Dialogue autour de la migration, genre et éthique au Maroc

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Des chercheurs et journalistes travaillent sur les dimensions éthiques des migrations depuis leurs terrains et matériaux différents. Regards croisés d’une journée scientifique angevine.

Quels liens entre des travailleuses marocaines saisonnières en 2024 et une avocate juive franco-marocaine organisant l’arrivée de milliers d’exilés juifs européens, fuyant le nazisme dans les années 30 vers le Maroc ? Le premier lien est celui de l’éthique. La première forme de migration est présentée comme « éthique » par ses promoteurs Espagnols et Marocains. La deuxième forme est décrite comme un  déplacement forcé est animée par une éthique de l’hospitalité. Le deuxième lien est celui du genre. Les deux formes de mobilité impliquent une mobilité dans laquelle  participe des femmes. C’est autour de ces mobilités qu’une journée d’étude a été organisé le 25 juin dernier à l’Université d’Angers en France. Intitulée « Migration, genre et éthique au Maroc : Regards croisés et perspectives transnationales », cette journée a rassemblé des chercheurs et journalistes du Maroc et de France, travaillant autour de ces trois objets de recherche.

Regards croisés

« Le projet porte sur les migrations au Maroc dans une perspective transnationale et diachronique ».

Chadia Arab

Chadia Arab, géographe et responsable scientifique du projet MIG’GET a rappelé les enjeux de cette journée : « Le projet porte sur les migrations au Maroc dans une perspective transnationale et diachronique : arrivée de réfugié.e.sjuif.ve.s au Maroc (1933-1945) et départ des Marocaines en Espagne depuis les années 2000. Ce regard croisé permet d’interroger les dimensions politiques et éthiques de ces deux types de migration peu connues, encore aujourd’hui au Maroc et à l’international », explique en ouverture de cette rencontre scientifique.Ce projet est porté avec ses collègues Katell Brestic (Université d’Angers) et Mustapha Azaitraoui (Université Sultan Moulay Slimane).

« Il s’agit d’interroger la façon dont le genre et léthique entrent en résonnance de migrations entre le Maroc etl’Europe ».

Chadia Arab

Les analyses au centre du projet MIG’GET porte d’une part sur les efforts d’une avocate juive franco-marocaine (Hèlène Cazes Benatar) pour organiser l’arrivée de milliers d’exilés juifs européens fuyant le nazisme dans les années 30 et 40, d’autre part des milliers de femmes marocaines qui partent travailler, dans le cadre du« programme de gestions éthique de l’immigration saisonnière marocaine en Espagne ». « Il s’agit d’interroger la façon dont le  genre et l’éthique entrent en résonnance  avec les migrations entre le Maroc et l’Europe dans un contexte politique contraint », poursuit Arab, qui est chargée de la  recherche au CNRS. Ce projet MIG’GET est en complémentarité avec le programme MOBIL (Mobilités, migrations, mobilisations).

« En quoi les Juif.ve.s d’Europe au Maroc et les femmes marocaines en Espagne reconfigurent et recomposent les espaces politiques et les sociétés qu’elles traversent »

 Chadia Arab

« Nous nous demandons en quoi les Juif.ve.s d’Europe au Maroc et les femmes marocaines en Espagne, reconfigurent et recomposent les espaces politiques et les sociétés qu’elles traversent, car dans les deux cas, les migrantes économiques et les réfugié.e.s politiques ne restent pas toujours, mais interrogent la responsabilité des États dans ces dynamiques de migrations », poursuit l’autrice du livre Dames de fraises (En Toutes lettres).

Ethique du sensible et de l’invisible 

La journée a connu la participation d’Aomar Boum à distance avec une conférence inaugurale sur le thème de « Les juifs du Maroc : quelle éthique dans la lecture des mobilités ? ». Cet anthropologue et professeur à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a rappelé toute l’histoire mouvementée de cette mobilité sous contrainte et influence dans les années 40 et 50.

La deuxième intervention a abordé la « Couverture médiatique par la presse marocaine des enjeux de la diaspora marocaine juive » par Salaheddine Lemaizi, SG du Réseau marocain des journalistes des migrations (RMJM). Le journaliste a analysé l’hypothèse suivante : « La présence ou l’absence de la Diaspora marocaine juive sur les médias marocains, est un enjeu pour le champ de pouvoir. Le passage d’une invisibilité à une sur-visibilité change au grès des usages politiques de cette Diaspora dans le champ. Cette instrumentalisation peut donner lieu à une essentialisation de ces communautés, très diverses réparties sur trois continents (Europe, Asie et Amérique du Nord) ». 

Katell Brestic, Maîtresse de conférences en Histoire et civilisation du monde germanique à l’Université d’Angers, a présenté son travail préliminaire sur les efforts d’une avocate juive franco-marocaine (Hèlène Cazes Benatar) pour organiser l’arrivée de milliers d’exilés juifs européens fuyant le nazisme dans les années 30 et 40.

« Dame de fraises » : Une éthique de l’écologie 

Hicham Houdaïfa, journaliste et co-fondateur de la maison d’édition« En Toutes lettres», a présenté une revue de presse des articles de la presse marocaine et étrangère autour des travailleuses saisonnières en Espagne. Il ressort de cette lecture exhaustive, la valeur  d’une dizaine d’années de productions médiatique : une domination de la presse étrangère en matière d’investigation et révélations, un suivisme de la presse marocaine sous forme de « journalisme de communication ».

Chadia Arab et Mustapha Azaitraoui ont fait un retour sur leur terrain à Huelva. « Un terrain devenu risqué et difficilement accessible », note Azaitraoui. Le binôme du chercheur a pu travailler sur une nouvelle dimension dans cette recherche, celle des effets des pesticides sur les ouvrières agricoles dans cette zone, ainsi que les effets néfastes sur les terres. « Cette récente dimension écologique est nouvelle dans nos recherches », précise Arab qui annonce préparer avec Azaitraoui un nouvel article scientifique sur ce thème. Pour sa part, Pierre Beaulieu, doctorant en sociologie et géographie à l’Université d’Angers, a présenté une recherche en cours auprès de franco-marocains et leur mobilisation politique dans l’espace public sous de nouvelles formes, tout en questionnant la dimension éthique de leur participation citoyenne.

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