Pour l’Histoire : Les paroles libres de Me Berrada

Whatsapp image 2026 01 06 at 20.03.33

Figure essentielle du combat pour les libertés, Abderrahim Berrada a fait du droit un espace de résistance, de la parole un outil de libération. Les entretiens recueillis par Didier Folléas sur vingt années, dessinent le portrait d’un homme qui traverse l’Histoire avec droiture, lucidité et fidélité à l’aide d’une éthique sans compromis.

Lors de la rencontre de présentation de Paroles libres pour l’Histoire, organisée au siège de l’AMDH à Rabat, Didier Folléas et Me Abderrahim Jami, ont échangé avec Kenza Sefrioui autour de l’ouvrage. Militantes et militants, amies et amis, journalistes et jeunes générations s’étaient rassemblé·e·s pour assister à cette discussion, et rendre hommage à la pensée d’Abderrahim Berrada.

Abderrahim Berrada (1938-2022), l’un des visages majeurs du mouvement des droits humains au Maroc. Son courage, son indépendance d’esprit et sa ténacité ont marqué les luttes politiques de plusieurs générations. Avocat des militant·e·s poursuivi·e·s dès les années 1960  dont Abraham Serfaty  il incarne une parole forte dans un paysage judiciaire où l’État de droit était souvent mis à l’épreuve. 

« Un livre pour décrypter la dictature et penser la justice » 


« J’ai rencontré Abderrahim Berrada peu après mon arrivée à Casablanca, en 1987. Je connaissais alors peu ce pays qui m’a immédiatement fasciné, et dont j’ai voulu comprendre la complexité. Le hasard m’a conduit à rencontrer Adil Hajji, brillant intellectuel, qui m’a ensuite présenté Me Berrada. J’ai été frappé par sa culture, son parcours, son courage en tant qu’avocat,et par son sens profond de la dignité humaine et son exigence de justice », explique Dédier Folléas.

 Et d’ajouter : « C’est de ces rencontres qu’est née l’idée d’un livre d’entretiens. Je tiens à préciser que feu Abderrahim Berrada en est l’auteur principal : je n’ai fait que recueillir ses propos, porté par la confiance qu’il m’accordait, sans renoncer à mon recul critique », affirme-t-il.

Ww

La mémoire d’Abderrahim Berrada permet de saisir à travers le récit de ses propres expériences, l’ampleur des attentes démocratiques portées par de nombreuses Marocaines et nombreux Marocains, de la résistance à la colonisation jusqu’au règne de Hassan II.

La mémoire d’Abderrahim Berrada permet de saisir à travers le récit de ses propres expériences, l’ampleur des attentes démocratiques portées par de nombreuses Marocaines et Marocains, de la résistance à la colonisation jusqu’au règne de Hassan II. Ses souvenirs donnent à voir, de façon circonstanciée, les mécanismes de répression qui ont brisé ses aspirations. On revit, sous sa plume, ses échanges avec Ben Barka, Omar Benjelloun, Bouabid, Assidon, Serfaty et bien d’autres. On le suit au cœur des procès des années 1970 et 1980, où l’on perçoit la dureté extrême infligée aux prévenus politiques.

« C’est un livre qui nous offre des clés essentielles pour comprendre des périodes de notre histoire qu’il ne faut pas oublier »

Kenza Sefrioui, éditrice.
Enass media pres1 jj

« C’est un livre qui nous offre des clés essentielles pour comprendre des périodes de notre histoire qu’il ne faut pas oublier, mais aussi les luttes des générations qui nous ont précédé·e·s : leurs combats pour la justice sociale, la démocratie et les droits humains. Tout cela doit absolument être transmis. C’est aussi un livre qui analyse et éclaire les mécanismes de la dictature, mais aussi la manière dont le droit peut devenir un outil pour bâtir la dignité, la justice et la démocratie », souligne l’éditrice Kenza Sefrioui.

Berrada livre en outre des informations méconnues sur des épisodes déterminants : le récit de son contact téléphonique avec le ministre de l’Intérieur Driss Basri, à la veille de l’expulsion de Serfaty est révélateur. Il interroge également les reniements de certaines personnalités. En juriste confronté de plein fouet aux pratiques judiciaires des « années de plomb », il décrit avec précision les dysfonctionnements d’une justice soumise au politique. Orateur remarquable, rigoureux du droit, il détaille les stratégies de défense qu’il élabore, notamment celles qui permettrons d’obtenir le retour d’Abraham Serfaty, un épisode particulièrement éclairant.

« C’est le livre de réflexion d’un homme qui a profondément aimé son pays, au point de le souhaiter toujours plus beau, plus digne, plus juste. »

Dédier Folléas, co-auteur du livre 

Le livre de Me Abderrahim Berrada, laisse ainsi une pensée qui continue de résonner : en relisant son analyse du passé et ses espoirs pour l’avenir, on mesure combien sa parole demeure une boussole pour comprendre les luttes démocratiques toujours en cours.

Didier Folléas conclut en rappelant l’essentiel : « C’est le livre de réflexion d’un homme qui a profondément aimé son pays, au point de le vouloir toujours plus beau, plus digne, plus juste. »

À Lire aussi
  • Les histoires d’amour finissent…

    Dans un remarqué second roman, l’écrivaine canado-égyptienne Noor Naga raconte une histoire d’amour condamnée par tous.

    Un égyptien peut il parler anglais
    16 janvier 2026
  • Des récits pour mieux sensibiliser

    En toutes lettres (ETL), en collaboration Enass.ma, a le grand plaisir de vous présenter le résultat de son programme « Storytelling pour l’égalité », programme rendu possible grâce au soutien de l’Institut français du Maroc (IFC). Présentation des dix textes prévus pour cette édition par Hicham Houdaïfa et Kenza Sefrioui, co-fondateurs de ETL.

    Whatsapp image 2026 01 15 at 19.19.14

    Récits

    15 janvier 2026
  • Alerte aux écrans

    Dans un essai coup de poing, le chercheur français Michel Desmurget alerte sur les ravages des écrans sur les cerveaux.

    La fabrique du crétin digital
    9 janvier 2026
  • Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


    Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix