Racisme et négrophobie : les deux rives de la Méditerranée à l’épreuve
La montée des discours racistes au Maroc et des violences ciblant des migrants marocain.es et maghrébin.es en Espagne sonnent l’alerte parmi des organisations des droits humains des deux côtés de la Méditerranée sonnent l’alarme. Le diagnostic de l’Institut Prometheus pour la Démocratie et les Droits Humains, l’OMDH et ATTAC Maroc. Lectures croisées.
Elles dénoncent un climat de haine, alimenté par les réseaux sociaux, les partis d’extrême droite et les politiques migratoires européennes, qui fragmente les sociétés et instrumentalise les plus vulnérables.
Discours de haine et peur de l’« Autre »
Ces dernières semaines, les réseaux sociaux marocains ont été le théâtre d’une vague alarmante de discours négrophobes. Des pages sur Facebook, TikTok ou Instagram déversent quotidiennement des messages racistes ciblant les migrant·es originaires d’Afrique subsaharienne. Pour un collectif d’organisations des droits humains, cette dynamique n’est pas un simple dérapage : elle révèle un glissement dangereux vers une rhétorique de haine, où l’Autre devient une menace fantasmée.
« Ces récits alimentent des représentations déshumanisantes, parfois articulées autour de concepts conspirationnistes comme celui du ‘grand remplacement’, révélateurs d’une crise du lien social et d’une peur instrumentalisée de l’‘autre’»
Dans un communiqué collectif intitulé De Rabat à Madrid, l’Institut Prometheus pour la Démocratie et les Droits Humains et le Conseil civil contre les discriminations au Maroc dénoncent cette montée de la haine : « Ces récits alimentent des représentations déshumanisantes, parfois articulées autour de concepts conspirationnistes comme celui du ‘grand remplacement’, révélateurs d’une crise du lien social et d’une peur instrumentalisée de l’‘autre’», souligne le communiqué.
Le communiqué décrit un glissement progressif vers un imaginaire nationaliste et racialisé, où le migrant devient l’ennemi intérieur. « Une forme de reproduction postcoloniale des hiérarchies raciales » est en train de s’installer, alertent les signataires. Ce climat de rejet menace la cohésion de la société marocaine, longtemps fondée sur les valeurs d’hospitalité et de coexistence.
Les discours de haine ne relèvent pas de la liberté d’expression : ils préparent le terrain à la violence physique, psychologique et institutionnelle.
« Les discours de haine ne relèvent pas de la liberté d’expression : ils préparent le terrain à la violence physique, psychologique et institutionnelle, et doivent être contrés de manière rigoureuse et systémique », insiste la même source.
Ce n’est pas qu’un débat d’idées. C’est une question de droits humains fondamentaux. Les signataires rappellent que le droit à la dignité, à la sécurité et à la non-discrimination est protégé par des textes internationaux, mais aussi par la Constitution marocaine.
Ils appellent à un sursaut : condamnation officielle, renforcement des mécanismes de prévention, responsabilisation des plateformes numériques comme Meta, mais aussi travail de fond sur les récits.
Et d’ajouter : « Il est urgent de démanteler les récits de peur et de menace, et de revaloriser les récits de solidarité, de mémoire partagée, et de coexistence historique entre peuples du Sud et du Nord de la Méditerranée »
Torre Pacheco : les Marocain·es deviennent à leur tour des cibles en Espagne
De l’autre côté de la Méditerranée, à Torre Pacheco, dans la province de Murcie, plusieurs actes violents ont été perpétrés contre des Marocain·es et des Algérien·nes. L’Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH) évoque dans son communiqué « de graves et sanglantes persécutions racistes », s’inquiétant d’une montée alarmante du racisme orchestrée par l’extrême droite espagnole.
« L’instrumentalisation de la question migratoire à des fins électorales ».
L’OMDH condamne « les actes racistes perpétrés par les membres du parti d’extrême droite Vox » ainsi que « l’instrumentalisation de la question migratoire à des fins électorales ». Elle alerte sur « les dangers de ces discours pour le tissu social espagnol, mais aussi pour les relations entre le Maroc et l’Espagne».
« Nous appelons à l’ouverture d’une enquête sur ces graves incidents, et à la poursuite de toutes les personnes impliquées, ainsi que de celles qui promeuvent un discours raciste et discriminatoire », conclut le document.
Le racisme comme arme de division
Pour sa part, ATTAC Maroc vient rappeler que ces dynamiques de haine ne tombent pas du ciel. Pour l’organisation, elles s’inscrivent dans un système politique plus large, où le Maroc devient le sous-traitant zélé des politiques européennes de fermeture des frontières.
Dans son communiqué, elle dénonce la délégation de la gestion migratoire aux États du Sud :« L’Union européenne confie la gestion de ses frontières aux pays du Maghreb, leur fournissant financements et équipements, tout en fermant les yeux sur les violations des droits humains. »
« L’État marocain joue le rôle de sous-traitant des politiques migratoires européennes, appliquées de manière décentralisée à travers des projets locaux financés par l’UE ».
Elle accuse également le Maroc de se plier à cette logique : « L’État marocain joue le rôle de sous-traitant des politiques migratoires européennes, appliquées de manière décentralisée à travers des projets locaux financés par l’UE, et relayées par une partie du tissu associatif. »
ATTAC dénonce la manière dont les tensions migratoires sont déplacées vers les quartiers populaires, où s’installe un climat de guerre sociale,« cette stratégie vise à détourner le conflit des responsables réels des politiques coloniales, des accords de libre-échange, du pillage des ressources pour le transformer en confrontation quotidienne entre pauvres marocain·es et migrant·es originaire d’Afrique subsaharienne . »
En écho aux deux autres organisations, ATTAC appelle à une réponse collective :« Nous renouvelons notre rejet des politiques migratoires européennes fondées sur la criminalisation de la migration, et réaffirmons notre solidarité inconditionnelle avec les migrant·es et réfugié·es dans leur lutte pour la liberté de circulation. »
Ces organisations des droits humains convergent autour d’un même constat : la négrophobie, le racisme, l’instrumentalisation politique de la migration ne sont pas des anomalies du système. Ils en sont les rouages.
Face à cela, leur réponse est claire : construire une riposte transnationale, solidaire, ancrée dans les principes de justice, de mémoire collective, et de dignité partagée.
Face à cela, leur réponse est claire : « construire une riposte transnationale, solidaire, ancrée dans les principes de justice, de mémoire collective, et de dignité partagée» .
« Face à la montée des racismes systémiques et des violences intercommunautaires, notre réponse ne peut être que transnationale, solidaire et ancrée dans les principes universels des droits humains », conclut cette association altermondialiste marocaine.