Guerre contre l’Iran : Contrôle des élites par une « Fureur épique »
Dans cette tribune, l’autrice affirme que « derrière les discours officiels, cette guerre révèle un système où l’hégémonisme ne repose plus sur le droit, mais sur le contrôle des élites par l’influence et le chantage ». Tribune de Laila Naji.
| Par Laila Naji
I. Cadre Opérationnel et Juridique du Conflit
1. Principales attaques :
• Opération « Fureur épique » (Epic Fury) : C’est le nom de code de la campagne militaire massive lancée par les États-Unis sous l’administration Trump.
• Opération « Lion rugissant » (Roaring Lion) : C’est le nom de code de l’offensive parallèle menée par Israël contre les infrastructures nucléaires et militaires iraniennes.
• Opération « Promesse honnête III » : Il s’agit du nom donné par l’Iran à sa riposte de missiles et de drones lancée en représailles contre Israël et les bases américaines dans la région.
2. Sur le plan du droit international :
• Pour le Secrétariat général de l’ONU, il s’agit d’un Conflit Armé International, mais il reste paralysé par le débat sur la légalité de la “frappe préventive”.
• Alors que la Résolution 3314 de l’Assemblée générale, définit l’agression comme l’emploi de la force armée par un État contre la souveraineté ou l’intégrité territoriale d’un autre État sans mandat du Conseil de sécurité.
• L’assassinat du Guide suprême le 2 mars est présenté comme un “homicide extrajudiciaire” violant la Charte des Nations Unies.
• L’usage de la force armée par l’Iran contre le territoire de pays qui n’ont pas officiellement déclaré la guerre est considéré comme une violation de l’Article 2(4) de la Charte des Nations Unies.
II. Analyse Comparative : Les Parallèles avec 1939
À bien des regards, on peut assimiler certains points de cette guerre à celle de la seconde guerre mondiale. Voici un bref comparatif et analyse brève actuelle.
3. L’Ego et la Supériorité : Comme en 1939, les dirigeants (Trump, Netanyahou, Poutine, Mollahs) sont portés par un ego démesuré. Convaincus d’être dans leur bon droit, ils refusent tout compromis, ce qui rend la guerre inévitable.
4. On envahit ses voisins sans complexe comme en 1939 : Les frontières ne sont plus sacrées. La Russie prend l’Ukraine, les USA interviennent au Venezuela pour le pétrole, et Israël avance chez ses voisins. C’est le retour de la loi du plus fort.
5. La “Paix” pour justifier la guerre : On nous vend de la “stabilité” pour cacher qu’on écrase les plus petits. C’est exactement la même technique qu’en 1939.
6. Palestine, la nouvelle Pologne : En 1939, l’invasion de la Pologne a tout déclenché. Aujourd’hui, Gaza est l’étincelle et l’argument n°1 pour Israël surtout après le 7 octobre, pour frapper partout, aspirant les USA et l’Iran dans un conflit mondial.
7. L’ONU est devenue la “SDN” (Société des Nations) : Totalement impuissante, l’ONU ne fait que des discours, bloquée par le veto. Les USA créent leurs propres instances, comme le “Conseil de la Paix” de Trump, pour imposer leur loi sans rendre de comptes.
8. Balfour : C’est le retour des guerres “sacrées”. Israël utilise la Tora pour la “terre promise”, alors que les accords de Balfour de 1917 étaient purement politiques, et l’Iran chiite se veut le guide de tous les musulmans et s’imposer au moyen orient.
III. Stratégies de Puissance et Chantage Mondial
9. La “Paix” utilisée comme une arme : Trump et Netanyahou parlent de stabilité tout en menant des opérations militaires agressives. On fait la guerre au nom de la paix, une rhétorique qui rappelle les accords de Munich où l’on sacrifiait la souveraineté des petits pays pour une illusion de sécurité.
10. L’alliance des intérêts (Idéologie vs Économie) : Le duo USA-Israël montre un double visage : là où Israël met en avant une question de survie et le problème palestinien, les USA de Trump en profitent pour régler leurs préoccupations économiques (pétrole, contrôle des routes maritimes). C’est le mélange parfait entre une cause coloniale et un impérialisme pur.
11. Le bouclier américain (bases partout) : Les USA ont placé des bases militaires partout dans le monde. Résultat : leur pays est en sécurité, mais ils entraînent d’autres pays dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie.
12. L’Axe de la Résistance (La stratégie de la pieuvre) : l’Iran a bâti son propre réseau pour bouter les USA hors du Moyen-Orient. Ce n’est pas une armée classique, mais une pieuvre : le Hezbollah au Liban (son bras armé le plus solide), les Houthis au Yémen (pour tenir les mers), et les milices en Irak et en Syrie.
13. Le piège du retrait américain : C’est le coup de maître du business. Les USA poussent les pays du Golfe à riposter contre l’Iran, ils vont surement battre en retraite et laisser le Golfe s’épuiser dans une guerre qu’ils ne voulaient pas pendant que les USA vont s’enrichir en leur vendant des armes.
14. Le chantage au pétrole contre la Chine : En contrôlant le pétrole du Golfe et du Venezuela, les USA tiennent la Chine à la gorge. Si elle ne peut plus acheter de pétrole, son économie s’effondre. Elle pourrait réagir de façon désespérée, comme le Japon en 1941 quand les USA ont imposé l’embargo qui a fortement fragilisé son économie, contribuant à l’escalade qui mena à l’attaque de Pearl Harbor. la chine , va-t-elle vivre le même scénario?.
15. L’Europe et le Japon, clients forcés : Pris à la gorge par leur besoin de sécurité (face à la Russie) ou d’énergie, ils sont devenus les premiers clients mondiaux des USA pour l’armement. Ils se ruinent pour acheter des F-35 ou des missiles, finançant l’économie américaine pour obtenir une protection qui les rend totalement dépendants.
16. L’Espagne : A l’instar de sa position pendant en 1939, s’est montrée neutre, du moins officiellement, même si des alliances éphémères et stratégiques ont existé, accompagnées d’une certaine sympathie pour l’Axe (Allemagne, Japon, Italie). Sa neutralité était principalement due à sa faiblesse après la guerre civile. De la même manière, elle s’est montrée aujourd’hui neutre, voire parfois critique dans ses propos face à la guerre menée contre l’Iran. Cette neutralité s’explique cette fois-ci en grande partie par la guerre d’Israël contre Gaza, qui a entraîné la mort de milliers de Palestiniens, leur déplacement massif et une forte sensibilité politique et sociale autour de la question palestinienne.
IV. Les Blocs Régionaux : Russie, Golfe et Afrique du Nord
17. La Russie : la Russie et la Chine soutiennent Téhéran par le renseignement pour affaiblir Washington, tout en évitant une implication militaire directe. Cette nouvelle guerre gèle les pourparlers de paix concernant l’Ukraine, installant durablement une usure où Moscou la paye au prix fort. Même si on croit que la Russie profite de l’implication des USA dans la guerre contre l’Iran.
18. Les pays du Golf : Une absence de réaction, est perçue comme un abandon par les américains. Le doute sur la protection américaine n’est pas nouveau, déjà en 2019 les États-Unis n’avaient pas riposté militairement, contre les attaques des installations pétrolières saoudiennes (Iran ou Yemen). Aussi les pays du golf expriment le sentiment que l’armée américaine se concentre sur la protection de ses propres troupes et d’Israël, les laissant “seuls” face aux frappes sur leur sol.
19. L’Afrique du Nord (Le chantage aux alliances) :
a) L’Algérie est dans un étau, elle se trouve dans une position critique où ses alliances historiques deviennent des vulnérabilités. Avec plus de 75 % de son équipement militaire provenant de Moscou, Alger craint, à l’instar des pays du Golfe, que la Russie ne privilégie ses propres fronts au détriment de ses engagements extérieurs. Par ailleurs, son soutien politique traditionnel à l’Iran place désormais le pays sous la menace de sanctions américaines, ce qui pourrait compromettre ses exportations de gaz vers l’Europe, son principal client surtout si le Maroc réussit son pari gazoduc Maroc-Nigéria, bien que le succès de ce projet reste encore à démontrer, l’Algérie perdra son principal levier de pression sur l’Europe. Malgré cela, Alger tente de maintenir une neutralité de façade, (Le 2 mars 2026, Alger a surpris en condamnant fermement les attaques iraniennes contre les pays « frères » du Golfe (Arabie Saoudite, EAU) pour éviter que le conflit iranien ne serve de prétexte à une déstabilisation de ses frontières, tout en persistant dans sa posture de rivalité agressive vis-à-vis du Maroc.
b) le Maroc convergence d’intérêts. Le Maroc a rompu ses relations avec Téhéran (en 2018 notamment) bien avant les Accords d’Abraham, à cause de l’ingérence de l’Iran, via le Hezbollah, dans la formation militaire du Polisario sur le sol algérien (utilisation de missiles sol-air (SAM-9, SAM-11), tactiques de guérilla et au creusement de tunnels.). En rejoignant le bloc Washington-Israël, le Maroc n’a pas “inventé” un ennemi ; il a simplement trouvé les moyens technologiques (drones, cybersécurité) et le poids diplomatique nécessaires pour contrer une menace iranienne qu’il subissait déjà.
c) le polisario est considéré comme une composante de facto de « l’Axe de la Résistance » au Maghreb, créé et dirigé par l’Iran. Bien qu’il ne fasse pas officiellement partie de cet axe, le Polisario, en raison de relations idéologiques ainsi que d’accusations de soutien en équipement et en formation militaire par l’Iran via le Hezbollah, selon les déclarations du Maroc (qui ont conduit à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays), pourrait représenter un facteur de risque pour la sécurité régionale. Dans le même sens, certains responsables américains ont également évoqué la possibilité de contacts ou de liens entre des éléments du Polisario et des groupes extrémistes actifs dans la région sahélienne.
La diplomatie est morte. On utilise la religion, la Palestine et les besoins énergétiques pour redessiner le monde par la force.
V. L’Architecture de l’Affrontement et du Numérique
20. L’IA et la Guerre de l’Information (La Propagande 2.0) : Si en 1939 la radio servait à manipuler les masses, en 2026 l’Intelligence Artificielle est devenue l’arme de désinformation massive. On crée de faux massacres, de fausses vidéos de dirigeants (Deepfakes) pour briser le moral de l’ennemi ou justifier des frappes illégales. C’est une guerre invisible où la vérité est la première victime. Les algorithmes enferment chacun dans sa propre réalité, rendant tout dialogue impossible et attisant une haine numérique qui se transforme en bombes réelles sur le terrain. Alors que la propagande en 1939 était descendante (radiotélévision journaux.) la propagande aujourd’hui est participative, d’où le danger de la non-communication officielle. Pour se faire une idée soi-même, Courrier International : Excellent pour voir comment une même information est traitée différemment par la presse iranienne, américaine ou arabe.
VI. Synthèse Finale
Les secrets compromettants pèsent plus lourd que le destin des peuples, transformant les nations en simples pions d’un échiquier corrompu.
21. En résumé : La diplomatie est morte. On utilise la religion, la Palestine et les besoins énergétiques pour redessiner le monde par la force. Derrière les discours officiels, cette guerre révèle un système où l’hégémonisme ne repose plus sur le droit, mais sur le contrôle des élites par l’influence et le chantage. À l’image des réseaux d’ombre type « Epstein », la géopolitique de 2026 semble être dictée par une oligarchie mondiale dont les intérêts privés et les secrets compromettants pèsent plus lourd que le destin des peuples, transformant les nations en simples pions d’un échiquier corrompu.
8 mars 2026
Note de la rédaction : Les textes de la rubrique « Tribune » ne représentent pas nécessairement l’avis de la rédaction de ENASS.ma