CAN 2025 : entre euphorie sportive et fragilités sociales
Un rapport de l’Institut Prometheus pour la Démocratie et les Droits Humains (IPDDH) et du Conseil Civil de Lutte contre toutes les formes de Discrimination (CCLD) met en lumière une vingtaine d’indicateurs préoccupants liés aux discriminations, aux discours de haine et à certaines fragilités structurelles, tout en appelant à placer les droits humains au cœur…
Derrière l’image d’une CAN 2025 réussie sur le plan organisationnel, un rapport de l’Institut Prometheus et du Conseil Civil de Lutte contre toutes les formes de Discrimination (CCLD) alerte sur une série de dérives sociales et numériques et plaide pour une meilleure intégration des droits humains dans la perspective de 2030.
Intitulé « CAN 2025 : Monitoring des discriminations et perspectives pour la Coupe du monde 2030 », le rapport documente des situations de discrimination, de discours haineux et de dérives structurelles observées avant, pendant et après le tournoi.
Une analyse transversale des discriminations
Le rapport insiste sur une approche globale des vulnérabilités : les discriminations ne sont pas isolées, mais s’entrecroisent et s’amplifient. Femmes, personnes en situation de handicap, ressortissants subsahariens ou individus perçus comme « extérieurs » apparaissent comme les groupes les plus exposés.
Cette lecture met en évidence des mécanismes sociaux et numériques où les préjugés se renforcent mutuellement, notamment dans les espaces digitaux où les discours circulent
« L’objectif de ce rapport est d’analyser les dynamiques de discrimination observées, notamment sur les réseaux sociaux, lors de la Coupe d’Afrique 2025 »
« L’objectif de ce rapport est d’analyser les dynamiques de discrimination observées, notamment sur les réseaux sociaux, lors de la Coupe d’Afrique 2025 », expkique, Yasmine Boutayeb, membre du bureau exécutif de l’Institut
« l’approche adoptée pour le repérage de ces discriminations s’est appuyée sur une méthodologie croisant plusieurs données liées à l’identité, au genre, à l’origine, à la race et à la situation sociale des groupes observés.
Et d’ajouter: « l’approche adoptée pour le repérage de ces discriminations s’est appuyée sur une méthodologie croisant plusieurs données liées à l’identité, au genre, à l’origine, à la race et à la situation sociale des groupes observés, ce qui a permis de mener une analyse approfondie et de formuler des recommandations opérationnelles dans le cadre des préparatifs de la Coupe du monde 2030 ».
Dès le début de la compétition, le monitoring a relevé des contenus sur les réseaux sociaux appelant les femmes marocaines à adopter une « retenue » vis-à-vis des supporters étrangers.
Parmi les constats les plus marquants, les atteintes visant les femmes occupent une place centrale. Dès le début de la compétition, le monitoring a relevé des contenus sur les réseaux sociaux appelant les femmes marocaines à adopter une « retenue » vis-à-vis des supporters étrangers.
Le rapport souligne que ces discours, même minoritaires, contribuent à renforcer des normes sociales de contrôle et à opposer des représentations féminines jugées « acceptables » à d’autres stigmatisées.
Autre dérive : la circulation de contenus générés par intelligence artificielle mettant en scène de fausses supportrices dans des situations sexualisées, alimentant la désinformation et le harcèlement numérique.
Racisme, désinformation et tensions sociales
Le rapport revient sur plusieurs incidents à caractère raciste et des tensions survenues autour de la CAN 2025, notamment des comportements de supporters lors des célébrations suivant la finale, qualifiés de « déshumanisation raciale »
Le rapport revient sur plusieurs incidents à caractère raciste et des tensions survenues autour de la CAN 2025, notamment des comportements de supporters lors des célébrations suivant la finale, qualifiés de « déshumanisation raciale » et dépassant, selon les auteurs, le cadre de la rivalité sportive.
Il documente également la circulation de rumeurs et de fausses informations après la finale Maroc–Sénégal, incluant des annonces infondées de décès et d’attaques racistes, rapidement démenties par la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN)
Le document évoque par ailleurs des signalements de licenciements de travailleurs subsahariens, notamment sénégalais, dans certains chantiers et exploitations agricoles, liés selon le rapport à leur origine et interprétés comme des formes de « représailles collectives » en violation du droit du travail et des conventions internationales.
Le document évoque par ailleurs des signalements de licenciements de travailleurs subsahariens, notamment sénégalais, dans certains chantiers et exploitations agricoles, liés selon le rapport à leur origine et interprétés comme des formes de « représailles collectives » en violation du droit du travail et des conventions internationales, dans un contexte de tensions symboliques liées à la compétition sportive.
Enfin, le monitoring met en lumière la diffusion de discours haineux, dont une vidéo d’une enseignante en Algérie tenant des propos hostiles envers les Marocains, rappelant la gravité de tels contenus lorsqu’ils émanent d’acteurs éducatifs censés promouvoir le respect et la coexistence.
Accessibilité : entre inclusion et limites structurelles
La gare de Rabat Hay Riad est citée comme exemple d’infrastructure récente mais insuffisamment adaptée aux personnes en fauteuil roulant, faute d’équipements essentiels.
Sur le plan de l’inclusion, le rapport reconnaît certaines avancées mais pointe «des limites structurelles». La gare de Rabat Hay Riad est citée comme exemple d’infrastructure récente mais insuffisamment adaptée aux personnes en fauteuil roulant, faute d’équipements essentiels.
Même si une réduction tarifaire de 50 % a été accordée aux personnes en situation de handicap, les auteurs rappellent qu’elle perd de sa portée en l’absence d’accessibilité physique réelle.
Des dynamiques positives à consolider
Malgré ces constats, le rapport met en avant plusieurs initiatives positives. en prempier lieu ,la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) est saluée pour ses dispositifs d’accessibilité sensorielle dans les stades, permettant aux personnes malvoyantes de suivre les matchs grâce à des outils audio et tactiles.
La Délégation Générale à l’Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR) est également citée pour l’organisation de tournois et la diffusion des matchs dans les établissements pénitentiaires.
Enfin, la Délégation Interministérielle aux Droits de l’Homme (DIDH) est reconnue pour ses formations destinées aux journalistes et la production d’un guide sur le traitement des droits humains dans le sport.
Coupe du monde 2030 : des recommandations clés
À l’approche de la Coupe du monde 2030, le rapport appelle à « renforcer l’intégration des droits humains dans l’ensemble du dispositif sportif » .
Parmi les principales recommandations : lutter fermement contre les discours de haine, former les acteurs institutionnels et médiatiques, et garantir une accessibilité universelle dès la conception des infrastructures.
Le document insiste également sur le rôle encore limité de la société civile, jugé essentiel pour assurer un suivi indépendant.
Enfin, le rapport rappelle que « la réussite de 2030 ne se mesurera pas uniquement à la performance organisationnelle, mais à la capacité à garantir un environnement inclusif et respectueux de la dignité humaine ».