Running au Maroc : pour un sport populaire, égalitaire et sain

Je cours en amateur depuis trois ans. Comme beaucoup, j’y trouve un vrai plaisir mental et physique : un sport accessible, en plein air, en groupe ou en solitaire. Depuis la reprise post-COVID-19, son évolution rapide fait apparaître des tendances à surveiller de près.
| Par Salaheddine Lemaizi, coureur amateur et journaliste
Quatre exigences guident cette réflexion :
- Primo, préserver le running comme un sport populaire, à la portée des classes populaires comme des nantis, dans toutes les villes et campagnes du Maroc.
- Deuxio, un running accessible aux hommes comme aux femmes, aux jeunes comme aux moins jeunes, sans distinction, avec des conditions de sécurité dans l’espace public, notamment pour les femmes.
- Tertio, un running bien accompagné sur le plan médical et sanitaire, pour éviter les risques pour la santé des pratiquants amateurs et les dérives de la consommation de produits pharmaceutiques ou dopants, aux conséquences parfois irrémédiables.
- Quatro, l’engouement actuel est une chance pour la société de retrouver un équilibre en santé et de voir éclore de jeunes talents, femmes et hommes, qui passeront de la pratique amatrice aux clubs ou au haut niveau. Une renaissance de l’athlétisme marocain passe par davantage de licenciés, surtout chez les plus jeunes (piste, trail, cross-country).
Un sport aux racines populaires

La course à pied a une longue histoire au Maroc : celle des gloires de l’athlétisme, de Ben Abdeslam Rhadi à Said Aouita, de Nawal El Moutawakel à Hicham El Guerrouj ; celle des sportifs populaires de La Casablancaise ou des forêts de Bouskoura, Chellalat et Maâmoura, bien avant les dossards et les montres connectées ; celle des premiers clubs d’une élite casablancaise, initiatrice des courses. S’y ajoutent la démocratisation par des enseignes aux prix accessibles (« l’effet Décathlon ») et la médiatisation par les influenceurs. La base des pratiquants reste donc majoritairement populaire et issue des classes moyennes urbaines, ce que les organisateurs doivent prendre en compte : tarifs des dossards, mais aussi transport public gratuit et parkings le jour J. Les tarifs européens et américains, devenus inaccessibles aux petites bourses, ne doivent pas servir de modèle.
Le public, locomotive de l’accessibilité
Un organisateur privé profite de soutiens publics (routes, forces de l’ordre, pompiers) : il doit en retour garantir des prix cohérents avec le coût de la vie. Les grandes courses nationales (Casablanca, Marrakech, Rabat), financées par des fonds publics et portées par la légitimité des villes, n’ont aucune excuse pour augmenter leurs tarifs : leur mission première est de promouvoir le sport amateur. La performance et la notoriété comptent, mais pas au détriment de la santé, du bien-être et de la mixité sociale. Prix bas ne signifie pas qualité en berne : l’organisation doit répondre aux standards internationaux, par respect pour les citoyens et pour l’image de la ville. L’engouement actuel et une chance pour l’athlétisme marocain qui connait chiffre très faible de licenciés d’à peine 22 000 adhérents aux clubs marocains en 2024, nous sommes loin de l’objectif de 200 000 visait par la FRMA. La masse de coureurs amateurs chaque week-end par milliers est une chance pour l’athlétisme marocain notamment parmi les jeunes.
Le Running pour l’égalité femmes-hommes

L’inclusivité est un thème à la mode, utile aux entreprises pour saupoudrer quelques millions de dirhams en la Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). Prise au sérieux, elle est un vrai sujet dans une société fragmentée et inégalitaire. Le sport en plein air peut rassembler les classes sociales, lutter contre la sédentarité et lutter contre les discriminations. Des courses solidaires sont organisées ici et là mais restent faiblement médiatisées et impactantes.
Dans le running, les femmes sont membres ou fondatrices de groupes de coureurs, elles y sont parfois majoritaires en tant que pratiquantes. Mais beaucoup n’osent pas courir seules par peur du harcèlement. Garantir un espace sûr est une responsabilité collective, d’abord des groupes : charte interne, recours clairs en cas d’agression, sensibilisation. Les anciennes gloires comme nos championnes El Moutawakel ou Nezha Bidouane peuvent y jouer un rôle majeur, pour que les droits des femmes ne soient plus un simple décor lors des courses.
Pour l’inclusion : enfance et handicap

Les kids run des courses privées restent insuffisants et sélectifs par l’argent. Les courses publiques devraient réserver aux enfants un espace gratuit la veille de l’événement, pour susciter la passion du sport et les éloigner des écrans. Les personnes en situation de handicap, elles, sont absentes des courses (déficient visuels, handicap moteur, ont leur place dans les courses avec un accompagnement adéquat): tout reste à faire avec la Fédération Royale Marocaine des Sports pour Personnes en Situation de Handicap (FRMSPSH).
Ces remarques ne visent pas à surcharger coureurs, groupes et organisateurs de responsabilités qu’ils ne peuvent porter, mais à rappeler la responsabilité individuelle et collective de chacun. Un sport détaché des diktats des chronos et des marques, tourné vers une société en bonne santé à tous les âges et sans discriminations.
Salaheddine Lemaizi, coureur amateur et journaliste









