Les Exilés et leurs droits culturels

Livre 2

« Les droits culturels à l’œuvre, la personne au cœur » est un « ouvrage collaboratif » coordonné par Danielle Pailler chez En Toutes Lettres. Dans cet extrait Rosaria Ruffini s’interroge « Qui a le droit de créer ? » et s’interroge sur les pratiques artistiques des personnes en situation de migration entre stigmatisation et résistance. Bonnes feuilles. 

« Le récit proposé par la propagande raciste anti-migrants et diffusé par les réseaux sociaux et les médias, présente [les] actions musicales [organisées dans les camps] comme une preuve de fausseté et de dissimulation : les gens qui chantent ne peuvent être de “vrais réfugiés”, car ils sont “joyeux”. Lorsqu’ils chantent sur les bateaux traversant la Méditerranée, ils démontrent qu’ils ne sont pas des “demandeurs d’asile” car ils ne sont pas nécessiteux, mais “forts et souriants”. Lorsqu’ils dansent sur des navires de sauvetage, ils exploitent les politiques d’accueil en transformant les navires en “discothèques”. Lorsqu’ils improvisent des rimes dans les centres d’accueil, ils risquent même d’être dénoncés et poursuivis. 

Leur réaction créative est un acte de défi et de bien-être qui ne convient guère à un migrant. Le même acte est au contraire considéré comme un exemple vertueux de résilience lorsqu’il est accompli par des citoyens et des résidents : ainsi, pendant le confinement lors de la pandémie de covid-19, quand les réseaux sociaux ont été inondés de vidéos de citoyens confinés chantant et jouant de la musique à leur fenêtre.

« Créer est-il un crime ou un symbole de résilience ? ».

Créer est-il un crime ou un symbole de résilience ? Cela dépend de qui le fait. La stigmatisation et la discrimination des migrants passent aussi par la négation de leurs droits culturels. »

« La stigmatisation et la discrimination des migrants passent aussi par la négation de leurs droits culturels. »

Rosaria Ruffini est Marie Curie Fellow à l’Université Ca’ Foscari de Venise en Théâtre et Sociologie de la Migration. Actuellement elle dirige le projet de recherche interdisciplinaire «Playing at the Gateways of Europe: theatrical languages and performatives practices in the Migrant Reception Centres of the Mediterranean Area» financée par la Commission Européenne dans le cadre du Programme de recherche et Innovation Horizon 2020. Elle a enseigné les Performance Studies en France (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Université de Franche Comté, Mines Paris PSL) et en Italie (Université IUAV de Venise).

Les droits culturels à l’oeuvre, la personne au coeur | collectif coordonné par Danielle Pailler | octobre 2024 | 356 pages | 95 DH / 20 €. Pour commander : 

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