Mondial : Ces enfants de la diaspora qui ont fait tomber les Oranje   

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En éliminant les Pays-Bas au Mondial 2026, des joueurs ont aussi réglé un compte intime avec leur pays de naissance. Formés dans les académies néerlandaises, ils ont choisi le maillot du cœur. Un choix sportif que la montée de l’extrême droite aux Pays-Bas n’a fait qu’accélérer.

Il y a quelques années Ronald Koeman disputait une autre rencontre contre Noussair Mazraoui. Il avait cinq minutes pour convaincre Mazraoui pour porter le maillot orange. Il n’en a eu besoin que d’une seule pour comprendre que la partie était perdue d’avance. 

 « Au moment de choisir entre le Maroc et les Pays-Bas, j’ai eu une conversation avec Ronald Koeman… Rejoindre les Lions de l’Atlas est un choix qui vient du cœur. »

 Noussair Mazraoui

Dans le documentaire Les Lions de l’Atlas, Mazraoui raconte son échange décisif avec le sélectionneur néerlandais Ronald Koeman, qui aurait compris en quelques minutes que sa décision était déjà prise — et que son attachement allait au Maroc. Mazraoui a rejoint les Lions de l’Atlas en 2018, alors qu’il était pourtant convoité par les Oranje.

Cette rencontre a illustré la situation particulière de nombreux joueurs maroco-néerlandais : profondément liés aux Pays-Bas par leur formation, mais engagés sportivement avec le Maroc. Cette dynamique contribue aujourd’hui à faire de la sélection marocaine l’une des équipes les plus représentatives de la diaspora installée aux Pays-Bas.

En 2016, une autre gloire du football hollandais, Marco van Basten, critiquait le choix de Hakim Ziyech de jouer pour le Maroc : « Comment peut-on être assez stupide pour opter pour le Maroc quand on est éligible pour l’équipe des Pays-Bas ? » ! L’histoire montrera tout le contraire…

Un chemin de retour 

Match

Quatre internationaux marocains formés aux Pays-Bas : Mazraoui, Salah-Eddine, Amrabat nés sur place, Saibari formé dans les académies d’Ajax et du PSV.


Aux premières heures du matin du 30 juin 2026, Ismail Saibari qualifiait le Maroc pour le tour suivant de la Coupe du monde. En marquant ce but décisif, l’attaquant éliminait aussi son deuxième pays, celui de son enfance et de sa formation footballistique. Quatre joueurs de la sélection marocaine sont nés (Noussair Mazraoui, Anass Salah-Eddine, Sofyan Amrabat) ou ont grandi (Saibari) aux Pays-Bas, tous formés dans les académies de l’Ajax ou du PSV Eindhoven. En battant les Oranje, ces enfants d’immigrés marocains transforment un choix de cœur en choix de raison.

Un basculement générationnel

Au début des années 2000, la balance penchait du côté néerlandais : des joueurs comme Ibrahim Afellay ou Khalid Boulahrouz avaient peu hésité à porter le maillot orange. Une décennie plus tard, la tendance s’est inversée — portée à la fois par les résultats sportifs du Maroc et par le climat politique aux Pays-Bas.

Pour Mazraoui, Saibari ou Salah-Eddine, choisir le Maroc ne s’accompagne pas d’un rejet des Pays-Bas : tous reconnaissent ce que le football néerlandais leur a apporté. Mais dans leurs témoignages reviennent sans cesse les mêmes mots — cœur, racines, famille. Mazraoui l’a ré sumé sans détour : son choix du Maroc fut avant tout un choix du cœur, le principal dénominateur commun de cette génération d’internationaux issus de la diaspora.

Match

Une identité marocaine revendiquée

Ils parlent généralement le néerlandais comme langue maternelle et ont porté les couleurs des sélections de jeunes des Pays-Bas. Mais chez beaucoup, l’identité familiale et culturelle marocaine reste déterminante. Le cas de Mazraoui est sans doute le plus emblématique.  Son parcours illustre une tendance observée depuis plusieurs années : des joueurs parfaitement intégrés aux Pays-Bas qui considèrent la sélection marocaine comme l’expression de leur identité familiale.

Le parcours d’Anass Salah-Eddine est plus sinueux. Né à Amsterdam, il a porté le maillot néerlandais dans toutes les catégories de jeunes, jusqu’aux Espoirs. Quelques mois plus tard, sa position évolue : en octobre 2025, la FIFA valide officiellement son changement de nationalité sportive vers le Maroc. Les médias néerlandais et marocains soulignent alors qu’il a définitivement choisi les Lions de l’Atlas, après avoir pourtant disputé l’Euro Espoirs avec les Pays-Bas. Son cas montre que ce choix n’est pas toujours précoce : certains joueurs explorent d’abord toutes les voies offertes par le système néerlandais avant de se tourner vers le Maroc à l’âge adulte.

Les observateurs néerlandais avancent plusieurs explications. D’abord, le Maroc est devenu une sélection attractive depuis la demi-finale historique du Mondial 2022 : les joueurs savent qu’ils participeront régulièrement à la CAN et aux Coupes du monde. Mais un autre facteur, plus politique, pèse indirectement sur ce choix sportif : la montée des discours anti-immigration aux Pays-Bas.

Le poids du climat politique néerlandais

Entre 10 et 15 % des intentions de vote pour le PVV de Wilders : un climat politique qui pèse, en creux, sur les choix sportifs de la diaspora.


L’extrême droite néerlandaise est principalement incarnée par le PVV de Geert Wilders, parti ouvertement anti-immigration et islamophobe. Sans être majoritaire, elle pèse lourd dans le débat public : le PVV a été le premier parti en 2023, puis a participé au gouvernement entre 2024 et 2025, recueillant entre 10 et 15 % des intentions de vote. Les campagnes électorales de 2025 ont largement tourné autour de l’immigration et de l’identité nationale.

Dans ce contexte, le choix sportif de ces footballeurs issus de l’immigration prend une dimension qui dépasse le terrain : celui d’un attachement réaffirmé au pays du cœur, face à un pays de naissance dont le débat public les renvoie parfois à leurs origines.

Le 30 juin 2026, en sortant les Pays-Bas du Mondial, Saibari et ses coéquipiers n’ont pas seulement gagné un match. Ils ont refermé, sur le terrain, un débat identitaire qui se joue depuis des années dans les urnes néerlandaises.

A la fin du match, Geert Wilders, leader islamophobe du PVV posté sur le réseau « X », une félicitation estimant que le Maroc aurait bénéficié d’un arbitrage favorable. Il est raciste et mauvais perdant…

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