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Exploitation de carrière : Le calvaire des habitants de Reggada…

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La piste qui mène à Reggada n’est qu’un chemin de terre cabossé. Au bout, le douar fait face à la carrière d’Adaroche, dont l’activité pèse peu à peu sur le quotidien des villageois. Ils racontent des années de nuisances et de doléances. Reportage.

|Par Naima Cherii 

Sous une chaleur écrasante, nous mettons le cap sur Reggada, identifié comme le village le plus durement touché par l’exploitation de la carrière d’Adaroche. L’accès au douar donne immédiatement le ton : on y arrive par une piste non goudronnée en très mauvais état.

À Reggada, la proximité directe avec le site d’extraction a transformé le quotidien des habitants en une usure silencieuse.

À Reggada, la proximité directe avec le site d’extraction a transformé le quotidien des habitants en une usure silencieuse. Année après année, les plaintes répétées des riverains sont restées lettre morte, laissant derrière elles une surdité institutionnelle et un vif sentiment d’abandon. 

La peur des représailles ou de l’exposition publique est telle que la plupart refusent désormais de parler à visage découvert. Aujourd’hui, la méfiance règne : rares sont ceux qui osent encore témoigner démasqués ou décliner leur identité.

« Nous avons tout essayé pour dénoncer les nuisances de cette carrière : plaintes, protestations, mais rien n’y fait. Nos appels restent ignorés »

Lahcen, un paysan local, fait partie de cette poignée de voix qui refusent encore le silence : « Nous avons tout essayé pour dénoncer les nuisances de cette carrière : plaintes, protestations, mais rien n’y fait. Nos appels restent ignorés », confie Lahcen.

Pire encore, affirme-t-il, lorsque les populations se rassemblent devant le site pour dénoncer les nuisances causées par cette activité et exiger l’arrosage de la route avant le passage des camions, cette situation nécessite souvent l’intervention de la Gendarmerie royale.  

Les habitants déclarent qu’ils sont à bout de forces, pris en étau entre la carrière et la décharge.

Les habitants déclarent qu’ils sont à bout de forces, pris en étau entre la carrière et la décharge. Ils expliquent que, d’un côté, ils subissent les odeurs nauséabondes de la décharge et que, de l’autre, ils endurent la poussière de la carrière. Ils rappellent que cela fait plusieurs années qu’ils réclament une solution. 

« Dans cette atmosphère, c’est la mort lente. Cet endroit nous étouffe et nous vole nos jours. Si mon budget me le permettait, je serais déjà loin… Et je ne suis pas le seul : beaucoup partagent ce souhait, mais se heurtent à la même réalité financière », déplore Lahcen. 

Crises respiratoires permanentes 

A Reggada et les villages environnants, la silicose et les affections respiratoires chroniques sévissent au quotidien. Les particules fines générées par le broyage mécanique pénètrent profondément dans l’appareil respiratoire, transformant ces zones en une zone de crise sanitaire pulmonaire.

« Les poussières émises par la carrière impactent lourdement notre santé », déplore Lahcen. Il explique que les habitants souffrent d’allergies et de problèmes respiratoires à cause de cette pollution. Il dit que lui-même est atteint d’asthme et d’allergies. « Je dépends au quotidien d’un inhalateur. Selon mon médecin, ma maladie est directement liée à l’inhalation de ces poussières », dit-il. Il ajoute : « La situation s’aggrave dramatiquement dès que le vent se lève. Un nuage de poussière asphyxiant recouvre instantanément Reggada ».

Aux abords de Reggada, le village d’Aïn Maarouf partage le même calvaire environnemental. Étouffée par les poussières continues de la carrière voisine, la population locale exprime un profond désarroi face à la dégradation de ses conditions de vie.

Les populations riveraines souffrent massivement d’asthme à cause de cette poussière.

Sur la route menant à Reggada, Mohamed, un agriculteur du douar Ain Maarouf, témoigne de l’urgence de la situation : « Le vent aggrave dramatiquement les nuisances.  Les populations riveraines souffrent massivement d’asthme à cause de cette poussière. Mon frère en est malade et dépend constamment de son inhalateur. »

À Ain Maarouf et les douars périphériques de la carrière, les gens pratiquent l’élevage et cultivent l’olivier, des pommes de terre et des céréales. Mais ces cultures ne sont pas épargnées. « Tout comme notre santé, nos cultures pâtissent énormément de la poussière. Les récoltes se couvrent d’une pellicule blanche, surtout lorsque le vent souffle », déplore Mohamed. 

La question du mode d’extraction sur le site suscite également de vives controverses entre la version officielle des opérateurs et le vécu des riverains. 

Côté des exploitants, le discours se veut rassurant. Les responsables affirment avoir modernisé leurs protocoles d’extraction : le forage aurait pris le dessus et l’usage d’explosifs ne serait plus qu’exceptionnel, « une à deux fois par semaine », sous la supervision d’une commission d’inspection passant « tous les vendredis vers 11 heures du matin ». 

Mais sur le terrain, ce récit officiel vole en éclats. Pour les habitants des douars voisins, les détonations demeurent régulières, violentes et très mal encadrées.  « Le bruit des explosions arrache brutalement nos enfants au sommeil », lâche un villageois croisé dans la zone. Il se remémore avec effroi ce jour où la puissance d’une détonation a projeté des blocs de pierre jusque dans l’enceinte de l’école située près de chez lui.

A lire aussi : El Hajeb : sous la poussière des carrières, un scandale à ciel ouvert

Emploi et contreparties : La grande illusion !

À Reggada comme dans les autres douars, l’amertume est profonde. Non seulement les riverains subissent les nuisances sans toucher la moindre compensation, mais le cahier des charges est, selon eux, bafoué. La promesse d’un impact économique local s’est évaporée. Si le cahier des charges initial imposait à l’exploitant d’embaucher prioritairement la population locale, la réalité montre tout autre chose.

Cette carrière emploierait rarement les villageois, privilégiant des « techniciens externes qualifiés ». 

Pour justifier leur activité face à la détresse locale, les exploitants mettent en avant leurs autorisations légales et les retombées économiques.  Un argument balayé par les riverains : cette carrière emploierait rarement les villageois, privilégiant des « techniciens externes qualifiés ». 

« À Reggada, personne ne travaille dans la carrière »

« À Reggada, personne ne travaille dans la carrière », tranche Lahcen, père de cinq enfants. Il confirme que la majorité des ouvriers viennent des autres régions. 

La population déplore également l’absence d’infrastructures de base et l’insuffisance flagrante des services de proximité. Dès les premières pluies, le quotidien bascule dans le calvaire : le défilé ininterrompu des poids lourds broie les pistes et les routes de la commune, les rendant totalement inutilisables. 

Par Naima Cherii 

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