À Casablanca, le Train d’expulsion Express 

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Le projet de ligne ferroviaire régionale reliant Casablanca au stade Hassan II de Ben Slimane menace de raser des habitations entières. À Derb Sultan, Belvédère et Aïn Sebaâ, des familles apprennent qu’elles devront partir. Expulsions annoncées, incertitudes imposées. À Derb Al-Baladia, la vie s’accroche encore aux murs promis à la disparition.

Casablanca : Un TGV, des départs forcés 

Des dizaines de familles ont reçu des avis signalant le passage du tracé au milieu de leur quartier.

À Derb Al-Baladia, au cœur de Derb Sultan, l’annonce du projet de train régional rapide reliant Casablanca à Marrakech ne laisse personne indifférent. Ce que certains voient comme un chantier d’envergure nationale, d’autres le vivent comme une menace directe. Des dizaines de familles ont reçu des avis signalant le passage du tracé au milieu de leur quartier.

« On est pour l’intérêt général, mais pas au détriment de nos droits ».

Entre attente et incertitude, les habitant·es tentent de comprendre ce qui les attend réellement. Beaucoup disent ne pas s’opposer au projet. « On est pour l’intérêt général, mais pas au détriment de nos droits », répètent-ils. Ce qui est en jeu pour eux, ce ne sont pas seulement des murs, mais des histoires de vie, des héritages familiaux et une stabilité déjà fragilisée.

Des propositions allant de 2 000 à 5 000 dirhams le mètre carré, bien loin des 20 000 dirhams évoqués par les expert·es mobilisé·es par les habitant·es eux-mêmes 

Certaines familles racontent avoir été sollicitées il y a plusieurs mois par une première commission venue “évaluer l’état des lieux”, sans mentionner le projet ferroviaire. Quelques semaines plus tard, une nouvelle équipe est revenue, cette fois avec un discours sur l’expulsion et des chiffres qui varient d’un cas à l’autre. Au quartier Abdellah El Fassi, une résidente parle de « propositions allant de 2 000 à 5 000 dirhams le mètre carré, bien loin des 20 000 dirhams évoqués par les expert·es mobilisé·es par les habitant·es eux-mêmes ».

« On veut tous voir le pays avancer, organiser le Mondial, accueillir des trains rapides…mais on veut aussi que nos droits soient respectés. »

Pour beaucoup, les offres sont jugées « dérisoires ». S’ajoute à cela une date butoir : libérer les maisons d’ici fin juillet. « On veut tous voir le pays avancer, organiser le Mondial, accueillir des trains rapides…mais on veut aussi que nos droits soient respectés», explique une habitante croisée dans le quartier.

Au-delà des montants proposés, des inquiétudes surgissent : que deviennent les droits des cohéritiers ? Comment se fait le partage ? Quelle garantie que chacun recevra sa part, dans un cadre transparent ? Autant de questions qui restent en suspens.

Un discours officiel rassurant, mais contesté

Le projet entre dans le cadre des grands travaux menés en vue de la Coupe du monde 2030. Trois lignes régionales sont prévues à Casablanca, avec une fréquence de 15 à 30 minutes selon les trajets. Le coût global est estimé à 5 milliards de dirhams. Des projets similaires devraient suivre dans d’autres régions comme Rabat-Kénitra et Marrakech-Safi.

Face aux inquiétudes, l’ONCF se veut rassurant. Lors d’une conférence organisée à Rabat par les étudiants de l’École Mohammadia des Ingénieurs en février dernier, un responsable a affirmé que « 80 % des terrains ont été mobilisés » et que « les budgets nécessaires aux indemnisations sont disponibles ». Mais sur le terrain, le discours peine à convaincre. Car entre les chiffres officiels et la réalité vécue dans les ruelles de Derb Al-Baladia, il y a un écart que les habitant·es ressentent chaque jour un peu plus. 

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