Nador-Melilla : Silence, on réprime les haragas

Pendant que les images de Bab Sebta et Fnideq occupaient le devant de la scène médiatique fin juillet-début août, une autre frontière marocaine vivait, dans une relative indifférence, sa propre séquence répressive. Aujourd’hui se tient le procès des personnes arrêtées. Les détails avec l’AMDH Nador. 

À Nador, face à Melilla, des dizaines de jeunes Marocains — dont des mineurs — arrêtés lors des tentatives de passage et des évènements de Béni Ansar comparaissent en série devant la justice, tandis que d’autres sont abandonnés de nuit dans le désert, entre Jerada et Saka, sans assistance. Deux communications du bureau local de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) donnent la mesure de cette répression parallèle, moins visible mais tout aussi lourde de conséquences.

Une vague de poursuites judiciaires à Nador

Le 10 août 2026, le tribunal de première instance de Nador a examiné, sous l’observation du bureau local de l’AMDH, les dossiers de jeunes interpellés dans le sillage des évènements de Béni Ansar et des tentatives de franchissement de la frontière avec l’enclave espagnole de Melilla. Cinquante personnes ont été présentées à cette audience, réparties sur treize dossiers. Parmi elles, quarante-trois comparaissaient en détention et sept en état de liberté.

Les poursuites retenues contre ces jeunes couvrent plusieurs chefs d’accusation : outrage à fonctionnaires, usage de violence et dégradation de biens. Onze détenus seulement ont pu être jugés en présentiel ; les autres ont comparu à distance, par visioconférence — parmi eux F.M., une jeune fille poursuivie en état d’arrestation.

Une écrasante majorité des prévenus a réclamé la tenue d’un procès en présentiel et le bénéfice du droit à la défense, avec l’assistance d’un avocat. Le tribunal a fini par accéder à ces demandes : l’audience a été reportée au 13 août pour les détenus ayant demandé un jugement en présentiel, et au 17 août pour ceux ayant sollicité l’assistance d’un avocat et le temps de préparer leur défense.

Le bureau de l’AMDH à Nador, qui avait lui-même plaidé pour ce report, et ce compte tenu de la gravité des charges retenues contre ces jeunes et de l’importance de la présence de la défense. L’association réitère son appel à la libération de l’ensemble des jeunes détenus.

Des mineurs abandonnés en plein désert

Dans une seconde communication, l’AMDH Nador alerte sur la poursuite des interpellations de jeunes et de mineurs marocains dans la région. Selon l’association, un autocar a transporté la veille trente d’entre eux vers une zone reculée, près de Jerada où ils ont été abandonnés en plein été, sans qu’aucune assistance ne leur soit fournie.

Livrés à eux-mêmes, ces jeunes n’ont eu d’autre choix que de rallier à pied la ville de Jerada pour tenter d’y trouver de l’aide. “Une souffrance réelle pour notre jeunesse et nos enfants, à l’intérieur même de leur pays”, résume l’association, qui documente ces pratiques d’éloignement informel appliquées à des ressortissants marocains, y compris mineurs, sur le territoire national.

Nador-Melilla, l’angle mort médiatique

La frontière de Nador-Melilla n’a pourtant rien d’un front secondaire. Elle a été, ces dernières années, le théâtre de plusieurs épisodes meurtriers, dont le drame du 24 juin 2022, quand des dizaines de personnes avaient trouvé la mort en tentant de franchir la clôture séparant le Maroc de l’enclave espagnole. Mais depuis fin juillet 2026, l’attention nationale et internationale s’est massivement portée sur Sebta/Ceuta et le poste-frontière de Bab Diouna à Fnideq, où les tentatives de passage en nombre ont fait l’objet d’une couverture continue, y compris de bilans contradictoires entre chiffres officiels et associatifs des morts et des disparus. 

Le bureau de l’AMDH à Nador maintient son suivi des audiences reportées au 13 et au 17 août, et réclame la libération de l’ensemble des jeunes détenus ainsi que la fin des pratiques d’abandon de mineurs hors de tout cadre légal. 

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