À Mezguita, une mine menace l’eau de la population locale

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Les habitants de la commune de Mezguita sont débout contre les projets de nouveaux puits. Dans une année de sécheresse, cette demande de l’industrie minière attise la colère et la soif. Récit. 

Oasis de Mezguita

C’est l’histoire de l’oasis de Mezguita qui lutte pour préserver sa ressource en eau face à la prédation de l’industrie minière et la complicité des autorités locales. La population de ce village, faisant partie de la province de Zagora (670 km au sud de Rabat) dans le sud-est, refuse le projet d’un nouveau puits qui sera utilisé par une société d’exploitation minière présente dans la région, il s’agit de SOMIFER.

En lutte contre la soif et l’industrie minière

Située en amont de la Vallée du Drâa, la région dispose de ressources naturelles qui ont fait une palmeraie qui attise les convoitises. Pourtant dans cette commune, la pauvreté est sévère. 14,4% sont au-dessous du seuil de la pauvreté (4,8% au niveau national). Un taux de vulnérabilité qui dépasse les 27%. L’accès à l’eau est une question vitale.

« La population refuse catégoriquement ce projet depuis le 15 septembre. La région souffre de la soif et de la sécheresse et plusieurs sit-in ont été organisés pour exprimer cette position », indique un communiqué de la section d’Agdez de l’association ATTAC. Face au refus de la population locale, l’entreprise soutenue par les autorités locales et hydrauliques a décidé de faire un passage de force. « Le 28 juin dernier, les forces de l’ordre font une descente dans le village avec 30 véhicules [des forces auxiliaires et de la Gendarmerie royale] pour imposer leur réalité sur le terrain », dénonce cette association. Une situation qui risque de mettre le feu aux poudres dans une région qui fait face à la sécheresse

Catastrophe environnementale

« ce mode incontrôlé d’exploitation des eaux contribue à la dégradation de l’écosystème oasien »

Aziz Bentaleb.

Le 15 septembre dernier, SOMIFER obtient l’autorisation pour exploiter un nouveau puits pour sa mine d’or de la Blida à Takart. L’entreprise s’appuie sur un accord passé avec des représentants de la population locale. Ces derniers sont décriés par les protestataires. « Un protocole d’accord a été signé entre l’autorité, l’entreprise, l’agence du Bassin du Draâ-Oued Noun, la commune de Mezguita et quatre représentants des habitants. Ce protocole dit faussement que le débit de l’eau sera préservé », protestent les militants locaux. Cet accord est dénoncé par les habitants. 

Pour ATTAC section d’Agdez, cette situation est « une agression » à l’encontre du droit à l’eau pour cette population, « surtout face au peu de ressources qu’elle lui reste encore à utiliser en cette année de sécheresse ». L’association altermondialiste dénonce l’attitude des autorités locales « qui mène cette zone vers une catastrophe sociale et environnementale ». 

Dans un article scientifique paru en 2011 déjà, le chercheur Aziz Bentaleb prévient contre l’assèchement de l’oasis en raison de l’exploitation intensive des eaux souterraines. Il observe que « la palmeraie de Mezguita est caractérisée par l’intensification agricole, et ce grâce à la disponibilité des eaux d’irrigation ». Et d’ajouter : « Actuellement, avec la raréfaction des eaux de surface, en raison des sécheresses prolongées et de l’édification du barrage Mansour Eddahbi, les agriculteurs ont recours au pompage des nappes souterraines pour répondre aux besoins en eau des cultures, notamment, le palmier dattier et la céréaliculture. Néanmoins, ce mode incontrôlé d’exploitation des eaux contribue à la dégradation de l’écosystème oasien ; ce qui nécessite l’élaboration de pistes de réflexion pour la sauvegarde des potentialités hydriques et du patrimoine phoénicicole ».

Pillage de l’eau 

Plus globalement, l’association regrette l’acharnement des projets gourmands en matière de ressources hydrauliques, dans une région où l’eau se fait rare. ATTAC Agdez regrette six manifestations de ce pillage de l’eau 

  • La multiplication des projets de culture de la pastèque 
  • La délivrance d’autorisations sans cesse pour de nouveaux puits
  • Le pillage de l’eau du barrage Mansour Eddahbi pour alimenter uniquement la station Noor Ouarzazate
  • Le recul sur le projet d’alimentation de la région par le barrage Tiouin à Ouarzazate, comme il a été prévu au moment de son inauguration en 2010
  • Les effets catastrophiques du barrage d’Agdez sur la nappe phréatique
  • Enfin les effets de l’exploitation intensive de l’eau dans la région par l’industrie du tourisme de luxe ».
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