’élevaient à 26 283 en 2017. Le ministère de l’Inclusion Economique, de la Petite  Entreprise, de l’Emploi et des Compétences avait déclaré dans son rapport sur le marché de travail de 2022 avoir visé 6011 contrats pour les travailleurs étrangers en passant par la lourde procédure ANAPEC. Ces chiffres ne représentent pas l’entièreté de la réalité du marché de travail et des travailleurs migrants marqué par des milliers de travailleurs sans papiers, donc non déclarés et sans couverture médicale ou de retraite. Ce qui fait que le poste de la dépense santé pèse sur les bourses de cette population. « D’autant plus qu’au Maroc, la santé n’est pas gratuite. Même avec une couverture médicale, le patient doit payer les analyses médicales et les médicaments », observe Beyeth. 

Enass mediall

Diop s’alarme aussi de la situation des personnes indigentes des différentes communautés : On ne peut plus attendre. Ce qui s’est passé le week-end dernier avec des morts qui étaient là dans les morgues depuis 2016 et apparemment il en reste encore.

« C’était l’un des moments forts de cette rencontre, l’engagement de l’association et des partenaires pour une opération spéciale sur la pédiatrie car les besoins en sont importants ». 

Beyeth 

Pour trouver une solution à ces situations de détresse, la FASAM vient de signer une convention avec un assureur privé pour une prise en charge des rapatriements des corps de migrants, avec une souscription annuelle de 250 DH par famille. « La question de l’assurance maladie demeure entière, il faudrait qu’elle soit abordée par nos associations à travers un collectif commun. Déjà un travail a été abattu par la FASAM pour un premier contrat sur le volet rapatriement des corps des personnes étrangères », résume Beyeth. Signe des besoins importants en matière de prise en charge médicale, ABS et son partenaire Rivières de Canaan ont décidé d’unir leurs forces pour une caravane médicale d’urgence, spécialement pour les enfants. « Ce fut l’un des moments forts de cette rencontre, l’engagement de l’association et des partenaires pour une opération spéciale sur la pédiatrie car les besoins aussi forts soient-ils, sont si importants parmi cette population vulnérable et les familles qui la composent », conclut GueckBeyeth, président d’ABS. 

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