Une revue contre le masculinisme

Revue tamo

Les éditions Kulte lancent leur revue et célèbrent la créativité et la diversité des expressions littéraires et artistiques qui questionnent le patriarcat.

Ckoun Tamo ? « multilingue, féministe et originale », la revue Tamo est « Beldia, Cha3bia, 3roubia, Mdiniya, 9aria, Oummia, Zmagria, Kilimini, Maghribiya ou Gaouria », affirme la 4ème de couverture, qui sert d’édito à ce premier numéro de belle tenue esthétique où l’on rentre directement en contact avec les photos et les textes présentés. Un fil conducteur : des voix reconnues de l’art et de la pensée contemporains, écrites et traduites en arabe, français et anglais. On ouvre la revue sur une grande photo signée Hassan Hajjaj, représentant cinq silhouettes en jellabas et caftans colorés, quatre portant le ltham, une à visage découvert, un homme, un léger sourire aux lèvres. L’image est empruntée au premier long-métrage du photographe, A Day in the Live of a Henna Girl. Page suivante, le dessin de Leila Kutub, des jupes de palmier. Le ton est posé : on interroge ici le genre, la féminité, la masculinité et la relation de domination.

Un bel objet

Parmi les œuvres littéraires présentées, Abdellah Taïa y raconte, dans « Un jardin, en attendant… », l’assignation et la reconnaissance silencieuse entre écorchés de la vie. Dans ses poèmes, Rim Battal dit la lassitude de l’âme et du corps féminin mal aimé. Grande figure de la poésie amazighe, Mririda N’Aït Akik est présente à travers quelques poèmes traduits en arabe et en français.

Tamo, c’est aussi des dossiers consacrés au cinéma. Lilya Ennadre rend hommage à sa mère Dalila Ennadre, récemment disparue, en proposant un magnifique dossier de photos d’El Batalett, femmes de la médina, pour saluer son infatigable travail pour « offrir avec délicatesse un espace de parole aux oublié.e.s de cette terre » : des femmes au travail, en train de manifester ou dans de rares moments de fête. On apprécie aussi le portefolio tiré du Blues des Sheikhates de Ali Essafi.

Dans « Morocco, a country of mommy boy », l’anthropologue japonaise Junko Toriyama interroge le néopatriarcat et la culture du « fils à maman (wuld mmu) » à partir de la scène mondialement vue de l’équipe marocaine de foot célébrant avec leur mère leur victoire à la coupe du monde de 2022. Au Maroc, estime-t-elle, « ce qui transforme le motif de l’amour et de l’affection, ou la modalité d’amour, prend plus de temps que les changements économiques ». Enfin la revue se clôture sur un texte de la chercheuse Ariella Aisha Azoulay, extrait de son livre Potential history – Unlearning Imperialism (Verso, 2019), réécrit après le génocide en cours à Gaza, pour affirmer que « la décolonisation de la Palestine et des Juifs sont inséparables », et inviter à laisser les ruines inhabitées pour que le processus de réparation ne soit pas parasité ni détourné.

Et vous, vous lisez quoi ?

Kenza Sefrioui

Revue Tamo
Collectif
Kulte, 152 p., 150 DH

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