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Des cabines WC pour les villages sinistrés

Les Marocains ont accouru de tous bords pour fournir de l’aide et des vivres aux sinistrés du Haut-Atlas, après le tremblement de terre dévastateur qui a frappé la région du Haouz. Ce séisme a causé la perte de milliers d’habitants.

Les hommes de la rotation travaillent collectivement pour construire des tentes pour les résidents touchés par le séisme
Par Soukaina Mouhtadi

Depuis l’annonce officielle rapportant l’ampleur des pertes humaines et matérielles engendrées par le tremblement de terre, un grand nombre de citoyens sont partis en convois de solidarité, chargés de nourriture et de vêtements. Mehdi et ses amis ont préféré sortir des sentiers battus, en apportant une aide plus utile. Prenant en compte les besoins urgents des sinistrés, ce groupe de jeunes a décidé de réfléchir à des solutions durables, comme la mise en place de toilettes mobiles. 

Nous nous sommes imposé ce devoir patriotique que nous devons accomplir. Il fallait aider ces personnes tant que possible

Mehdi Belfatimi

« Car nous aimons les zones montagneuses où nous nous rendons souvent, nous nous sommes imposé ce devoir patriotique que nous devons accomplir. Il fallait aider ces personnes tant que possible », a déclaré Mehdi Belfatimi, âgé de trente-trois ans. Il nous a présenté ainsi l’initiative à laquelle lui et ses amis ont contribué, et qui a comme objectif de fournir des cabines WC aux habitants d’un village sinistré de la province d’Asni, dans la banlieue de Marrakech.  

« Après avoir communiqué avec les habitants du village, nous avons pris la décision de fournir des toilettes en coordination avec les autorités concernées. À partir de là, je me suis attelé à collecter les dons auprès d’amis et d’associés, chacun selon ses capacités. Cela s’est effectué en coordination avec les membres du club d’équitation de Mazagan. Ceux-ci ont contribué à la fois en donnant de l’argent et en aidant manuellement à installer les cabines », a précisé Mehdi. L’initiative de Mehdi et de ses amis n’aurait pas vu le jour, sans l’encadrement de l’organisation britannique REACT, qu’il a contactée afin d’accélérer la mise en place de ce service de base au profit du village.  

Néanmoins, à l’approche de l’automne et de l’hiver, cela sera un danger sanitaire pour les sinistrés, car il y a un risque de propagation des maladies infectieuses.

Hannah Cameron Ross

Hannah Cameron Ross est une bénévole de l’organisation caritative Relief Charity for Emergency and Crisis Response, active au Royaume-Uni et dans d’autres pays et âgée à peine de 21 ans. Elle a déclaré que son équipe présente à Marrakech a apporté son soutien à Mehdi et aux bénévoles du club d’équitation de Mazagan. Grâce à l’expérience pratique des membres de REACT, ces derniers ont pu inculquer au groupe de Mehdi le processus d’installation des cabines-toilettes et sa duplication près des villages détruits par le séisme. 

Hannah, étudiante en gestion des catastrophes et en humanitaire, a ajouté que « les gens ici ont recours à la forêt et au plein air pour se soulager, et c’est quelque chose qu’on peut accepter pendant cette période de l’année, où il ne fait pas encore froid. Néanmoins, à l’approche de l’automne et de l’hiver, cela sera un danger sanitaire pour les sinistrés, car il y a un risque de propagation des maladies infectieuses. En effet, il y a le facteur de la présence des insectes et des bactéries, sans oublier le froid et les précipitations ».

Selon Rich. M, un bénévole de cinquante-cinq ans, chargé de collecter des fonds pour REACT, cinq toilettes seront installées dans le village d’Imoghlad dans la province d’Asni, à raison d’une toilette pour 15 ou 20 personnes. L’intimité des personnes ayant des besoins spéciaux sera prise en compte lors d’une deuxième phase, où des cabines adaptées à leur condition physique seront installées. 

De son côté, Mehdi insiste que tout le monde est mobilisé pour alléger les souffrances des personnes sinistrées, parce que l’avenir sera inévitablement plus ardu pour toute la population de la région du Haouz. « Je suis d’accord que l’État a fait le nécessaire, mais, en tant que société civile, nous devons agir également. Il y a beaucoup de choses à faire pour sauver ceux et celles qui ont été touchées par le tremblement de terre », a-t-il déclaré.

Dès que je suis arrivé au village, beaucoup de personnes ont commencé à affluer vers ma tente avec leurs médicaments pour aider les sinistrés, ce qui m’a incité à partager cette action sur les réseaux sociaux.

Mariem Al-Zayani

À l’image de Mehdi et ses amis, Mariem Al-Zayani, âgée de 22 ans, a pris une autre initiative singulière, en ligne avec ce qu’elle a appris à l’Institut des métiers de la santé et des soins infirmiers. Mariem, originaire du même village, s’est portée volontaire pour servir les habitants de la région, en fournissant des services médicaux aux diabétiques, aux personnes atteintes de maladies chroniques, aux enfants et aux femmes enceintes.

« Au début, j’ai apporté de notre maison à Marrakech du matériel basique que je possédais durant la période de ma formation. Dès que je suis arrivé au village, beaucoup de personnes ont commencé à affluer vers ma tente avec leurs médicaments pour aider les sinistrés, ce qui m’a incité à partager cette action sur les réseaux sociaux. J’ai ainsi pu obtenir le soutien d’un groupe d’associations, qui nous a fourni des fournitures médicales nécessaires pour examiner les malades », nous a-t-elle révélé. 

Mariem assure un soutien et des examens médicaux à plus de cinquante familles du village de Tagadirt. Elle aspire aussi à fournir des médicaments aux autres villages, car elle reconnaît que « la responsabilité qui lui est confiée en tant que diplômée de l’institut est très grande ». Il s’agit surtout d’une expérience humanitaire d’une grande importance pour les familles affligées. 

En somme, ces initiatives ont trouvé un large écho auprès des victimes du tremblement de terre, qui ont exprimé leur gratitude pour les valeurs de fraternité dont les jeunes et tous les Marocains ont fait preuve. Khadouj Assouka, une villageoise âgée de 45 ans, a déclaré : « Si les citadins étaient ceux et celles qui étaient touchées par ce tremblement de terre, nous ne serions pas en mesure de les aider à cette échelle. Cette catastrophe a en effet un bienfait également. Au nom des habitants du village, nous remercions tous ceux et celles qui ont contribué à réduire nos souffrances ». 

Soukaina Mouhtadi est journaliste multimédia et travaille pour plusieurs médias à l’international.

Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la session Openchabab Environnement, avec le soutien de la Fondation Heinrich Böll.

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