Sebta : Tardón met le Maroc au cœur de l’enquête judiciaire. 

La justice espagnole ouvre une enquête « pour atteinte à l’intégrité territoriale » de l’État après l’entrée massive des 30 et 31 juillet à Sebta. La juge María Tardón met en cause un rôle actif des forces de sécurité marocaines dans le franchissement de la frontière. De son côté, le gouvernement déclassifie 40 documents sur les événements. 

La juge d’instruction María Tardón, de l’Audiencia Nacional, a accepté d’ouvrir une enquête sur l’entrée massive et irrégulière de migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet 2026. Dans son ordonnance publiée le 7 septembre, elle qualifie les faits de délit « contre la paix ou l’indépendance de l’État, prévu par l’article 590 du Code pénal espagnol ». 

La magistrate reprend les propos du chef du gouvernement espagnol, qui avait qualifié ces événements d’« attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » lors de sa visite à Ceuta le 31 juillet. Pour la juge, ce flux migratoire massif constitue l’une des méthodes typiques de la « guerre hybride » ou de « zone grise », visant à déstabiliser une ville autonome espagnole.

Le Maroc visé par une accusation de « guidage actif »

Le cœur de l’ordonnance porte une mise en cause directe des autorités marocaines. S’appuyant sur des images diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux, le rapport policier espagnol décrit le comportement des forces de sécurité marocaines sur la plage de Fnideq et dans les zones adjacentes de Castillejos.

« Une atteinte grave à l’intégrité territoriale de l’Espagne et à la paix ou à l’indépendance de l’État »

Selon ce rapport, aucune tentative sérieuse n’a été enregistrée pour disperser la foule massée aux abords de la frontière durant ces deux journées. Le texte va plus loin : des agents en uniforme auraient orienté les personnes vers les points de passage, les auraient aidées à franchir les obstacles, et auraient organisé l’accès à la plage de Fnideq ainsi qu’à ses eaux. Il évoque même la présence « d’agents dynamiseurs » infiltrés au sein du flux entrant.

83 morts, un possible crime organisé transfrontalier

L’ordonnance retient également un délit contre les droits des étrangers en connexité avec des homicides par imprudence, concernant 83 décès recensés à ce jour dans les eaux espagnoles. Selon la juge, des personnes vulnérables – personnes âgées, familles avec enfants, bébés dans les bras de leurs parents – ont été incitées à se jeter à l’eau, dotées de moyens de flottabilité dérisoires, parfois de simples jouets.

« Le rapport qualifie ce comportement de guidage actif »

L’enquête vise aussi une possible organisation criminelle structurée, allant des « promoteurs numériques » ayant relayé l’appel sur les réseaux sociaux jusqu’aux organisateurs sur le terrain, en passant par une éventuelle planification stratégique. La compétence de l’Audiencia Nacional est justifiée par le caractère transfrontalier de cette structure présumée.

Madrid déclassifie 40 documents sur la crise de Ceuta

Par ailleurs, le gouvernement espagnol annonce déclassifier « 40 documents sur la crise de Ceuta et se dit prêt à en publier davantage. Nous n’avons rien à cacher », déclare la porte-parole du gouvernement espagnol, Elma Saiz. 

Les documents couvrent la période allant du 1er juillet au 1er août. Selon la ministre, ils seront accessibles à partir de mercredi sur le site du gouvernement espagnol, Moncloa. Le gouvernement a procédé tout de même à un important travail d’anonymisation avant de rendre publics les documents « jugés pertinents ». 

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