Familles des migrants disparus : 10 ans de combat 

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Ce 6 février a marqué le 10ème anniversaire des événements de Tarajal de 2014. Chaque année, à cette date, les familles des migrants disparus se rassemblent pour exiger vérité et justice. Récit. 

Principalement originaires de la région de l’Oriental et certains ont entrepris un long voyage depuis Beni-Mellal jusqu’à Oujda pour participer à la commémoration à Saidia. Un rendez-vous annuel qui témoigne du combat de ces familles. 

Dans l’ombre de l’incertitude

« Nos enfants perdus en mer, où sont-ils ? » demandent-ils de façon rhétorique, ces familles de migrants disparus en mer exprimant ainsi leur désarroi face à la disparition en mer de leurs proches. Leurs voix résonnent alors qu’ils répondent, avec des cris de douleur, « Ils sont les nôtres, nous les voulons de retour », « Ils voulaient qu’un avenir meilleur, ce ne sont pas des criminels », « Ouvrez les frontières ». 

Des fiches portant leurs photos,noms, date de sortie et disparition de leurs fils sont accrochées à des rubans rouges qui s’enroulent autour de leurs cous. Marchant derrière des banderoles, ils se dirigent de pas décidés vers la plage de Saidia. 

Après avoir répété une série de slogans, ils se recueillent en s’agenouillant pour replanter le rivage de fleurs, en hommage aux migrants décédés et disparus. La douleur est immense mais ils gardent l’espoir fervent que leurs fils sont toujours vivants. 

Le 2 octobre 2021, Rachid Yahyaoui se lance sur la route migratoire en direction de l’Algérie, dans l’espoir de poursuivre son voyage vers l’Europe, laissant derrière lui son père avec un dernier appel. Dans cette conversation, il annonce à son père qu’il partait pour réaliser son rêve et conquérir l’Eldorado européen. 

« J’ai reçu un dernier appel le 2 octobre, il était en Algérie et avait remis de l’argent à une personne pour garantir son passage. Depuis, nous n’avons plus aucune nouvelle de lui », confie le père, le cœur lourd de soucis. 

Depuis ce jour, la vie de Yahia est devenue un cauchemar, une existence sans saveur. Ce père ne cesse de chercher des pistes, frappant à toutes les portes dans l’espoir d’obtenir des nouvelles de son enfant, mais en vain. 

« Tout ce que je fais, c’est chercher désespérément des indices sur le sort de mon fils ».

« Je n’ai plus de vie, ni moi ni ma famille. Je suis incapable de travailler. Tout ce que je fais, c’est chercher désespérément des indices sur le sort de mon fils », confie le père de Rachid, épuisé par quatre longues années de recherche sans relâche. 

Des mères courages face à l’absence  

Dans le même groupe, une sœur pleure son frère. Comme nous l’avions déjà rencontrée lors d’autres événements de commémor’Action, Najia de Taourirte est à la recherche de son frère, qui a tenté de migrer à travers l’Algérie le 16 octobre 2021. 

Une fois sur le sol algérien, ce jeune homme a rencontré un passeur et lui a remis l’argent pour son périple vers l’Europe. Son dernier appel a eu lieu lorsqu’il se dirigeait en voiture vers le bateau pour la traversée, mais depuis, son téléphone ne sonne plus et plus aucune nouvelle n’est parvenue à sa famille. 

Récemment, la famille a reçu une nouvelle : leur fils est désormais emprisonné en Algérie et condamné à cinq ans de prison, mais aucune information précise n’a été donnée, « nous sollicitons nos frères en Algérie : si quelqu’un l’a vu ou à des nouvelles de lui, qu’il nous envoie une photo ou nous contacter », affirme Najya avant de continuer :« ma mère est gravement malade, nous avons perdu le goût de vivre, il est tout pour nous ». 

Cette sœur ne cesse de chercher des traces de son frère partout où elle entend quelque chose, mais en vain. Najya garde toujours l’espoir que son frère est vivant, qu’il est simplement détenu et qu’il ne peut pas les contacter. Un espoir qui les maintient dans l’attente, refusant d’admettre qu’il soit décédé en mer. 

Non loin de ses souffrances et de ce combat acharné, Zhour Ochen attend son fils, Zouhair, qui est parti d’Oujda avec d’autres membres de sa famille et deux jeunes voisins. 

Le jour de leur arrivée en Algérie, ils ont donné signe de vie, mais depuis, c’était le silence radio. « Mon fils m’avait contacté quand il est arrivé en Algérie, c’était un lundi et il devait partir le mardi suivant », raconte Zhour. 

« C’est le désespoir qui les a poussés à migrer ».

Et d’ajouter : « On nous a dit qu’ils sont à Oran en Algérie et qu’ils sont détenus, mais nous n’avons jamais eu de nouvelles d’eux.Mon fils et mon frère étaient coiffeurs, ils aspirent à de meilleures conditions de vie. C’est le désespoir qui les a poussés à migrer ». 

« Depuis leur disparition, je suis un corps sans âme ».

« Depuis leur disparition, je suis un corps sans âme. Je ne trouve plus de plaisir dans les festivités ni dans quoi que ce soit. Je n’arrive pas à dormir », poursuit Zhour, les yeux embués de larmes. Cette maman lance ainsi un appel aux autorités algériennes pour libérer ces jeunes, si toutefois ils sont détenus là-bas. 

« Ce sont les parents qui souffrent le plus en attendant leur fils. Il y a aussi des personnes qui ont laissé leur petite famille, et désormais, c’est l’épouse qui souffre en cherchant à nourrir toute une famille », conclut -t-elle. 

Ces familles survivent sans le moindre indice sur le sort de leurs êtres chers. La douleur de leur absence et le deuil non résolu les entraînent dans un tourbillon d’angoisse. Malgré leurs efforts incessants pour retrouver leurs proches, ils se retrouvent perdus dans une attente infinie comme figés dans le temps. En conséquence, ces familles sont laissées à la merci de leur chagrin, plongeant dans un abîme d’escroqueries, d’espoirs vains et de désillusions  

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