Au congrès de l’AMDH, une Fête de la résistance

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Vendredi 22 mai, le complexe de Bouznika devenait un espace de liberté. Ils sont venus des quatre coins du Maroc, de quatre continents, d’horizons idéologiques divers, pour rendre hommage à l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Reportage

Seul dans un congrès de l’AMDH peuvent se réunir un marxiste-léniniste marocain avec des capitalistes marocains comme Karim Tazi, pour le moins le temps d’une séance inaugurale. L’AMDH tient son congrès, sous le signe du rassemblement des forces de la « résistance populaire ».

Faire le plein

Face au vide et au manque d’audace politique, cette ONG s’est vu confier plusieurs rôles.

La principale association marocaine, maghrébine et arabe de défense des droits humains tient son congrès national. Ce 14ème congrès avait un slogan lourd de sens et aux multiples revendications, résumant les énormes responsabilités pesant sur cette organisation associative. Face au vide et au manque d’audace politique, cette ONG s’est vu confier plusieurs rôles. Elle a l’allure d’un syndicat, d’un parti politique, d’une association de soutien aux victimes des violations des droits humains. Depuis deux décennies, l’AMDH est désormais sur tous les fronts, au point de déranger ces alliés proches, qui l’accusent de rogner sur leur terrain. 

Elle a l’allure d’un syndicat, d’un parti politique, d’une association de soutien aux victimes des violations des droits humains.


Retour à Bouznika. Il est 15h30, une cartographie du Maroc et du monde se dessine par des petits groupes. Fayçal du Rif, Khadija de Rabat, Said de Nador, Farid de Casablanca, Mina de Mohammedia, Tahani de Paris, Ouazzane de Montréal. L’AMDH, c’est officiellement 90 sections du Maroc et quelques sections de l’étranger (France, Belgique, Amérique du Nord). C’est une galaxie de militant-e-s actifs dans leurs syndicats (souvent de l’éducation nationale), les partis de la gauche radicale (La Voix démocratique, La FGD ou le PSU). Le poids dominant des militants issus du Nahj démocratique dérange, faisant l’objet de critiques récurrentes.  L’argument des attaques des autorités à son encontre fait taire les critiques, passant  ainsi l’occasion de faire une autocritique de son propre fonctionnement.  Mais que vaille, l’AMDH continue de fonctionner avec les forces à sa disposition. 

Depuis deux décennies, l’AMDH est désormais sur tous les fronts, au point de déranger ces alliés proches, qui l’accusent de rogner sur leur terrain. 

Il est 16h15. L’enceinte de la grande salle de Complexe arrive à peine à contenir le public venu assister à la conférence inaugurale du congrès.Une deuxième salle est ouverte avec une transmission LIVE de la séance. Quelques 350 congressistes, 60 observateurs, une centaine d’invités nationaux et internationaux. Ici pas d’officiels ou de représentants de l’Etat. Les médias se font rares pour la couverture du congrès. Les médias publics également font l’autruche devant un évènement associatif majeur. 

Yassine Chebli, Figuig et la Palestine

Il est 16h30. Un des derniers journalistes indépendants du pays, Younès Meskine, co-directeur du média The Voice, est le modérateur de cette cérémonie. Première prise de parole, le micro ne marche pas, le son est inaudible. Les équipes de l’AMDH tentent de trouver une solution en urgence. Le président de l’AMDH est mobilisé. L’organisation de la séance laisse à désirer. Pour ceux qui cherchent une organisation parfaite, ils attendront un prochain congrès. Ici tout le monde met la main à la patte. Les moyens demeurent rudimentaires.

Aux premiers rangs, la mère de Yassine Chebli, mort sous la torture dans un poste de police à Benguérir. 

Le congrès démarre. Aux premiers rangs, la mère de Yassine Chebli, mort sous la torture dans un poste de police à Benguérir. Plus loin, dirigeants politiques et syndicaux. Les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane, alliés de l’AMDH au sein du Front national pour la Palestine et contre la normalisation, avaient choisi de réduire leur présence au strict minimum pour ne pas susciter de vagues. « C’est plus qu’une association. C’est un parti. La forme et le fond du congrès ont tout à l’image d’un congrès de parti politique. Nous sommes ici loin des congrès d’associations de défense des droits humains européens. L’intensité des enjeux font que c’est quasiment un parti », observe mon voisin, un journaliste politique marocain et sympathisant de l’AMDH. 

Arts et luttes 

L’AMDH rend hommage à la Palestine, à Figuig, à ses alliés, à ses anciens camarades disparus comme Zakia Benabdeljalil de Meknès. Ce congrès était aussi un moment de don et de reconnaissance. L’artiste Said Haji offre un tableau à l’AMDH, intitulé « La Tristesse de Hajji ». « C’est un don de l’artiste visuel et romancier marocain créatif, Said Haji. En raison de son état de santé qui ne lui permettra pas d’assister à la séance d’ouverture de la conférence, je le remets à l’association en son nom », explique Mahjouba Karim, membre de l’AMDH. La séance inaugurale se termine par des blagues politiques de l’humouriste Ahmed Snoussi« Bziz » et sur les chants de Cheikh Imam. Avec la chorale venue de Marrakech. La salle scande : 

« Érigez vos palais sur les terres agricoles

Grâce à notre labeur et à notre travail manuel

Et les bars sont à côté des usines

Et la prison à la place du jardin

Et lâchez vos chiens dans les rues

Et enfermez-nous dans vos cellules ». 

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