L’Etat de droit, l’autoritarisme et les avocats 

Couverture du livre (1)

En partenariat avec la maison d’édition En Toutes Lettres, ENASS.ma publie en exclusivité les bonnes feuilles du livre posthume de Maitre Abderrahim Berrada intitulé : « Abderrahim Berrada – Paroles libres pour l’Histoire ». Dans ce premier extrait, il revient sur le combat de sa vie : « L’État de droit ».

Sur l’Etat de droit, sur la lutte contre l’impunité. Extrait : 

[…]

« La démocratie est antinomique de l’autoritarisme, le développement est soumis au droit, tout le droit, dont, principalement, les droits de l’Homme ».

« Bref, s’agissant d’un État de droit, puisque la démocratie est antinomique de l’autoritarisme, le développement est soumis au droit, tout le droit, dont, principalement, les droits de l’Homme. Ces derniers autorisent, lorsque les gouvernants se laissent aller à des malversations – détournements, corruption, etc. – à les déférer devant les tribunaux pour les sanctionner. C’est dire que, dans ces conditions, l’impunité des coupables est inconcevable. Dans le scénario contraire, les gouvernants peuvent s’enrichir illégalement, sans crainte de sanction. En conséquence, saigné à blanc, le pays n’a guère de chance de se développer. C’est ce que nous constatons dans de nombreux “pays du Sud”, notamment dans les républiques bananières et les monarchies moyenâgeuses où le pouvoir échappe à tout contrôle populaire et judiciaire. Pour conclure, je dirai que les droits de l’Homme ne sont pas un luxe dont on pourrait se passer, serait-ce pour un temps, en attendant d’accéder au développement. Ils sont un but en soi et tout ce qui sert la dignité est urgent. »

« Les gouvernants peuvent s’enrichir illégalement, sans crainte de sanction. En conséquence, saigné à blanc, le pays n’a guère de chance de se développer ». 

Sur la profession d’avocat : 

« Si l’avocat est souvent dénoncé, en particulier par une opinion publique fascisante, comme “pinailleur”, voire “magouilleur”, c’est uniquement parce qu’il oblige les autres acteurs du procès à porter leur regard sur tel ou tel aspect de l’affaire que leur paresse, ou bien leur intérêt, les ont empêchés de regarder. Ennemi de la vérité abusivement proclamée comme établie, ennemi de l’apparence et de l’évidence, l’avocat contraint les autres à envisager d’autres visions de l’affaire. Sceptique, logicien, donc philosophe, il devient forcément un censeur, un hérétique en danger de lynchage. Dans un véritable État de droit, non seulement on ne l’attaque pas pour ce rôle d’opposant, mais, au contraire, on lui rend hommage, on le respecte. C’est ce respect qui explique que, dans les États soucieux d’avoir une vraie justice, les avocats bénéficient d’une immunité protégeant leur action, à commencer par la liberté totale de leur parole. Dans un État de droit, l’avocat a un prestige social considérable et c’est ce qui explique qu’il est souvent appelé à jouer un rôle éminent dans la société et l’appareil étatique.

« Ennemi de la vérité abusivement proclamée comme établie, ennemi de l’apparence et de l’évidence, l’avocat contraint les autres à envisager d’autres visions de l’affaire »


Donc, oui, l’avocat véritable doit pouvoir être un gêneur. À cet égard, j’ajouterai que, pour remplir cet office, non seulement il lui faut être doté d’une forte personnalité, mais, en outre, il doit avoir bénéficié d’une formation allant dans ce sens. C’est ce que le stage doit lui apprendre et qu’il doit continuer à cultiver après par la fréquentation des audiences. Il y observera la manière – une extrême audace – avec laquelle ses aînés se comportent dans le cadre de grands procès, notamment criminels. C’est ce qui explique que le Président du tribunal, ou de la cour, qui écoute un avocat ne peut commettre l’indélicatesse de l’interrompre. Qui plus est, ce dernier ne peut se permettre de commenter négativement ses propos. La raison en est qu’il a été formé à l’école de la liberté d’expression, comme cadre général, et dans l’éthique des droits de la défense, en tant qu’impératif professionnel. »

NB : Les titres et accroches sont de la rédaction de ENASS.ma

Abderrahim Berrada – Paroles libres pour l’Histoire

Propos recueillis par Didier Folléas

Préfaces de Me Henri Leclerc et Me Abderrahim Jamaï

Prix public Maroc : 150 DH

Dans les librairies à partir de 10 décembre

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