Bidonvilles de Carrières centrales, sans papiers, sans terre

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160 familles issues de neuf bidonvilles à Ain Sbaa et Hay Mohammadi Carrières centrales attendent leur relogement depuis 2016. Reportage.

« Faute de pouvoir bénéficier de notre relogement promis en 2016, nous ne sommes plus des citoyens aux yeux des autorités ».

Sous un soleil de plomb, une dizaine de femmes attendent à l’entrée de la Préfecture d’Ain Sbaâ pour rencontrer le gouverneur. « Faute de pouvoir bénéficier de notre relogement promis en 2016, nous ne sommes plus des citoyens aux yeux des autorités. Les agents des autorités locales refusent de nous délivrer une attestation de résidence, pour certains ils ont une difficulté à renouveler leur CIN », dénonce une femme parmi les protestataires. Après la démolition de leurs baraques, ces habitants du bidonville des Carrières centrales et ceux de huit douars à Ain Sbaâ (Wassti, El Hjar, Maison Basque, etc.)  ont reçu une promesse des autorités et un engagement écrit d’Al Omrane d’accéder à des lots de terrain à Lahraouiyne, à la périphérie de Casablanca. Dans la précipitation, les autorités n’ont pas sécurisé le foncier. Les habitants se trouvent sans toit. 

Comme un 8 mars

C’était le 8 mars 2016. Les forces de l’ordre expulsent les derniers habitants des Carrières centrales. Les médias appelés en renfort filment la démolition « de la dernière barraque ». Les caméras s’éteignent. Les autorités crient victoire. Les habitants acceptent la solution de relogement proposée à contre-cœur. « Ils nous ont promis une solution de relogement en 15 jours. Or, ces deux semaines se sont transformées en six ans », lance un habitant avec amertume. 

Les habitants qui brandissent des documents prouvant l’acceptation de leurs dossiers n’ont pas pu accéder à un logement ou un lot de terrain. « Au début, nous avons dû louer des appartements ou des chambres en attendant qu’une solution puisse être trouvée. Mais le provisoire dure depuis plusieurs années », poursuit un autre habitant rencontré par ENASS.ma sur le parvis du siège de l’arrondissement d’Aïn Sbaâ.

Les habitants se disent victimes « d’une spoliation de leurs lots de terrain par des agents d’autorités véreux »

Pour leurs part, les autorités locales expliquent ce retard par « le manque de foncier disponible pour assurer la suite de cette opération qui a démarré en mars 2016 ». Alors que les habitants se disent victimes « d’une spoliation de leurs lots de terrain par des agents d’autorités véreux », accusent des habitants. 

Au fil des ans, le dossier de ces 160 familles s’enlise et tombe dans l’oubli. Ces habitants se sentent méprisés : « Nous ne sommes même pas reçus par un responsable pour nous expliquer notre situation », clame un autre résident. Ces derniers, en chœur, appellent à la mise en place « d’une enquête sur ce scandale foncier car nous savons que nos terres ont été volées par certains responsables ». Pour l’heure, les habitants entament leur septième année sans papier et sans toit. Affaire à suivre.

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