À Casablanca, le Train d’expulsion Express 

Screenshot 2025 07 14 at 12.23.29

Le projet de ligne ferroviaire régionale reliant Casablanca au stade Hassan II de Ben Slimane menace de raser des habitations entières. À Derb Sultan, Belvédère et Aïn Sebaâ, des familles apprennent qu’elles devront partir. Expulsions annoncées, incertitudes imposées. À Derb Al-Baladia, la vie s’accroche encore aux murs promis à la disparition.

Casablanca : Un TGV, des départs forcés 

Des dizaines de familles ont reçu des avis signalant le passage du tracé au milieu de leur quartier.

À Derb Al-Baladia, au cœur de Derb Sultan, l’annonce du projet de train régional rapide reliant Casablanca à Marrakech ne laisse personne indifférent. Ce que certains voient comme un chantier d’envergure nationale, d’autres le vivent comme une menace directe. Des dizaines de familles ont reçu des avis signalant le passage du tracé au milieu de leur quartier.

« On est pour l’intérêt général, mais pas au détriment de nos droits ».

Entre attente et incertitude, les habitant·es tentent de comprendre ce qui les attend réellement. Beaucoup disent ne pas s’opposer au projet. « On est pour l’intérêt général, mais pas au détriment de nos droits », répètent-ils. Ce qui est en jeu pour eux, ce ne sont pas seulement des murs, mais des histoires de vie, des héritages familiaux et une stabilité déjà fragilisée.

Des propositions allant de 2 000 à 5 000 dirhams le mètre carré, bien loin des 20 000 dirhams évoqués par les expert·es mobilisé·es par les habitant·es eux-mêmes 

Certaines familles racontent avoir été sollicitées il y a plusieurs mois par une première commission venue “évaluer l’état des lieux”, sans mentionner le projet ferroviaire. Quelques semaines plus tard, une nouvelle équipe est revenue, cette fois avec un discours sur l’expulsion et des chiffres qui varient d’un cas à l’autre. Au quartier Abdellah El Fassi, une résidente parle de « propositions allant de 2 000 à 5 000 dirhams le mètre carré, bien loin des 20 000 dirhams évoqués par les expert·es mobilisé·es par les habitant·es eux-mêmes ».

« On veut tous voir le pays avancer, organiser le Mondial, accueillir des trains rapides…mais on veut aussi que nos droits soient respectés. »

Pour beaucoup, les offres sont jugées « dérisoires ». S’ajoute à cela une date butoir : libérer les maisons d’ici fin juillet. « On veut tous voir le pays avancer, organiser le Mondial, accueillir des trains rapides…mais on veut aussi que nos droits soient respectés», explique une habitante croisée dans le quartier.

Au-delà des montants proposés, des inquiétudes surgissent : que deviennent les droits des cohéritiers ? Comment se fait le partage ? Quelle garantie que chacun recevra sa part, dans un cadre transparent ? Autant de questions qui restent en suspens.

Un discours officiel rassurant, mais contesté

Le projet entre dans le cadre des grands travaux menés en vue de la Coupe du monde 2030. Trois lignes régionales sont prévues à Casablanca, avec une fréquence de 15 à 30 minutes selon les trajets. Le coût global est estimé à 5 milliards de dirhams. Des projets similaires devraient suivre dans d’autres régions comme Rabat-Kénitra et Marrakech-Safi.

Face aux inquiétudes, l’ONCF se veut rassurant. Lors d’une conférence organisée à Rabat par les étudiants de l’École Mohammadia des Ingénieurs en février dernier, un responsable a affirmé que « 80 % des terrains ont été mobilisés » et que « les budgets nécessaires aux indemnisations sont disponibles ». Mais sur le terrain, le discours peine à convaincre. Car entre les chiffres officiels et la réalité vécue dans les ruelles de Derb Al-Baladia, il y a un écart que les habitant·es ressentent chaque jour un peu plus. 

À Lire aussi
  • Budget 2026 : la Direction du Budget renforce la lisibilité de l’action publique

    La Direction du Budget a publié, le 20 mai 2026, la troisième édition de « Performance de l’action publique : Principales Données ». Ce document vise à rendre l’information budgétaire plus lisible et à mieux relier les ressources publiques aux objectifs et résultats attendus.

    Budget ouvert (1)

    Contenus partenaires

  • Sebta occupée : un appel urgent pour garantir leur dignité

    L’Organisation marocaine des droits humains appelle les autorités espagnoles à intervenir d’urgence afin d’améliorer la situation humanitaire et des droits humains des citoyennes et citoyens marocains bloqués dans la ville occupée de Sebta.  L’Organisation marocaine des droits humains a lancé un appel urgent concernant la situation humanitaire dans la ville occupée de Sebta, alertant sur…

    Actualités

  • Les refoulés de Sebta : Scènes de naufragés de la frontière européenne

    Après les refoulements opérés par les autorités espagnoles, des centaines de jeunes Marocains et de migrants subsahariens ont été transférés vers Tanger avant d'être renvoyés vers leurs villes d'origine. Reportage à la gare TGV de Tanger, où s'achève le rêve européen. Nous sommes le lundi 3 août. Il est 16 heures à la gare TGV…

    Reportages

  • Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


    Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix