À Fnideq : « Nous quitterons tous et toutes »

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Fnideq, cette localité de 78 000 habitants, au nord-ouest, est tournée vers la frontière espagnole. Sa survie dépendait du commerce frontalier. Depuis la fermeture de cette frontière, la ville connaît une hémorragie de départs vers l’Espagne. 


« Si la frontière ouvre, moi la première je quitterais », nous lance Zohra, mère de plusieurs enfants. « Je n’ai rien pour manger. L’Indice d’Akhanouch a estimé que j’étais trop riche. Je loue une chambre où je vis avec mes enfants, je ne sais pas où ils ont vu la richesse », s’indigne-t-elle. C’est le sentiment dominant dans cette ville aux allures calme, mais dont les expressions de colère s’expriment dès les premières prises de paroles. Dans le contexte du 15/09, les habitants s’expriment avec prudence de crainte de la répression. 

Révolte des femmes, hrig des jeunes 

« Si la frontière ouvre, moi la première je quitterai ».

Zohra

Cette colère trouve ses origines depuis la fermeture de la frontière de Tarajal. En décembre 2019, les autorités marocaines ont décidé d’interdire de manière définitive l’entrée de marchandises depuis la ville de Sebta, occupée. Cette « contrebande vivrière » représentait une source de revenus pour plus de 9 000 personnes à Fnideq et ses environs. Le Covid-19 complique la situation des travailleurs journaliers (3500 personnes environ) qui se dirigent quotidiennement vers la ville occupée. Depuis mars 2020, 3 000 personnes ont quitté définitivement cette ville. 

Dans le contexte du 15/09, les habitants s’expriment avec prudence de crainte de la répression.

Pour Nabil Bazzi, président de l’AMDH à M’diq la situation actuelle était prévisible : « Après la fermeture du point de passage de Tarajal, la migration irrégulière parmi les Marocains a connu une hausse importante. Quand la frontière était ouverte, personne ne pensait prendre la mer ou migrer de cette façon. Auparavant, les gens partaient travailler avec des papiers et d’autres sans papiers à Sebta. Ces derniers s’organisent avec des petits boulots dans la restauration ou comme artisans (maçons, plâtrier, menuisier, etc.). Ces personnes représentaient une main d’œuvre conséquente, et une bouffée d’oxygène pour la province. A cela s’ajoutent, des personnes travaillant dans la contrebande vivrière.  Toute cette activité s’est arrêtée du jour au lendemain et sans alternative », décrit-il. 

« Quand la frontière était ouverte, personne ne pensait prendre la mer ou migrer de cette façon ».

AMDH M’diq

Parmi les jeunes de Fnideq et toute la région (Martil, M’diq et Tétouan) le sentiment de désillusion domine. Avant même cette crise, le taux de chômage en milieu urbain dans la province de M’diq-Fnideq était de 18 %, dépassant le taux national (13% %).

« L’Indice d’Akhanouch a estimé que j’étais trop riche. Je loue une chambre où je vis avec mes enfants, je ne sais pas où ils ont vu la richesse ». 

Zohra

En février 2021, un mouvement de femmes avait lancé des manifestations à Fnideq, sans aucun encadrement politique. Elles avaient manifesté en bravant l’interdiction des autorités et l’état d’urgence sanitaire de l’époque. Aujourd’hui, ce sont les jeunes qui sortent n’ont pas la rue, mais prennent la mer et la frontière. Avec des conséquences dramatiques sur la vie de ces personnes…

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