Émigration : CEFA au chevet des Marocains de retour
Ils sont des centaines de Marocains dont l’expérience migratoire s’achève sur un échec ou un retour forcé, chaque année. Une ONG les accompagne dans cette dure expérience de réintégration dans leur pays. Retour d’expérience avec CEFA Maroc.
Certains choisissent de rentrer au pays, d’autres y sont contraints par les autorités des pays d’accueil. Ce retour, souvent discret, reste largement invisible, malgré une tendance à la hausse liée au durcissement des politiques européennes en matière de circulation et de séjour. Face à cette réalité, l’antenne marocaine de l’association italienne CEFA a lancé un projet dédié à ces « invisibilisés » de la migration. Son responsable, Jamal Boutbagha, en dresse le bilan.
ICARuS : objectifs et financement
ICARuS — Initiative conjointe d’appui à la réintégration socio-économique des migrants de retour et de leurs familles — est un projet aux multiples dimensions, lancé en 2023. « Il est mis en œuvre avec l’appui de la coopération allemande et d’autres partenaires. Il vise à accompagner les migrants marocains de retour, une catégorie encore peu visible dans les politiques publiques », explique le coordinateur. Financé par la Commission européenne, le projet est déployé par la GIZ dans le cadre du programme Centres de Migration pour le Développement (ZME).
Qui sont les migrants de retour ?
Les migrants de retour regroupent des personnes ayant vécu à l’étranger et revenues au Maroc, que ce soit de manière volontaire, après une expulsion administrative ou judiciaire, ou encore faute de conditions de vie stables dans les pays d’accueil. « Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas uniquement de personnes en situation irrégulière, mais elles partagent souvent des situations de grande vulnérabilité », nuance Jamal Boutbagha.
Un accompagnement structuré et mobile
Pour répondre à ces situations, CEFA a mis en place un dispositif d’intervention à l’échelle nationale, reposant sur des équipes mobiles. « Notre approche repose sur trois piliers : identifier les bénéficiaires, analyser leurs besoins et construire avec eux un programme personnalisé de réintégration », précise-t-il.
Ce processus permet de proposer une réintégration à triple dimension, à la fois psychologique, sociale et économique. Concrètement, l’association soutient notamment les bénéficiaires dans la mise en place de projets générateurs de revenus, en finançant directement certains équipements. Malgré ces efforts, les difficultés restent nombreuses.
Une population encore invisible
Les migrants de retour demeurent largement absents des politiques publiques. « Cette catégorie est peu reconnue et insuffisamment intégrée dans les stratégies nationales. Elle fait face à des difficultés souvent ignorées », déplore Boutbagha.
« Leur vulnérabilité est multidimensionnelle, mêlant difficultés économiques, sociales, psychologiques et administratives. »
Leur vulnérabilité est multiple et se manifeste à plusieurs niveaux. Sur le plan économique, ils font face à la non-reconnaissance des compétences acquises à l’étranger et à un accès limité à l’emploi. Sur le plan social, ils subissent la rupture des liens familiaux, l’isolement et un regard souvent stigmatisant. À cela s’ajoutent des difficultés psychologiques, des obstacles administratifs et juridiques liés notamment à la perte de documents, ainsi que des problèmes d’accès aux soins et un manque de coordination institutionnelle. Certaines catégories, notamment les femmes, sont encore plus exposées à ces vulnérabilités.
Une réponse globale mais insuffisante
Sur le terrain, CEFA déploie un accompagnement global et individualisé. Plus de 200 personnes ont ainsi été suivies en 2025. « Dès le premier contact, nous réalisons un diagnostic approfondi qui permet d’élaborer un plan de réintégration adapté à chaque situation », explique le coordinateur.
L’association propose un appui administratif et juridique, facilite l’accès au logement et aux soins, et offre un accompagnement psychologique lorsque nécessaire. Elle intervient également en médiation familiale et oriente les bénéficiaires vers d’autres structures en cas de besoin. Sur le plan économique, CEFA soutient la création d’activités génératrices de revenus, propose des formations, notamment en compétences comportementales, et organise des groupes de parole favorisant la reconstruction personnelle.
« Malgré les dispositifs d’accompagnement, les besoins dépassent largement les moyens disponibles. »
« Malgré tous ces efforts, les besoins dépassent largement les moyens disponibles », reconnaît Boutbagha.
Un défi appelé à s’intensifier
« Les migrants de retour constituent une catégorie à la fois prioritaire et largement invisible dans les politiques publiques. »
L’expérience de terrain met en lumière une réalité préoccupante. « Les migrants de retour constituent une catégorie à la fois prioritaire et largement invisible. Leur vulnérabilité est multidimensionnelle », insiste-t-il.
Dans ce contexte, les acteurs associatifs appellent à une mobilisation accrue des pouvoirs publics. Il devient urgent de mettre en place une politique dédiée, de renforcer la coordination entre les intervenants et de développer des dispositifs d’accompagnement intégrés. À l’heure où les politiques migratoires internationales se durcissent, la question des migrants de retour s’impose comme un enjeu majeur. Une réalité encore trop peu visible, mais appelée à prendre de l’ampleur dans les années à venir.
