« Ouled Ziane », une frontière de l’Europe

Visuel Edito Enass
Salaheddine Lemaizi,
rédacteur en chef de ENASS

La situation des exilés (sur)vivants près de la gare d’Ouled Ziane à Casablanca est la conséquence d’une politique méthodique d’éloignement des migrants des frontières de l’Espace Schengen. Désormais la frontière de l’Union européenne n’est plus Algeciras mais bien Casablanca au cœur du Maroc.

La frontière Schengen n’est plus Algeciras mais bien Casablanca au cœur du Maroc.

Le Maroc comme espace de transit s’est transformé depuis 2018 et surtout à partir de 2022 en un terminus forcé pour les personnes en migration souhaitant rejoindre l’Europe par le nord ou le sud du royaume. Avant la tragédie du 24 juin 2022, la frontière de l’Europe était la province de Nador. Depuis ce crime migratoire, la frontière européenne est désormais située à Casablanca, Béni Mellal, Chichaoui ou encore à Ouarzazate.

Les autorités marocaines s’activent à contenir les migrants entre Casablanca et Agadir

Les autorités marocaines, dans le cadre de leur sous-traitance des politiques européennes, s’activent depuis des années à contenir les migrants entre Casablanca et Agadir. Les personnes en migration sont « acceptées » dans ces territoires comme main d’œuvre à exploiter par le grand capital agricole ou dans le BTP et la restauration. Mais leur projet migratoire est bloqué par les multiples déplacements forcés, dont les conséquences meurtrières se sont manifestées lors de l’accident du 1er février près de Tata où un autocar transportant de migrants depuis Laâyoune vers Ouarzzate s’est renversé causant 5 morts et 27 blessés parmi les migrants. 

La gare d’Ouled Ziane est aujourd’hui le triste symbole de ces politiques migratoires espagnoles, marocaines et européennes volontairement inhumaines et mettant dangereusement en péril la fragile paix sociale dans un quartier paupérisé. 

Le gouvernement regarde ailleurs. Les autorités locales se trouvent à gérer une situation intenable. Les services de police sont appelés, en urgence, à intervenir pour arrêter et criminaliser des migrants, désespérés et éreintés par l’hiver et le harcèlement, de toutes parts. 

La justice est appelée en renfort contre les migrants pour clore une opération punitive expéditive. Un acteur fait figure de grand absent : les élus locaux (Région et Conseil de la ville) pourtant aux prérogatives claires dans le domaine migratoire, font l’autruche. 

Vue la persistance des gestionnaires de la migration à Madrid, Bruxelles et Rabat à vouloir repousser les frontières Schengen à l’intérieur du Maroc, la situation à Ouled Ziane ou à Beni Mellal continuera de se détériorer. La réponse à cette « crise de l’accueil » n’est ni sécuritaire ni judiciaire, elle est d’abord politique, sociale et humanitaire. A défaut d’une nouvelle politique migratoire, Ouled Ziane continuera – hélas- dans les prochaines semaines à être le théâtre d’accrochages entre population locale et personnes en migration. Une hypothèse qui arrangerait les xénophobes et les marchands de haine.

A lire aussi : Ouled Ziane, Réalités des squats de migrants

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