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À Casablanca, l’AMI tient la porte que l’école ferme

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Près de trois ménages marocains sur dix comptent une personne en situation de handicap, selon la troisième Enquête nationale sur le handicap. Pourtant, l’école n’ouvre pas toujours ses portes. À Casablanca, l’Amicale marocaine des enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale (AMI) a fait de cette porte close son combat quotidien.

Prise en charge des enfants en infirmité motrice cérébrale : le courage de l’AMI

| Reportage vidéo réalisée par Sarah Mounia Kachiri, Youssef Ait Sidi Said et Mohamed Raoudi*

Tout commence par un refus. En 2004, Rachid Mekouar cherche une école pour son fils. Aucune n’accepte de le prendre. De cette impasse naîtra l’AMI, dont il est aujourd’hui le co-fondateur, et une ligne de conduite qui tient en deux phrases : « Notre approche est différente. Nous acceptons l’ensemble des enfants pour bénéficier des services de rééducation. »

Salma, la coordinatrice, en précise le cadre. L’association est spécialisée dans l’infirmité motrice cérébrale (IMC), « mais cela ne veut pas dire que nous ne prenons pas d’autres handicaps ». Elle accueille des enfants de 2 à 18 ans. Dans certains cas, des jeunes qui ont dépassé cet âge restent suivis par l’équipe.

Un travail d’équipe, et d’écoute

Au centre de Casablanca, personne ne travaille seul. Marouane, kinésithérapeute, le résume : « Notre travail est pluridisciplinaire. Nous travaillons aussi avec l’orthophoniste et en psychomotricité. C’est une manière de répondre à l’ensemble des besoins des enfants. »

 « Nous sommes obligés d’écouter la situation des parents : le handicap n’est pas juste ici, au centre, c’est le quotidien de l’enfant et celui de sa famille ». 

Il insiste sur ce que le geste technique ne dit pas : « Ce travail paraît simple, mais il demande beaucoup d’écoute. Nous sommes obligés d’écouter la situation des parents : le handicap n’est pas juste ici, au centre, c’est le quotidien de l’enfant et celui de sa famille. Ce travail, nous le faisons avec cœur ; il n’est pas fait pour tout le monde. Il faut passer du temps avec les enfants, comprendre leur situation. Nous sommes des papas. Voir leurs sourires nous rend joyeux et fiers du travail accompli. Les enfants sont des anges. ».

« Nous sommes des papas. Voir leurs sourires nous rend joyeux et fiers du travail accompli. Les enfants sont des anges ». 

Des parents seuls et sous pression 


Du côté des familles, l’équipe décrit des parents qui arrivent dans un état psychologique fragile, qui se plaignent ou pleurent, et dont elle juge les larmes légitimes. Beaucoup peinent à trouver un transport pour rejoindre le centre, ou n’importe quelle autre structure de soins.

« Quand je vois la situation de mon fils, j’oublie ma condition. Je crains pour sa survie : qui va le prendre en charge, qui va subvenir à ses besoins ? »

Chez les parents, la reconnaissance se mêle à la peur de l’avenir. Un père, lui-même en situation de handicap depuis 1971, confie : « Quand je vois la situation de mon fils, j’oublie ma condition. Je crains pour sa survie : qui va le prendre en charge, qui va subvenir à ses besoins ? Je ne peux que remercier l’association : grâce à elle, mon enfant s’améliore à 50 %, tout comme grâce aux médecins. »

El Mahjoub, père d’un enfant atteint d’IMC, dit la même dépendance, sans détour : « Nous ne nous en sortons que grâce au soutien des bienfaiteurs et à des associations comme l’AMI. »

Rachid Mekouar en tire une revendication : « Le Maroc doit compter, dans chaque quartier, un centre de prise en charge des personnes en situation de handicap. Il est anormal que nous continuions d’assister à ces scènes où des mères sont obligées de porter leurs enfants sur le dos, sur de longues distances, pour les amener à un centre comme le nôtre. »

Le terrain décrit par l’AMI s’inscrit dans un tableau national que les pouvoirs publics viennent d’actualiser. Présentés le 3 septembre 2026 à Rabat par le secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale, Abdeljabbar Rachidi, les résultats préliminaires de la troisième Enquête nationale sur le handicap fixent la prévalence à 8,7 % de la population, contre 6,8 % en 2014. Environ 29 % des ménages comptent au moins une personne en situation de handicap, contre près d’un sur quatre à l’enquête précédente : c’est dire que le handicap déborde largement la personne concernée et pèse sur toute sa famille, en soins, en accompagnement et en coûts. Le secrétaire d’État attribue en partie la hausse au vieillissement de la population.

L’école, angle mort

C’est là que le témoignage d’Imane, orthophoniste à l’AMI, rejoint les statistiques. « Les écoles standards au Maroc continuent de refuser d’accueillir les enfants handicapés, en raison de la lourdeur de la prise en charge, explique-t-elle. Cette prise en charge nécessite une AVS, une éducatrice spécialisée. » Le constat est sans nuance : « Beaucoup d’enfants continuent d’être exclus de l’école. Les enfants atteints d’IMC ne peuvent pas aller à l’école. »

La demande d’accompagnateurs pour la scolarisation, qui figure parmi les attentes recensées par l’enquête, est précisément celle que formule Imane. Faute de ce relais dans les classes, c’est le centre qui accueille, rééduque et, à sa mesure, remplace.

Entre des chiffres officiels qui dénombrent toujours plus de familles concernées et une école qui hésite encore à s’ouvrir, l’AMI occupe l’espace du milieu. Un espace modeste, tenu par des kinés, des orthophonistes, des parents-fondateurs et des bienfaiteurs, où des enfants de 2 à 18 ans, et parfois davantage, progressent et sourient. Ceux que Marouane appelle « des anges » en dépendent, en attendant que le centre de quartier réclamé par Rachid Mekouar cesse d’être une revendication.

Principaux chiffres de la troisième Enquête nationale sur le handicap.

. Handicap sévère : 2,3 % de la population.
. Écarts régionaux : 14,2 % à Béni Mellal-Khénifra, 2,4 % à Dakhla-Oued Ed-Dahab.
. Seuls 29,7 % des personnes en situation de handicap disposent d’un diagnostic médical.
. 65,6 % déclarent que les dépenses de médicaments restent à la charge de leur famille.
. Le taux d’emploi ne dépasse pas 12,7 %.
. Parmi les attentes exprimées : bourses scolaires, accompagnateurs pour la scolarisation, application du quota légal d’emploi.
. Enquête menée auprès de 20 412 ménages, avec le HCP, l’ONDH et l’UNFPA. Ne pas confondre avec les 4,8 % issus du recensement 2024, qui reposent sur une autre méthode.


*Ce sujet a été réalisé dans le cadre de la formation « Journalisme citoyen » organisée par Enass, le Bondy Blog et l’Institut français au Maroc du 14 au 18 septembre 2026 à Casablanca. 

Mention IA : Ce texte est original, il a été révisé et amélioré par l’IA Claude. 

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